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2 - Les cultes et sectes à Rome
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Dernière révision
février 2010
La religion et Rome
La mentalité romaine face à la religion ne peut être comparée à celle des grecs. Les romains ne sont pas sensibles à la métaphysique. Pour eux la religion cherche à conserver de bonnes relations avec les dieux afin d’en éviter la colère. Il s’agit continuellement de savoir ce que les dieux attendent d’eux ou ce qu’ils peuvent en attendre en retour. Pour parvenir à établir le dialogue, se développe un ensemble élaboré de techniques destinées non pas tellement à connaître l’avenir, mais à savoir si les décisions prises sont conformes à la volonté des dieux.
Dans cette optique toute action qui dérangerait l’ordre naturel serait potentiellement menaçante et susceptible d’entraîner le retour du Chaos. En corolaire un orage, une tempête, une inondation, sont autant de signes par lesquels un dieu signale son insatisfaction. Poussé jusqu’à la superstition, le retournement d’une jachère, les labours, la moisson, le charriage, l’entreposage, sont vécus comme des actes perturbateurs qui doivent être compensés par des rituels propitiatoire. De la même manière le corps social reste soumis à une hiérarchie et au respect de règles strictes dont la remise en cause ou la transgression là aussi seraient de nature impie. De ce fait les règles de conduite, d’éducation des enfants, la relation des citoyens entre eux, dépassent largement le cadre profane pour s’inscrire dans la sacré.
Ce rapport de soumission que tout le corps social entretient avec les dieux va donner naissance à une technique divinatoire élevée au rang de
science. Dans la sphère privée la divination fait appel à toutes les méthodes possibles colportées par toute sorte de média, prophètes, magiciens,
devins itinérants, augures. En revanche pour tout ce qui concerne l’état, l’art divinatoire est pratiqué uniquement par des personnages publics
attachés à une des trois formes de consultations admises, les augures, les haruspices, et les livres sibyllins.
Toutefois avant d’aborder en
détail les différents aspects des charges de devins, nous devons observer l’ensemble des activités cultuelles et sacerdotales qui les hébergent,en
commençant par l’organisation des cultes publics.
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Liste des cultes et sectes
Sacerdoces et cultes publics
A Rome chaque citoyen, pater familias, magistrat, peut pratiquer un sacrifice ou un rituel d’offrande tout comme les prêtres .Ces derniers ont en revanche la charge spécifique de veiller à la conservation des traditions, tâche réservée aux seules organisations sacerdotales. A l’origine, le sommet de la hiérarchie religieuse est tenu par le roi, aidé par différentes institutions. Avec la république, l’autorité religieuse du roi est déléguée à un « rex sacrificulus » ou roi des rites. Autour de ce personnage se constitue une prêtrise dont les fonctions sont précises et non interchangeables. Les pontifes vont s’occuper du droit sacré, les augures et haruspices de la divination, les quindécemvirs de la consultation des livres sibyllins, et les fétiaux des déclarations de guerre. Des prêtrises vont s’attacher à un culte particulier jusqu’à s’imposer comme les représentants du dieu sur terre (les vestales avec Vesta), ou encore, des « sodalités » vont occuper une niche particulière comme les « fratres avales » qui s’occupent de la protection des champs.
A cette structure déjà complexe nous devons ajouter les flamines dont la prépondérance semble inégale au cours de l’histoire romaine. Les flamines sont des fonctions sacerdotales consacrées à des divinités importantes. Dans les trois flamines majeurs, se trouve au sommet de la hiérarchie le flamine dévoué à Jupiter (Flamen Dialis), les autres fonctions étant attachées à Mars, et Quirinus. Avec la domination étrusque, le trio devient Jupiter, Junon, Minerve. Junon régit les fêtes en rapport avec la fécondité, les débuts de mois, la renaissance de la lune, et Minerve est la patronne des artisans et des arts. A l’instauration de la république une nouvelle triade se formera avec Cérès, Liber, et Libera qui seront rapidement assimilés à Déméter, Dionysos (Bacchus), et Perséphone (Proserpine).Liber devenu célèbre sous le nom de Bacchus profitera de la notoriété du culte dionysiaque.
