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8 - Les racines africaines des syncrétismes
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Dernière révision
février 2010
La religion Yoruba
racines de la santéria, Candomblé, Umbanda et d'autres
Les chapitres
Le peuple Yoruba
et les orishas
Longtemps bercés par les sirènes de la république nous avons partagé avec l’Afrique nos ancêtres communs les gaulois. Loin de toute arrière-pensée,
nous étions tout compte fait heureux de prêter à ces pauvres noirs un peu de ces racines qui semblaient tant leur manquer. Pour des générations
élevées au grain du colonialisme, l’africain était un type bizarrement fringué, planté devant sa case à surveiller ses trois maigrichonnes chèvres,
croyant à balivernes dignes d’un moyen-âge que nous, nous avions relégué au rang des antiquités superstitieuses.Aujourd’hui nous savons enfin que
l’Afrique avait ses grands royaumes, ses cultes riches de mythologie et de symboles, et un art sacré dont la splendeur éclate dans nos plus grands
musées. Sortis d’une longue période d’occultation réapparaissent ça et là, parfois sur leur terre natale, souvent dans des exils lointains, les
témoins de ces archaïsmes culturels et cultuels. Rafraichissantes pour nos concepts religieux, ces apparitions sont de plus des occasions
exceptionnelles nous permettant d'oberver le résultat de l’évolution en divers milieux.
A ce jeu le peuple Yoruba est sans conteste
l'échantillon témoin parfait. Envahi par le christianisme et l’islam dans son
pays de naissance, c’est dans sa déportation que le culte va exprimer toute sa vigueur en donnant naissance ou en influençant la plupart des
syncrétismes afro-américains.
Si nous retrouvons les yorubas dans les rivages des Caraïbes, c’est vers le Nil qu’il nous faut en rechercher les origines. Selon Olumide Lucas (The Religion of Yoruba) l’ethnie yoruba serait originaire d’Egypte. Similitudes de croyances et de noms semblent donner corps à cette probabilité. Quoiqu’il en soit le peuple Yoruba est difficile à suivre. D’abord parce que sa mythologie se mélange parfois avec son histoire, mais surtout parce que l’attribution du terme yoruba à un ensemble de population résulte d’adaptations faites par les envahisseurs. En premier les Houssa des voisins du nord et en suite les colons européens. En fait l’origine pure et dure du peuple yoruba est la ville d’Ile-Ife (actuel Nigéria). Le terme Yoruba est accordé à un ensemble de peuplades qui « parlaient le Yoruba » et s’identifiaient à la communauté, les Ifé, les Isa, et d’autres qui ne s’identifient pas, comme les Sabe et les Idaisa, même si tous ces groupes partagaient une même mythologie et une même culture.
Le nom Yoruba viendrait de « YO-RU-EBO » qui voudrait dire « ceux qui font des offrandes aux Orishas ». Le mythe de la création des Yoruba fait de la ville d’Ile-Ife l’origine de toute chose. Cette ville aurait été créée par l’Orisha Oduduwa, qui plutôt qu’un dieu aurait été véritablement un roi dont les parentés auraient créés de nombreuses villes dont Oyo et Benin. Les villes ou royaumes étaient dirigées par un roi (oni) mais la ville d’Ile-Ife conservait la primauté religieuse apparaissant comme la Mecque du culte Yoruba. C’est avec l’arrivée des Fulani venus du califat de Sokoto que l’Islam fut introduit au Yorubaland. Guerres avec le Dahomey, luttes intestines affaiblirent l’ensemble du peuple Yoruba permettant la capture d’esclaves et leur déportation vers les Amériques.
La cosmogonie
Cet Article a té complètement revu le 25/11/2009
Nous venons de situer les Yorubas dans leur contexte, mais ce qui nous intéresse ici c’est leur religion, aussi devons nous aborder en premier leur cosmogonie dans sa version originale, c'est-à-dire non encore influencée par ses apports américains. Avant tout chose il nous faut préciser qu’à l’image de nombreux animismes africains le religion des yorubas ne propose aucun concept métaphysique ou philosophique, ni de paradis ni d’enfer, mais une démarche destinée à relier le monde matériel des vivants au monde spirituel ce que nous pourrions appeler l’ici-bas à l’au-delà.
Toute la création est une sphère constituée de deux moitiés, l’une représentant le royaume de tous les êtres vivants (humains, animaux, plantes) appelé Ayé et l’autre contenant les pouvoirs spirituels (Orun-réré) , où se situent les Irunmoles, le Orishas, les Ara Orun (ancêtres) et les ajoguns (esprits malveillants). Notons ici que le terme Irunmole est souvent synonyme d’Orisha, pourtant certaines versions distinguent les deux noms. Irunmole serait en fait les esprits supérieurs situés dans l’Orun (ciel) mais qui ne viendraient jamais dans l’Ayé, alors que les Orishas sont chargés d’établir les liens entre ces deux règnes et circulent donc entre les deux.