A ces flamines majeurs s’ajoutent douze flamines mineurs, (Flora, Vulcain, Pomone etc…). Les flamines majeurs sont élus par le collège pontifical et les flamines mineurs par la plèbe. Le poste de flamine s’il confère un statut social important, est soumis à de nombreuses contraintes et interdits .Mais c’est le flamine Dialis le plus gâté. Il ne peut toucher un chien, une chèvre, de la viande crue, de la farine, du levain. Il ne peut s’éloigner de Rome ni monter à cheval. Ses ongles et ses cheveux sont coupés selon un rituel précis, il ne doit pas rester plus de trois jours sans dormir dans son lit , ne doit pas toucher un mort , et ne porter aucun nœud sur lui. Il doit être marié et ne peut divorcer. Si son épouse mourrait alors il perdait sa fonction.
Avant d’aborder les cultes privés, arrêtons-nous un instant sur un des actes important du cérémoniel tant privé que public, le sacrifice. Quelles qu’en soient les multiples intentions, elles se résument en fait à une marque d’allégeance envers les dieux. Par cet acte l’homme signale clairement qu’il est vis-à-vis du divin dans une position subalterne et qu’il n’entend pas entrer en concurrence. Le sacrifice ne doit pas être confondu avec l’offrande. La notion de sacrifice affecte la remise d’une offrande périssable au dieu. La mise à mort d’un animal sera un sacrifice sanglant, mais le dépôt d’un végétal sur l’autel sera également considéré comme un sacrifice (non sanglant) puisque par nature ce végétal sera évacué dès qu’il sera fané. L’offrande ne concernera donc que les dons impérissables laissés dans le sanctuaire.
Si le sacrifice romain a hérité de la culture grecque, il présent de nombreuses particularités. La préface, absente chez les
grecs consiste en une libation d’encens et de vin servant à inviter les dieux, et contrairement à la Grèce où l’on offre l’os recouvert de graisse,
à Rome sont offerts aux dieux, foie, poumon, cœur, considérés comme des organes vitaux mieux à même de donner satisfaction.
Nous le voyons la vie
cultuelle publique à Rome est déjà en elle-même intense, mais elle n’est qu’une partie de l’ensemble des cultes tout aussi présent dans la sphère
privée. C’est ce que nous allons aborder maintenant.
Les cultes domestiques
Pénates, Lémures, Lares, Larves
De nombreuses divinités sont vénérées au sein du foyer familial. Les Pénates d’abord sont les divinités attachées à la famille dont elles protègent les biens et le garde manger (pénus, est la signification de leur nom). Elles sont chargées de conserver le feu, et sont de se fait liées aux vestales. Elles sont transportées en cas de voyage ou déménagement. Au contraire les Lares sont attachés au lieu, à la maison, et ils ne sont jamais déplacés. Ce sont des divinités agraires qui ne protègent pas seulement la maison (Lares familiare) mais aussi les carrefours (Lares compitales) et l’état (Lares praestites). Les Lares sont représentés par de petites statues installées au coin du foyer, ou pour les familles aisées dans le Lararium. Remus et Romulus étaient les lares de Rome.
Les Mânes sont des âmes désincarnées de nature malveillante aussi appelées Lémures. Pour en apaiser
leurs effets néfastes chaque année les 9,11, et 13 mai étaient organisées les « lémuries » durant lesquelles les temples étaient fermés et la mariage
interdits. Le chef de famille sortait dans les rues et jetait des fèves noires sensées amadouer les spectres. Selon certaines sources les lémures
étaient de deux sortes. Les Lares, divinités bienveillantes dont nous avons parlé et qui étaient les âmes de personnes vertueuses, et les Larves âmes
malveillantes ayant appartenu à des personnes de mauvaise vie.
Les cultes familiaux n’étaient pas réservés aux seuls pénates et lares. Mercure et
Vénus font parti des élus. Croyance extrême ou animisme, chaque partie de la maison est sous la protection d’une divinité, la porte, les gonds, le
seuil. Les objets ou lieux n’ont pas l’exclusivité. Les évènements particuliers, même s’ils ne sont pas exceptionnels sont aussi sous protection.
Aider un enfant à pousser son premier cri sera du domaine de Vaticanus. A Cumina de le protéger, à Rumina de l’aider à téter, à Statulinus à lui
apprendre à marcher, à Fabulinus de lui apprendre à parler, à Abeona de veiller sur ses départs et à Adeona sur ses retours.
Mariage ! bétail !
récoltes ! Nous avons le dieu en magasin. A Bubona le bœuf, à Pales les moutons, à Epona les chevaux . Flora fait fleurir le blé et Matula le fait
murir, Robigo le protège des maladies. Le hasard lui-même se trouve concrétisé et reçoit son dieu tutélaire, en l’occurrence les déesses Fors et
Fortuna. Même la fièvre à droit à son accompagnateur « Febris » , et au cas où quelqu’un serait oublié et afin de ne fâcher personne on vénérait le
« dieu inconnu » tombé au champs d’honneur des dieux laissés pour compte.
Public ou privé, les cultes romains sont envahissants, et ne laissent
aucun répit. Loin de participer à l’apaisement des esprits ils contribuent à générer doutes et angoisses qui devront être soulagées grâce à la
divination qui apparaît ici surtout comme l’art de la conciliation.
Les arts divinatoires
Augures, Haruspices, Quindecemvirs
Nous l’avons vu la divination privée reste ouverte à tout type de pratique. En revanche dans la sphère publique il n’existe que trois sorte de méthode. La divination des augures, celle des organes intérieurs des victimes sacrificielles , et la consultation des livres sibyllins. Le collège des augures aurait été institué par Numa, fils de Pomponius successeur de Romulus, et qui serait né le jour de la fondation de Rome. Constitué à ses débuts de trois membres le collège des augures est l’interprète de la volonté de Zeus qui s’exprime au travers des auspices, ou signes perçus lors de la consultation. L’augure ne fait pas de prédiction mais se contente d’interpréter les signes demandés aux dieux (signa impetrativa) à un moment précis pour une demande distincte. L’augure demandait au dieu de lui faire un signe « fas » si la réponse était favorable, ou « nefas » défavorable. Ainsi, si le poulet sacré sortait de sa cage pour manger, la réponse était « fas », et si en plus ce poulet laissait tomber quelques miettes la réponse était encore plus favorable. Une autre méthode consistait à observer le vol des oiseaux (auspice de avis-oiseau et spicere-voir). L’augure traçait un cercle sensé délimiter un espace sacré. A l’intérieur il traçait une ligne nord-sud, puis est-ouest. Il se mettait au centre avec son demandeur, le visage tourné vers l’Est, et le consultant le visage tourné vers le Sud. Si le vol des oiseaux passait à droite de l’augure (dexter) l’auspice était favorable, alors qu’à gauche (sinister) il était défavorable.
Le collège des Haruspices était séparé de celui des Augures du moins à compter de l’empereur Claude. La charge correspondait à une mission très précise qui consistait à vérifier si le sacrifice offert au dieu lui convenait. L’exticipicium était la forme divinatoire qui était de mise pour tout sacrifice, aussi appelé haruspicine parce que c’était l’haruspice qui en avait la charge. Si les organes de la bête sacrifiée étaient bien disposés alors les signes étaient favorables et le sacrifice accepté.
Venait
enfin le collège chargé de la consultation des livres sibyllins, les « quindecemviri sacris faciundis » Ce collège agissait sur la base de signes
« oblativa » c'est-à-dire, signes spontanés que l’on appelait aussi « prodiges ».Il s’agissait d’évènement qui même anodins n’en sortaient pas moins
du cadre ordinaire, par exemple des giboulées en juin. De tels évènements étaient considérés comme précurseurs de désordres majeurs ou de cataclysmes.
Les quindecimvirs consultaient alors les livres sibyllins pour identifier les rituels à pratiquer pour apaiser le courroux des dieux et éviter la
catastrophe, ou son retour si celle-ci s’était déjà produite.
A Rome la Sibylle reste une légende qui trouve son origine dans la plus célèbre d’entre elles, la sibylle de Cumes qui aurait vendu ses trois
derniers livres à Tarquin. Ces livres sont sensés contenir l’ensemble des pratiques rituelles, incantations, formules magiques, propres à détourner
les sorts et à se concilier la faveur des dieux. Des sortes de grimoires.
Nous avons déjà vu en partie que les romains s’attachaient à définir
chaque aspect de la divination. Ils différenciaient la divination des augures faite sur demande (impetrativa), de celles des quindécemvirs qui
réagissait à une nécessité (Signa oblativa) survenue par l’apparition de signes non demandés (prodigium). Ils distinguaient les présages vus
(Ostentum) de ceux entendus (Omen).