La religion Yoruba comme les autres animismes ayant participé à la formation des syncrétismes afro-américains, est un monothéisme.
Oloddumare en est le Dieu unique, absolu, créateur et source de toutes choses. Son nom signifie « Seigneur de notre éternel destin ». Il n’est pas
en contact avec les hommes autrement que sous sa seconde et troisième manifestation, de façon directe par Olorun est indirecte par Olofin. Oloddumare
ne possède aucun autel, ni statues, ne fait pas l’objet de culte ni d’offrande et ne possède pas de collier.
Tous les êtres humains possèdent
un Ayanmo ou destin manifeste qui doit amener la conscience spirituelle que possède la personne dans le monde physique (Ori-Inu),
à s’élever pour rejoindre le monde spirituel d’Ori-Orun, autrement dit à se convertir en pur esprit avec Oloddumare. Pour parvenir à ce but on pourra
se faire aider par les Orishas et les Ara Orun. Les Orishas sont les divinités chargées par Oloddumare de veiller à maintenir son ordre dans le monde
matériel c’est à dire à assister les hommes dans leur destinée mais aussi parfois les contraindre à suivre cette destinée s’il s’en écartent trop.
Pour comprendre la nature des autres entités intervenant dans le processus nous devons maintenant en venir au cycle de vie et de mort.
Selon les
croyances yorubas l’être humain est constitué de trois éléments. Le premier est Ara notre corps physique qui la mort devient un
oku ou cadavre. Nous trouvons en suite Emi notre esprit, le siège de la conscience qui stocke l’ensemble de
l’expérience acquise dans notre actuelle incarnation. Pour finir vient Ori, notre âme, qui conserve en mémoire les acquis de nos
anciennes incarnations mais dont le souvenir ne nous est pas accessible avant notre mort. A la mort justement Ori et Emi désolidarisés d’Ara ne
forment plus qu’une seule entité qui restera en attente de son retour en Ayé au travers de la réincarnation (atunwa) ou alors parvenue au terme de
son évolution sera admise au royaume d’Orun pour devenir pur esprits compagnon des orishas.
Lorsque le retour vers l’ayé s’avèrera nécessaire,
le couple Emi-ori deviendra un Egun (Mort). Si la vie terrestre de l’egun a été respectable il devient alors Omaluabi un esprit
ancestral bienveillant pouvant être vénéré par sa lignée. En revanche si l’egun a eu une vie dissolue il devient Ajogun un esprit
obscur et malveillant porteur de tous les maux qui affligent l’homme au cours de son incarnation, la mort, la maladie, la haine, l’isolement,
l’égoïsme, la malédiction, la perte et l’abandon. Comme on le voit les maux qui frappent l’homme durant son incarnation ne sont pas uniquement de son
fait mais résident dans la présence d’entités nuisibles qui vont s’acharner à lui rendre la vie impossible. Cette croyance est en Afrique la
source de la toute puissance que la sorcellerie étend sur la société et l’individu en permettant à chacun de se dédouaner des responsabilités pour
rejeter les conséquences de ses actes sur autrui passant ainsi du statut de coupable à celui de victime.
Oloddumare est le grand propriétaire
de l’ Ashé que l’on put assimiler au souffle créateur ou à l’énergie vitale ou encore à l’âme dont la force va se répandre dans
toute création et se retrouver non seulement chez les orishas ou les ancêtres mais dans chaque éléments matériel comme les sources, les rivières, les
forêts etc…Olorun deuxième manifestation d’Oloddumare est le propriétaire du ciel autrement dit du monde spirituel, et il est en contact direct avec
les hommes. Il est le propriétaire de la vie et donne l’énergie aux créations terrestres, il possède les couleurs la lumière l’air la force et
l’effort. Il n’est en revanche pas reçu comme un Orisha.
Olofin, la troisième manifestation d’Oloddumare est le propriétaire du palais dont les
courtisans sont les Orishas qui servent d’intermédiaires entre lui et les hommes. Rien ne peut réussir sans son intervention, mais il vit retiré et
ne descend que très rarement dans le monde matériel. C’est lui qui répartit l’Ashé entre les Orishas et c’est encore lui qui a autorisé Orunmila à
descendre sur terre pour être prophète. Orunmila est l’Orisha de la divination et l’oracle suprême. C’est le bienfaiteur de l’humanité et son
principal conseiller. C’est un grand guérisseur dont il ne faut jamais ignorer les avis, auquel cas Eshu le grand donneur de leçon nous rappellera à
l’ordre. C’est par la divination de l’Ifa qu’Orunmila communique avec les prêtres spécialisés les babalawos. C’est encore Orunmila qui est présent
auprès de l’egun prêt à se réincarner afin de l’aider dans le choix du destin qu’il se fixe pour sa future existence en Ayé.