Cet appel systématique à l’art divinatoire n’était pas lié au fatalisme de la société romaine. Bien au
contraire il s’agissait pour chacun de se donner la possibilité de détourner le sort soit en supprimant le signe néfaste, par exemple enterrer la
foudre, soit en pratiquant les rituels de protection. Les méthodes divinatoires ne se bornent pas à l’observation du vol des oiseaux ou de leur
entrailles, mais par l’art du prodige s’intéresse à tout évènement anormal qui par nature est sensé annoncer un drame ou une catastrophe. L’individu
lui-même par sa simple apparence physique et selon la loi des similitudes, détermine une potentialité non seulement de caractère mais de destinée.
(Physiognomonie).
La science des démons (démonologie) va tenter de se concilier ces entités intermédiaires entre les dieux et les hommes,
entités qui ont la charge de transmettre aux dieux les requêtes des hommes, et aux hommes les secours des dieux. Ce sont les démons qui interviennent
pour façonner un songe, fissurer un viscère, organiser le vol d’un oiseau ou moduler son chant.
Malgré, ou sans doute à cause du formalisme excessif d’une religion qui met l’homme sous contrôle incessant sans lui donner finalement d’espérance autre qu’une relative aisance en ce monde, le citoyen romain va être de plus en plus tenté par ces religions à mystère qui au-delà de leur exotisme semblent ouvrir des au-delà probables. C’est dans ce contexte préparé que vont s’introduire ces cultes orientaux, Cybèle, Isis, Mithra, et d’autres qui à leur tour feront le lit d’un christianisme universaliste.
Bacchus
L'affaire des bacchantes
En 186 éclate à Rome l’affaire des Bacchantes. Victime d’une machination ourdie par sa mère et son beau-père, un individu est alerté par sa
maitresse du risque grave qu’il encourt en à recevoir l’initiation aux « mystères orgiaques nocturnes ». La victime porte plainte et une enquête
est diligentée par le consul.Les résultats des investigations font apparaître qu’il existe bien un culte à caractère orgiaque comportant environ
7000 membres pratiquant la pédérastie et organisant des assassinats en vue de s’accaparer des fortunes. Le culte bacchique ne fut pas totalement
interdit, mais les citoyens romains ne devaient pas y participer. En outre toute cérémonie bacchique devait se limiter à cinq personnes et être
autorisée par décision du Sénat.
Sans doute en partie justifiée par la réalité présumée des faits, les autorités ont profité de l’occasion pour
transmettre un avertissement envers tous les cultes « discrets » qui fondamentalement représentaient un risque politique pou la cité. Cette affaire
des bacchantes laissera pour longtemps sa marque dans la société romaine et expliquera trois siècles plus tard, les persécutions qui envers les
chrétiens.
Les bacchanales , c'est-à-dire les fêtes bacchiques constituaient des thiases du type qui existait en Grèce. A Rome la secte était constituée de personnes des deux sexes, contrairement aux thiases dionysiaques qui étaient pour les femmes seulement. L’association était implanté au bois de stimula sur l’Aventin, une des sept collines de Rome. Avant qu’éclate l’affaire des bacchantes les initiés ne dépassaient plus les vingt ans. Le néophyte devait observer une période d’abstinence sexuelle de dix jours avant la cérémonie. Une véritable menace pesait sur les adeptes qui ne devaient en aucun cas trahir les secrets qui leur étaient confiés, ce qui est une constante dans pareils cultes. Le culte justement consistait à obtenir par la consommation du vin une baisse du niveau des interdits pour parvenir à une sorte état extatique sensé donné un aperçu de la vie libérée des soucis de ce monde.
Il nous semble tout naturel et même indispensable que les cultes à mystères, et particulièrement ceux qui de
façon évidente pratiquaient des rituels orgiaques, insistent sur l’absolue nécessité du secret. S’ils ne le faisaient pas, comme dirait notre de La
Palisse , ils ne seraient pas à mystère!. Nous le voyons avec l’affaire des bacchantes. Si en dehors de tout opportunisme politique suceptibles d'avoir forcé le traite,
les dérèglements
constatés ont bien eu lieu, rien ne permet d’affirmer qu’ils constituaient la généralité.