Le culte Ifa, la divination
La divination relève d’une technique extrêmement sophistiquée, et pour la comprendre il nous faut aborder la mythologie Yoruba. Olodumare a créé
l’univers en acceptant un seul témoin ’ Orunmila qui a créé le monde des hommes. Olodumare donna à Orunmila la méthode parfaite pour que par son
intermédiaire puisse être établi le lien entre les Orishas et l’être suprême, en prenant comme intermédiaire l’Orisha Ifa .Cette recette secrète
permettant de pénétrer le mystère repose sur le symbolisme du nombre « seize ». Le monde des hommes est lui-même sorti d’un palmier à seize branches
situé au centre de la ville d’Ile-Ife, ses branches formant en quatre points cardinaux les seize quartiers de la ville. Oluda, le premier roi (Oni)
d’Ife eut seize fils qui fondèrent les seize royaumes yorubas. Orunmila apprit l’art de la divination aux seize fils qui la transmirent à leurs
successeurs les Babalawos (les devins ou prêtres d'Ifa).
Le seize représente les seize possibilités de vie humaine. Ces seize principes appelés Odu ou Oladu eurent à leur
tour seize fils chacun représentant ainsi 256 possibilités. Chaque possibilité (odu) possède seize poèmes (ese) qui transmettent des indices pour
les séances de divination, ce qui donne finalement 4096 scénarii possibles. En d’autres termes lorsqu’une question est posée à un babalawo (devin)
il existe 4096 réponses possibles, soit autant de poèmes qui devront être interprétés par le devin pour donner une réponse. Ce système s’apparente
aux hexagrammes du Yi-King qui d’ailleurs donnent en multipliant 64 par lui-même le résultat de 4096.
Ici le tirage ne se fait pas au moyens de
baguettes ou de pièces de monnaie, mais en utilisant les 18 noix sacrées ou le chapelet divinatoire donnant 16 signes en 16 maisons soit 256. L’utilisation
des noix s’appelle le Grand jeu et le chapelet le Petit jeu. Les Babalawo héritiers du savoir transmis par Orunmila sont les témoins de la destinée
les « parents des secrets » qu’ils révèlent par l’utilisation de la planche Ifa , Ifa étant devenu le nom du rituel divinatoire.Le plus grand babalawo
est celui de la ville sacrée Ile-Ife le Vatican Yoruba.
Les Egungun, le culte des morts
Le culte des ancêtres est comme dans la plupart des religions africaines un point majeur de la croyance. Entre les vivants et les morts existe un
lien indélébile dont il faut tout au long de la vie manifester la vigueur. Parfois invité à participer à des actes du quotidien le mort fait aussi
l’objet de manifestations spéciales qui chez les yoruba passent par les mascarades consacrées à l’esprit des disparus.L’Egungun est cette incarnation
de l’esprit du mort revenu chez les vivants pour visiter ses enfants. C’est un officiant qui revêt le masque d’Egungun, et qui s’enveloppe des pieds
à la tête de tissus afin de cacher toutes les parties de son corps faute de quoi celui qui la verrait, mourrait. Le masque porté par le figurant
représente souvent un animal, serpent, léopard, ou un étranger (européen). Une fois la ville purifiée par les médecines et l’eau bénite, la
mascarade peut commencer. A cette occasion les morts communiquent avec les vivants au moyen de la transe des danseurs, et font part de leurs avis
afin d’améliorer le sort de la communauté. Le culte des ancêtres est généralement destiné à la préservation de l’ensemble social vécu comme un corps
à lui tout seul, l’individualité devant être mise au service de ce corps.
Cette préférence sociale n’empêche en aucun cas que la société yoruba
soit fondée sur le clan ou la famille. Mais pour les Yoruba la notion de famille ne se limite pas aux enfants et parents, mais inclut oncles, tantes,
petits enfants, familles unies par un mariage commun. En fait la famille est le clan. Le chef de la famille la plus nombreuse est le chef du clan, le
Bale. Il établit la justice et doit adopter tout enfant du clan qui se retrouverait orphelin. Lorsque plusieurs clans cohabitent dans un même village
il finissent par se considérer comme de même famille. Lorsque naît l’union de communautés de villages, la tribu, les Bale choisissent un chef commun,
un Oba, qui sera responsable de la justice et des affaires économiques et sociales jusqu’à sa mort.
Les Yoruba croient à la réincarnation et a
un jugement post-mortem prononcé par Olorun. De ce jugement porté sur la vie écoulée dépendra les conditions de la vie future. Ni plus ni moins que
la notion de Karma. En principe l’âme du mort devra se réincarner dans deux générations chez les descendants de son ancienne famille. Cette
prédilection familiale affirme l’importance du culte des ancêtres et de la nécessité de conserver avec eux de bonnes relations.
Comme n’importe
quel groupe social ou individu les yoruba cherchent à se préserver des mauvais sorts et des maladies. La particularité chez eux est que ces évènements
sont toujours le résultat d’une action maléfique entreprise par une sorcière. Jamais un yoruba ne peut être responsable de son sort. Le pouvoir de
la sorcière ne peut atteindre qu’un individu. Catastrophes ou épidémies sont du seul pouvoir de Shango le dieu du tonnerre ou de Shopona le dieu de
la vérole. Pour défaire le pouvoir d’une sorcière il faut consulter le babalawo, prêtre d’Ifa dont les services ne sont pas donnés.
S’il ne peut
se payer le babalawo, il ne reste à la victime qu'à s’assurer une vie irréprochable ou de rentrer dans une communauté de culte qui par la
connaissance de la magie noire possède tous les antidotes. La société la plus puissante est celle des Ogboni. Cette société dont les pouvoir
s’exerçaient même dans le monde politique pouvait décider l’élimination de tout adepte ayant perdu ses faveurs. Le chef des Ogboni envoyait une tasse
de poison chez le banni et ce dernier devait en boire le contenu.
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Voir définitions complémentaires dans notre dico.
Les Ibeji, le culte des jumeaux
Article révisé le 23/02/2010.
Avant d’en venir aux Orishas il nous faut aborder un aspect particulier de la vie Yoruba, le culte des Jumeaux ou « Ibeji » (appelé Hoho chez les Fon). Ce culte repose d’abord sur un fait génétique avéré. Nous avons constaté qu’aux USA survenait la naissance de 8 jumeaux pour mille naissances. Chez les yoruba ce rapport est de quarante pour mille, ou encore, dans le monde il nait un jumeau toutes les 80 naissances alors que chez les Yoruba il en nait un toutes les vingt naissances. Une autre façon de se faire une idée est de comparer le taux mondial de naissance gémellaires de 8/1000 avec le taux de la ville nigériane d’ Igboora qui est de 150/1000.
Durant longtemps l’arrivée de jumeaux dans une famille était considérée
comme un malheur. Un tel accident ne pouvait s’expliquer que par l’infidélité de la mère.
En pareil cas les enfants, et la mère étaient tués. Les conséquences sur la démographie furent telles que les Yoruba durent changer leur
façon de voir. Dans ce cas rien de tel qu’un oracle pour dire de faire autrement et vers le milieu du XIXème siècle les jumeaux devinrent des signes
positifs revêtus de pouvoir surnaturels. Des fêtes sont organisées à leur naissance et le babalawo les consacre à l’Orisha IBEJI. (IBI= né et UJI=eux).
La tradition Yoruba veut que les jumeaux ne possèdent qu’une seule âme. Ainsi quand l’un d’eux meurt celui qui reste est déséquilibré et se
retrouve en danger. De plus la colère du jumeau mort devient une menace pour celui qui reste et sa famille. Pour parer à ces conséquences néfastes la
famille consulte le babalawo et fait fabriquer une petite statue en bois qui contiendra l’âme du défunt après que le babalawo ait pratiqué le rituel
nécessaire. Devenu le gardien de l’âme du jumeau mort, l’Ibeji recevra de sa mère toutes les attentions qu’il aurait eu de son vivant. Il est lavé,
nettoyé et même convié à la tété. Parfois les copeaux des statuettes sont utilisés pour concocter des médecines ce qui explique les abrasions
constatées sur ces statuettes. Si les deux jumeaux meurent il n’est en principe pas utile de leur sculpter des Ibeji. Mais comme ces jumeaux sont
pourvus de pouvoir surnaturels supérieurs à ceux des ancêtres « normaux » des figurines seront sculptées pour recevoir les offrandes destinées à
s’assurer de la protection des disparus.
Il est coutumier que le premier né soit appelé Taiyewo ou de façon abrégée Taiwo, Taiye ou Taye, nom qui signifie «le premier à goûter le monde». Le deuxième né s’appelle Kehinde ou «celui qui arrive après». On dit que Kehinde envoi Taiyewo en éclaireur pour voir comment va la vie dans le monde. Taiyewo communique alors par des cris avec Kehinde pour l’informer si la vie est bonne ou non et ainsi selon les intonations de ces cris Kehinde pourra choisir de venir au monde vivant ou mort. De fait si Kehinde nait en dernier il est considéré comme l’ainé puisque c’est lui qui a exercé son autorité sur Taiyewo en l’envoyant en mission de reconnaissance. L’attribution d’un nom en fonction de l’ordre des naissances ne s’arrête pas aux seuls jumeaux. Le premier enfant qui naitra à la suite des jumeaux sera appelé quel que soit le sexe, Idowu ou Esu lehin Ibeji ce qui signifie "le polisson qui vient après les jumeaux" parce que les Idowu sont souvent des enfants difficiles. S’il vient d’autres enfants ils seront appelés successivement Alaba, puis Oni, Ola ou Idogbe.