La nature orgiaque de certains rituels, est destinée
à bousculer notre perception de la réalité, et de son valet de chambre, la morale. Ces rituels sont initiatiques au sens propre du mot, car ils
tentent de nous mettre sur le chemin d’une nouvelle perception. Mais nous voyons que la ligne rouge peut être franchie facilement, car d’une part
certaines pratiques peuvent facilement être détournées de leur but par des adeptes malveillants, et d’autre part ces pratiques se confrontant à notre
norme, ses adversaires n’ont pas de difficulté à alimenter une propagande sensée rétablir la norme moralisatrice.
Le Pythagorisme romain
L’influence pythagoricienne apparaît dans Rome mais semble plus relever de la doctrine morale ou philosophique plus de la religion. Il en va
différemment à partir du Ier siècle avant J.-C. jusqu’au Ier siècle après. Cette notoriété est due à Posidonius d’Apamée un philosophe stoïcien
promoteur des idées de Pythagore devenu très tendance chez les intellectuels romains. Le mouvement exprima toute son exigence au travers de loges
dont les plus connues furent la loge Nigidius Figulus et la loge des Sextils .
Le pythagoricien et mage Nigidus Figulus fut un grand maitre de
l’ordre. Il écrivit un ouvrage sur la nature humaine et animale, ainsi que sur celle des vents, mais son domaine de prédilection restait l’astronomie
dans laquelle il voyait des grands cycles influençant la vie de l’homme. L’étude de ces cycles devait servir à prédire les grands évènements. Gênant
pour le pouvoir politique César le jugeant dangereux, le laissa mourir en exil.
César tenta d’assimiler les loges pythagoriciennes échoua face à Sextius père et fils.les Sextius dirigeaient ce que l’on peut vraiment appeler une secte. Sextius père refusa d’accepter la dignité sénatoriale pour ne pas avoir à subir de pression ( Ce qui peut être donné peut être enlevé). S’il n’y eut de répression, la secte se vit boudée par les élites ce qui entraina son déclin et plus généralement celui du pythagorisme à Rome.
Isisme
et
Sérapisme
Le culte isiaque est toujours resté un culte privé en dépit de la faveur rencontrée parmi les romains. Le mythe d’Isis fait partie du cycle
osirien. Osiris roi d’Égypte est marié à Isis. Son frère Seth le met à mort et le découpe en 14 morceaux qu’il jettera dans le Nil. Isis parviendra
à reconstituer son cadavre à l’exception de son sexe avalé par un poisson. Osiris arrivera par (l’opération du Saint-Esprit ??) à concevoir un
enfant, Horus, puis disparaitra dans le royaume des morts.
De ce mythe naitront deux courants religieux. Une tradition secrète qui fera d’Osiris
un dieu agraire et infernal garantissant la fertilité du Nil et jugeant les âmes des morts, et Isis qui donnera naissance à une tradition plus
populaire qui fera d’elle l’épouse souffrante et la mère. Elle protégeait les sources du Nil. A ce couple fut ajouté Horus.
Le culte d’Isis se
répandit en Italie par les provinces du sud et dès le Ier siècle av J.-C,(un Iséum est édifié à Pompéi) puis s’installa à Rome en dépit de
l’habituelle réticence des romains envers les cultes d’origine orientale. D’abord objet de persécution le culte finira par être très en vogue
avec Antoine et Cléopâtre VII, pour à nouveau être interdit avec Auguste.
Il n’existe pas à proprement parler de théologie isiaque, et
aucune « bible » pour enseigner une doctrine établie. Seule l’espérance dans une survie individuelle marque cette croyance. Le clergé est complexe
et les structures diverses. Le prêtre étaient appelés « hieroi » ou « neocores ».. Un grand nombre de fonctions subalternes étaient parfois tenues
par des laïcs. Les « cleidauques » étaient les porte-clefs, les « canéphores » les portes corbeilles, les « zacores » des sortes de diacres, les
« oneirocrites » interprétaient les songes, les « lichnophores » portaient le van mystique, les « ptérophores » portaient les plumes, les
« hierogammates » étaient proposés aux livres saints, les « hierophores » , les porte-parole de la déesse, les « hierodules » exclusivement
consacrés au service de la déesse, les pastophores transportaient le palanquin des chapelles portatives. D’autres dévots tenaient le poste de
stoliste, (toilette de la déesse), scoparii (balayeur) aedituus, (ouvreur du temple).Le clergé dévoué à Isis devait se raser la tête, porter une robe
de lin blanc, avoir un mode de vie strict, être circoncis, ne pas manger de porc ni d’ognon soupçonné de fleurir au clair de lune.