On peut souvent observer les figurines transportées par la mère et débordant de sa tunique. Si dans les premières années c’est la mère qui soigne les Ibeji et place les statuettes près de son lit, plus tard ces Ibeji sont déposés dans le sanctuaire familial. Quand la mère meurt, si les deux jumeaux sont aussi décédés, plus personne ne s’occupera des figurines. En revanche s’il reste un jumeau vivant, c’est lui qui prendra en charge la statuette jusqu’à sa propre disparition. Les Ibeji représentent toujours un adulte, et le sexe est celui du jumeau mort. Ils portent des anneaux autour des poignets et des chevilles ainsi que des colliers des chaines et des boucles d’oreille. Dans une forme de syncrétisme il arrive que des amulettes islamiques soient gravées sur le dos des statuettes. Au Brésil le culte des jumeaux est syncrétisé avec celui des saints Côme et Damien.
Les Orishas en V.O.
Il est temps maintenant d’en venir au point central du culte yoruba, les Orishas.L’univers a été créé par Olodumare et il a chargé des forces
spirituelles les « Irunmole » ou Orishas de maintenir les choses en place. Les sources divergent quant au nombre des Orisha, mais les plus fréquentes
donnent un chiffre de 800. 400 demeurent dans le monde des esprits, le non manifesté, et 400 autres divisés en 200 forces positives et 200 négatives
se promènent entre Orun (les esprits) et Aye le royaume de la terre. Chaque Orisha a sa personnalité, et sa conscience influence la nature et les
hommes. C’est par l’Ifa, le rituel de divination que l’adepte prend contact avec les Orisha. Si chaque Orisha a sa personnalité, il est comme tout
a chacun susceptible de plaire ou déplaire. Ainsi certains Orisha se voient plus ou moins honoré en fonction des localités ou des régions concernées.
Nous allons donner une courte liste des principaux Orishas.
Nous avons essayé d’en rester aux caractéristiques originales des Orishas telles qu’elles existaient avant qu’elles aient subi les diverses
transformations dues à leur émigration vers les Amériques. Isoler ces caractères originaux avec certitude nécessiterait un véritable travail
d’historien qui dépasse le cadre de cette courte étude. Les données transmises ici ne tiennent donc pas compte de l’évolution des typologies
Orishas dans les divers cultes qui les ont accueillis tel que la Santéria le Candomblé ou l ’Umbanda. De même nous avons pour la plupart des dieux,
ignoré leur correspondance chrétienne du fait que celle-ci fait aussi partie de l’évolution. Les divers noms cités eux-mêmes concernent pour la
majorité les traductions espagnoles ou portugaises des noms Yoruba.
De toute façon nous avons bien compris que les Orishas sont les
personnifications de concepts, de forces, qui ont contribués et contribuent au maintient et à l’évolution de la vie tant matérielle que spirituelle.
Ce qui est original et touchant ici, est que contrairement à nos religions du plus que parfait qui veulent faire que l’homme une lessive à l’ âme
plus blanche que blanc, les Orishas sont les miroirs de nos faiblesses de nos doutes et de nos forces. Bien loin d’établir une arrogante domination
sur l’homme, ils n’hésitent pas à mouiller la chemise s’il le faut, en assumant des patronages aussi peu enviables que celui de la variole, celui
des marécages, de la boue , et même de ce truc bizarre, le cordon ombilical. Les Orisha oxygènent nos esprits, soulage nos âmes. Nous sommes loin
de ces grands dieux donneurs de leçon qui à l’abri de la souffrance et de la mort dans leurs Edens dorés oublient qu’ils nous ont donné si peu de
moyens pour tant d’exigence.
Quelques Orishas
Olorun
Aussi appelé Olodumare, Olofin-Orun, Ogus, Oba-Ajiki
Il est le père du ciel et créateur de l’univers, parfois androgyne ou femelle.
Dieu de la paix et de l’harmonie il contrôle tous ce qui est blanc. (nuages, les os..) Olorun signifierait « propriétaire de l’utérus arc-en-ciel »,
ce sui devrait être compris symboliquement comme le dépositaire de la somme des couleurs possibles, le blanc, qui sous l’action du prisme donne
l’infinie multitude des couleurs. Olorun est le père d’Obatala lui-même père des Orishas, et de Odudua (Oduduwa) que nous avons déjà rencontré et
qui serait l’ancêtre des rois yoruba.
Aganju
Aganju est le dieu des volcans et des déserts (Saint Christophe).Il serait le troisième Orisha apparu sur la terre il est associé avec
Shango dont il serait ou le père ou le frère. Il est en relation avec l’épaule. Les autres attributions relèvent d’avantage du culte Lucumi en
particulier la présence de l’Orisha dans le processus de germination, la production de richesse.
Babalu Aye
Connu sous le nom de Omulu, Shonponno, Obaluaye, Saktapa, il est le dieu de la maladie Il est le fils de Yemaja et Orungan. Il est
aussi le dieu de la guérison et l’eau fraiche l’apaise. Dans la santéria il est syncrétisé par Saint-Lazare. Dans la mythologie du Dahomey il est le
dieu de la variole. Aujourd’hui il est invoqué pour guérir le Sida. Ses couleurs sont le Bleu, le brun, le blanc, et ses offrandes sont faites de
riz, de blé, de maïs, d’ognon d’ail, du poisson fumé
Yemaja
Yemaja, Ymoja, lemanja nan Borocom, lemanja Bomi, lemanja Boci en Afrique, Yemanja, lemanja ou Janaina au Brésil, la Sirène à Haïti,
Yemalla, ou Yemana aux dans le voodoo de la Nouvelle Orléans, cette déesse est la mère des déesses, patronne des femmes enceintes. Son nom
signifierait en yoruba « mère dont les enfants sont comme des poissions ». Elle est représentée comme une vieille femme habillée de noir et mauve
liée à la boue, les marécages et la terre.
Eshu
Aussi appelé Elegua ou Elegba il est un des plus important Orisha. Il est le protecteur
des voyageurs, dieu des routes et particulièrement des carrefours. Il est le maître du hasard apportant fortune ou infortune. Il personnifie la
mort en temps que passeur d’âme. Toute cérémonie doit commencer par une offrande à Eshu au risque de la rendre improductive. Eshu est un maître sévère mais juste.
Shango
Sango Xango Shango Chango Jakuta.Un des Orishas les plus populaire. Dieu du tonnerre et de l’éclair il aurait été le troisième ou
quatrième roi du royaume d’Oyo déifié à sa mort.
Ogun
Dans la mythologie yoruba Ogun était à l’origine un chasseur appelé Tobe Ode. Il aurait été le premier Orisha à descendre dans le royaume terrestre
pour y trouver une habitation convenable pour abriter la vie humaine. Pour cette action il fut appelé Oriki « premier des Orishas à être venu sur
terre » Il a été l’objet des premiers cultes yoruba dans une lieu nommé Ekiti, et aurait été enseveli dans un endroit nommé Ire-Ekiti
(mais sans mourir). Il peut être agressif, peut aussi diriger la tête des femmes et des hommes efféminé dont il est amateur. Il est aussi lié
au sang et est consulté lors de maladie du sang. Il apparaît sous de nombreux noms Ogun Alara, Ogun Elemona …
Ochosi
Oxossi, ochossi Oshossi Osawsi.Dieu de la forêt, il est chasseur et chaman. Il est aussi le dieu de ceux qui travaillent avec les
animaux.
Obatala
Oxala, Orixala, Orisainla.Dieu créateur il fit le corps humain auquel son père Olorun insuffla la vie. Olorun créa l’univers, Obatala
le monde et Oduduwa l’humanité. Il est le propriétaire de toutes les têtes. Il a créé les handicapés et en est devenu le patron. Les personnes nées
avec une déficience sont appelées « eni orisa » littéralement, peuple d’Obatala. Il est le dieu du nord et est habillé en blanc.
Oya
Oia, Lansa est la déesse du Niger. Elle est la déesse du l’éclair, la fertilité la magie, des ouragans des tornades et garde le monde
souterrain. Son nom complet est Oya-Yansan
D’autres Orishas
Nana Buluku-Nana déesse de la création, mère du vieux ciel et de l’esprit des marécages elle est associée à la lune.
Olokun-Gardien des profondeurs océanes, des abîmes il est le patron de la diaspora africaine
Ochumare- Serpent arc-en-ciel,dieu du mouvement et de l’activité, gardien des enfants et du cordon ombilical
Oshun- Déesse des rivières, de l’amour, de la beauté de la fertilité, amoureuse de Shango et bien aimée d’Ogun.
Ibeji- Orisha des jumeaux sacrés
Ozain- Orisha de la foret il possède le saint liquide fait de diverses herbes. Il est le gardien des herbes et des médecines naturelles.
Erinle- Orisha de la médecine, de la guérison et de la moisson.
Le peuple Fon
et les voduns
Le peuple Fon installé au Dahomey, actuel Bénin, a payé un lourd tribut à l’esclavage, et a de ce fait largement contribué à la diffusion des cultes africains dans le nouveau monde. De leur mythologie Dahomey va émerger le candomblé vodun au Brésil, le vaudou à la Nouvelle-Orléans et en Haïti. C’est bien entendu là aussi sous ses formes afro-américaines que le culte est le plus connu, mais celles-ci font l’objet d’autres pages et ce qui nous intéresse ici est de retrouver les caractères d’origine issus principalement de l’ethnie Fon au Bénin.