En dehors
des processions le culte d’Isis était soumis à de nombreuses cérémonies quotidiennes qui commençaient avec la prière de l’aurore pour se terminer
avec la vespérale (salutatio). L’année isiaque elle-même donnait lieu à de fréquentes manifestations. Fête du miracle de l’eau changée en vin
(tiens !) fête de l’invention d’Osiris représentant la passion d’Osiris et ainsi de suite.
Les isiaques comme les autres ne peuvent pas
échapper à la variété des motivations qui entrainent chacun vers un culte. Entre le snobisme bon teint, l’opportunisme relationnel, le simple et
classique intérêt l’Isisme n’échappe pas aux margoulins et petits escrocs. En cela rien de nouveau, et l’église chrétienne sera à son tour un exemple
de ce qu’un système tout aussi bien intentionné soit-il, restera toujours une niche à vanité, pouvoir, et détournement du fond.
Empreint d’un véritable ésotérisme, soucieux de spiritualité, exigeant sur les valeurs morales l’Isisme fait passer la religion de l’archaïque vénération de dieux intéressés par leur affaires , à une vision plus moderne où les dieux deviennent les guides des âmes vers leur salut. L’Isisme n’a jamais été persécuté et s’est éteint de lui-même.
Nous ne pouvons pas quitter ce bref aperçu sans parler du culte de Sérapis.
A la mort d’Alexandre le
Grand ses généraux se partagent son empire (diadoques). Ptolémée-Soter (Ptolémée Ier )un de ces généraux fonde en 305 avant J.-C. à Alexandrie la
dynastie des lagides (ptolémaïques) dynastie qui prendra fin en l’an 30 avant J.-C. avec le suicide de Cléopâtre VII. Dans un songe Ptolémée aurait
reçu l’ordre de faire transporter à Alexandrie la statue d’un jeune homme qui se trouvait au Pont. Cette statue fut installée dans un sanctuaire
d’Alexandrie consacré à Isis et Sérapis. Il existait déjà à Memphis un sanctuaire consacré à Osiris-Apis. Le O étant l’article le nom Sérapis est
une déformation de O sir-apis, le dieu taureau égyptien.
Mais Ptolémée entendait offrir une version hellénisée de la divinité, aussi fit-il
faire une statue de Sérapis qui avait perdu tous ses aspects zoomorphes de la divinité égyptienne, pour acquérir le look Zeus. Par cet artifice il
s’offrait un dieu à la fois égyptien et grec susceptible de convenir à tous. Au culte de Sérapis fut ajouté celui d’Isis et d’Horus appelé
Harpocrate donnant ainsi naissance à une trilogie modernisée qui fut appelée le « triade alexandrine » Le sérapisme se répandit dans tout le
Moyen-Orient jusqu’en 391 date à laquelle le patriarche d’Alexandrie, Justinien, le fit interdire.
Mithriacisme
et
Soleil invaincu
A l’origine de Mithraïsme se situe le Mazdéisme, une religion qui remonte au deuxième millénaire avant J.-C , et qui est en lien étroit avec le
Védisme où l’on retrouve le dieu Mitra associé à Varuna. Dans le mazdéisme il semble que ces deux personnalités se condensent sous la seule identité
de Mithra, fils d’Ahura-Mazda le dieu suprême. L’évolution des croyances finit par faire de Mithra un dieu majeur en voie de mettre Ahura-Mazda au
second plan. Vers le VIème siècle avant J.-C. la réforme du mazdéisme entreprise par Zarathoustra (Zoroastre) rendit à Ahura-Mazda son rôle de dieu
majeur.
La réforme de Zarathoustra étant passé, le culte à Mithra ne disparut pas pour autant. Par migration vers la Chaldée où il s’enrichit de
la connaissance en astrologie et acquiert une nouvelle identité. Il est très difficile de suivre le cheminement du processus, le mithriacisme est
d’avantage le résultat de syncrétismes à tous niveaux, syncrétisme qui auraient conservés son appellation d’origine..
Le dieu né dans une
grotte, comme l’étincelle primitive il dissipe au matin l’obscurité de la nuit. Il apparaît sous les traits d’un éphèbe nu coiffé d’un bonnet
phrygien. Le symbole du Mithriacisme est la tauroctonie, la mise à mort rituelle du taureau dans la grotte où le ramène le dieu. Du sang du taureau
et de sa semence jaillissent les plantes et le animaux, et sous l’animal égorgé scorpions et serpents maléfiques tentent d’empêcher les effets
heureux du sacrifice en mordant les testicules de la victime.
Cette régénération s’accomplit sous les yeux d’Hélios entouré des autres dieux et
des douze signes du zodiaque. Introduit en Italie par des pirates disséminés dans les provinces du sud les mystères militaires se diffusèrent au sein
des légions et ultérieurement dans les petits métiers et les classe sociales moyennes mais rarement dans l’aristocratie.Le culte fait de Mithra un
dieu unique qui a définitivement éliminé Ahura-Mazda et même sa parèdre Anahita déesse des sources. Se référant à la doctrine issue de l’Avesta, à
la fin des temps surgira un sauveur qui exterminera Ahriman et régénèrera l’univers par le feu. (ekpyrosis). Pour ce qui concerne les individus,
à la mort l’âme remonte au travers des planètes et des étoiles fixes retournant ainsi par le chemin pris lors de son incarnation. Dans ce voyage de
retour l’âme perd peu à peu toute sa matérialité et finit dans le soleil (ou parfois la lune) Les âmes des impurs en revanche pouvaient revenir et
s’incarner dans des animaux.
La secte ne propose pas seulement une eschatologie, mais également une morale. L’éloge de l’endurance, le refus du
mensonge et la haine de la fraude, autant de qualités bien vues dans le milieu militaire qui constituait le gros du bataillon de la secte. Le
mithriacisme était avant tout interdit aux femmes, même si on signale certains ordres féminins où elles auraient reçu le nom peu élogieux de
« Hyènes »
L’évolution dans la hiérarchie de la secte passait par des grades ésotériques qui ne conféraient pas un sacerdoce mais plutôt
construisait une sorte d’échelle de reconnaissance sanctionnant les degrés de savoir.
Le premier degré était celui de « Corbeau ». oiseau de
Mithra il apporte les messages, et il est placé sous le signe de Mercure. Venait ensuite le « Fiancé » de dieu, initié par une virile poignée de
main pur éviter tout malentendu. Le troisième degré était celui de « Soldat » qui jurait fidélité à la secte. Equipé du glaive et de la besace il
était sous le signe de Mars. Le quatrième degré était celui de « Lions ». Les membres de ce niveau devenait administrateurs de la secte et charge de
fonctions liturgiques, et offraient au dieu de l’encens. Au dessus venaient les « Perses ». Rappelant l’origine de la secte, ils étaient gardiens
des sources anciennes, et ils tenaient la faucille et un épi de blé. En avant-dernier se trouvaient les « Héliodromes ». Ce sont les proches du
Pater des sortes de vicaire. Enfin au sommet de la hiérarchie se situait le « Pater » Il devait présider au repas de Mithra, et y prononcer les
paroles sacrées..
L’organisation des grades marque l’influence de l’astrologie dans le culte. Sans en tirer aucune « colossale finesse » bornons nous à les observer.
Le gade de « Corbeau » est assimilé à Mercure, ce qui est confirmé par la fonction de porteur de message. Mercure,
avatar du grec Hermès est le messager des dieux. Il n’a par nature aucune qualité propre, mais reste celui qui en liant les dieux entre eux ouvre la
porte à l’intelligence c'est-à-dire à l’interrelation. Cette agilité à fait de mercure-hermès le dieux des voleurs et des marchands.
Le « fiancé »
aussi appelé l’époux, est assimilé à Vénus, la planète de l’affectif de l’émotion. Le soldat est en lien avec Mars, le dieu de la guerre avec le glaive
sorti des forges qui en temps de paix feront le soc chargé d’ouvrir la terre. Les "Lions" bizarrement ne sont pas sous le signe du soleil mais de
Jupiter, ce qui peut se comprendre du fait que Jupiter-Zeus est le dieu du ciel. Le nom hébreux de Zeus, Tsedek, signifie juste, et Jus en latin
signifie « loi » Ce poste qui administre la secte est donc bien le gardien de la loi, de l’ordre et de la justice.