Dans la mythologie Fon, le
Dieu suprême est Nana Buluku. Il est un Dieu au sens gnostique, une entité non manifestée, incommensurable à laquelle il ne peut y avoir accès, il
est l’équivalent yoruba d’ Olodumare. Nana Buluku est hermaphrodite, il s’auto engendre là encore un peu comme le Dieu des gnostiques qui se pense
lui-même d’un pensée féminine l’Ennoia. D’ailleurs son premier enfant est féminin, Mawu, maîtresse de la lune et de la maternité. Son deuxième est
Lisa, le garçon, maître du soleil qui va donner aux hommes les outils pour déboiser, travailler la terre, faire la guerre.
Ce sont Mawu et Lisa
ou leur entité réunie en Mawu-Lisa, qui ont créé le monde en quatre jours. Le premier jour ils ont créé l’univers et l’humanité. Le deuxième jour ils
ont veillé à rendre la terre accueillante pour les humains. Le troisième jour ils ont donné aux hommes l’intellect, les sens, et le langage, et le
quatrième jour l’humanité a reçu la technologie. Mawu-Lisa ont eu sept enfants, don Dan, le dieu serpent arc-en-ciel qui sera le père des voduns, les
équivalents des Orishas chez les Yoruba.
Les voduns sont les intermédiaires désignés entre Dieu et les hommes. Ils sont aussi des esprits liés
à des forces et des manifestations naturelles. Le culte des voduns est animiste, mais loin d’attribuer à cette définition un sens péjoratif il s’agit
tout au contraire de situer l’homme dans une conception globale d’une création qu’il ne dirige pas, mais à laquelle il participe comme un élément à
valeur égale. Là où les Grecs avaient créé leur Zeus, Hadès, et consorts avec leur statues anthropomorphes, les animistes vont à un essentiel que
nous nions ou parfois même méprisons, l’âme des choses. Mieux encore là où notre pensée rationnelle reste victime de l’intellect et a besoin de
dieux à notre image, les cultes premiers confient à la transcendance le soin de rencontrer leurs divinités. Dans le monde vodun tout est partie du
Dieu unique dont les voduns, l’homme, l’animal, le minéral ne sont qu’émanation.
Là encore, alors que nous établissons une rupture entre le
sacré et le profane, les religions africaines considèrent que le monde manifesté n’est qu’un des aspects non méprisable du divin. De ce fait la
qualité de vodun ne se limite pas aux représentants divinisés des forces naturelles, mais peut habiter des personnages historiques ou mythiques
puisqu’après tout les qualités dont ils ont fait preuve ne sont jamais que l’expression sublimée de ces forces primordiales. Alors aux voduns
de la terre, du ciel, de la mer et de tous les archétypes vont s’ajouter les voduns ethniques fondateurs d’une nation ou d’un royaume, comme Agasu
(ancêtre fondateur du royaume d’Abomey) et les Toxwyo, les voduns représentant les ancêtres d’une famille (l’équivalent des pénates romains) . Une
quatrième catégorie va clore la distinction, la catégorie dite des voduns modernes, particulièrement développée au Ghana et qui est celle des
entités protégeant des sorciers, ou celle des Koku au pouvoirs occultes terrifiants.
Cet attachement à la famille et aux ancêtres se retrouve
dans la hiérarchie du panthéon vodun. Mawu-Lisa va/vont donner naissance à sept enfants qui à leur tour vont donner naissance à des familles
spécialisées dans leur domaine d’activité, déclinant en quelque sorte la force familiale dans toutes ses manifestations possibles, négatives comme
positives. Le premier enfant Sakpata est un vodun de la terre ou(Ayi vodun) Il est craint car il diffuse la variole, ou plus généralement les
maladies contagieuses. Ses fils son nombreux. Ada Tangni est le vodun de la lèpre, et Sinji Aglosumato le vodun des blessures mortelles En suite
Xevioso un vodun du ciel (Jivodun) Il se manifeste sous la forme de l’éclair et du tonnerre, il est le dieu de la justice et punit les menteurs les
voleurs les blasphémateurs. Xevosio (Hevioso) exerce sa répression sur les être animés et les grands arbres, son fils Sogbo est le dieu de la foudre
de terre qui se manifeste sans tonnerre ni éclair. Agbe est un vodun de la mer (Tovodun) Il est représenté par un serpent et domine tout ce qui
transmet la vie. Gu est un vodun de la guerre et du fer. Il exècre le mal et peut en tuer les auteurs. Agê le cinquième des fils, est le dieu de
l’agriculture et des forêts, il règne sur les oiseaux et les animaux. Jo est un dieu invisible qui règne sur l’air. Lêgba est le plus jeune de tous.
Il n’a pas d’attribut et il est jaloux.
Parmi les voduns, les guèdes ont une place particulière. Ils proviennent en effet d’une tribu conquise
par les Fons, les Guede- vi. Cette ethnie représentait une caste de fossoyeurs et de ce fait ils ont été incorporés comme génies responsables des
cimetières et de la mort. Ils sont l’exemple type de l’imbrication entre histoire et mythologie.