Les « Perses » sont sous la
domination de la lune, marquant la multiplicité des symboles. La lune est la maitresse de la génération. Elle est soumise à des phases lumineuses et
obscures. Par elle la lumière revient à espace régulier de l’ombre, comme la renaissance vient après la mort. La lune est Horus à la tête d’épervier,
qui nait des restes d’Osiris. Avec sa faucille et son épi de blé, le grade symbolise la récolte après le fauchage, c'est-à-dire le jugement des âmes
après leur mort, en d’autres termes la loi de rétribution, le karma.
L’ héliodrome est sous le signe du soleil. Mais nous ne sommes pas sûrs
qu’il s’agisse du soleil lui-même qui en l’occurrence ne peut appartenir qu’à Mithra et son représentant symbolique dans la loge, le Pater.
C’est plus vers un concept du soleil comme « chien de dieu » ou domini-canis, la semaine dont les jours, les planètes et leur maître le soleil
ne sont que les serviteurs de dieu.
Bien entendu on se repose la question de savoir pourquoi alors le Pater est en résonnances avec Saturne et non avec le soleil. Saturne est en astrologie de gardien du seuil, le lien entre l’essence, le principe immortel et son principe mortel, la matière. Il est aussi le maître du temps, non en assimilation au Chronos orphique dont sont né la durée, les Eons, mais par la symbolique du Cronos sans « H », le Titan fils d’Ouranos et de Gaïa. En effet ce Cronos mangeait ses enfants pour ne pas subir le sort qu’il avait fait subir à son père Ouranos. Au sens absolu se dévoreur d’enfant est bien le temps qui dénature et détruit toute matière. Mais c’est la fonction attribuée au grade qui peut aider à mieux comprendre la logique des symboles. Le Pater est l’ordonnateur du repas, et le repas n’est rien d’autre que la forme évoluée du sacrifice. Le repas rappelle le sacrifice primordial du taureau dont toute vie est issue. Dans le mythe, après avoir exécuté le taureau, Mithra serre la main du soleil en signe de réconciliation après une période de concurrence.
Les grades devraient correspondre aux douze apôtres du
christ, mais là nous n’en trouvons que sept. Ceci pourrait s’explique par le fait qu’en dehors des luminaires chaque planète est en rapport avec deux
signes. De ce fait le repas serait une sorte de Scène marquant l’aboutissement d’un voyage que l’initié aura accompli au travers des douze signes en
approvoisant la nature des planètes à double face, et des deux luminaires. C’est à l’aboutissement de ce voyage que la chair pourra être abandonnée
et que le retour vers le dieu pourra être accompli.
Nous pourrions aller plus loin dans cette symbolique, et même trouver des arguments
contraires à tout ce que nous venons d’énoncer. Mais dans les symboles nous n’avons pas la prétention de trouver de vérité révélée, en revanche
nous pouvons affirmer qu’ici tout autant qu’ailleurs c’est le voyage qui compte plus que le but.
Au IIIème siècle sous l’empereur Aurélien,
apparut le culte « du soleil invaincu » mélangeant la mythologie d’Apollon et le culte de Mithra. Le 25 décembre était le jour de la naissance du
soleil (Dies Natalis Solis) qui donnera plus tard le nom de Natale en italien et Noël en français.
Très concurrencé par le christianisme montant,
machistes dans son refus de s’ouvrir aux femmes, impliqué malgré lui dans le jeu politique du moment, le Mithriacisme se voit atteint une première
fois lorsque Constantin Ier autorise le culte chrétien. Julien l’Apostat redonne un temps une santé au mouvement, mais ce n’est que la rémission
qui annonce la fin. En 391 l’empereur Théodose fait du christianisme la religion d’état et interdit les cultes païens. Cette fois ce ne seront plus
les chrétiens qui seront pourchassés dans leur catacombes, mais les adeptes de Mithra qu’il faudra débusquer dans leur derniers retranchement, les
grottes qui avaient donner naissance à leur dieu.