Cosmogonie sorcellerie et magie
chez les bakongo.
Lorsque l’on utilise le mot Kongo on se réfère aux populations bantoues aussi appelées Bakongo (peuple du kongo) originaires de l’ancien royaume du Kongo qui comprenait les deux Congo (ex Belge et Français) ainsi que l’Angola et l’actuel Cabinda. Ainsi les cultes syncrétiques afro-américains qui seront issus de cette culture verront leur définition suivie des noms d’Angola, Congo, ou même Cabinda, Mayombe, ou toute autre région de l’ex royaume, dès lors qu’il sera utile d’en différencier les origines. C’est le cas dans le candomblé où l’ajout d Angola sert à distinguer les origines bantous des origines yoruba (candomblé Kétu ou nago) ou autres. (jéjé, cabocle). Mais dans un premier temps ce sont les croyances originales qui nous intéressent.
La cosmogonie Kongo comme ses proches parents yorubas et voduns repose sur la croyance d’un Dieu unique (Nzambi mpongo) créateur du ciel des étoiles de la lune du soleil et de la terre. Il créa aussi la nature et ses forces et enfin les animaux, l’homme et la femme. Il enseigna à ces derniers le secret des minkisi (pluriel de knisi) des makutos (amulettes) et du nganga. Il s’est alors retiré partageant le ciel avec son pendant négatif Lugombé facilement identifié comme étant le diable mais qui serait plutôt à considérer comme une polarité opposée et équilibrante.
Comme dans les cosmogonies voisines, le Dieu unique à laissé à des entités intermédiaires le soin de veiller à la création. Ici ces équivalents
des Orishas yorubas sont les « Kimpungulu » (pluriel de mpongo). Cependant la relation aux kimpungulu n’est pas
installée dans un rituel central comme pour les cultes voisins. Chez les bakongos le pilier central du phénomène religieux se construit sur une relation
fortement imprégnée de magie reposant sur les ancêtres (lignage) et les lieux spécifiques environnants (rivière, cascade, source etc..) habités par
des génies ou des esprits qui vont être tout comme les ancêtres, mis au service de la communauté selon une méthode bien codifiée.
Nous devons
bien comprendre que la religion bantoue comme celle des Yorubas et des Voduns
n’a pas grand-chose à voir avec notre concept du religieux. En tout premier les religions sont ici un ensemble de pratiques, rituels et croyances
permettant au-delà de la mort de perpétuer le lien avec les ancêtres jusqu’à en assurer parfois l’élévation au rang de divinité. Dans ce même état
d’esprit l’ancêtre comme les divinités et les esprits sont des guides destinés à aider et à conseiller l’individu dans sa traversée du monde des
vivants. A la grande éthique de nos sotériologies les croyances africaines choisissent l’assistance concrète et pragmatique limitée à ce monde dans
le souci du respect et de la préservation de la famille et du clan. Cependant si les forces peuvent être mises au service du bien, elles peuvent tout
autant être utilisées pour le mal, quoiqu’en la matière le mal des uns fait le bien des autres. C’est toute la circulation de ces énergies positives
et négatives que le culte Kongo permet de mettre en action ou au contraire d’en contrecarrer l’effet, donnant en quelque sorte la priorité du magique
sur le religieux
Comme nous l’avons déjà annoncé, la mise en œuvre des opérations de magie blanche comme noire répond à une répartition très
précise des rôles entre les initiateurs , intermédiaires, destinaires.
Le fondement du système s’appuie sur une spécialisation des tâches selon que
l’on veuille agir dans le domaine collectif ou privé. Ces domaines eux-mêmes font à leur tour l’objet d’une sélection selon cette fois qu’il s’agisse
pour jeter un sort (le mal) ou de se protéger d’un sort ou simplement obtenir une faveur, réaliser un souhait positif (le bien).
Cette
spécialisation des fonctions s’étend jusqu’à l’utilisation d’intermédiaires spirituels distincts (forces, esprits, fantômes etc..). Ainsi toute action
de magie/sorcellerie fera intervenir un sacerdote, (ancien,prêtre, sorcier, ou magicien) une entité intermédiaire (ancêtre, esprits local bénéfique ou malveillant, fantôme…)
et un destinataire,la collectivité ou
l'individu.
Commençons par le domaine public. L’envoi d’un sort négatif sur le clan ou le groupe social est entre les mains du chef de village
ou des anciens. Pour obtenir satisfaction ils utiliseront le concours des ancêtres. Généralement l’envoi d’un mauvais sort sur la communauté répond à
l’intention de donner une leçon et non de porter préjudice et donc revêt un aspect positif (en principe du moins). Dès qu’il s’agira d’agir de façon
positive sur le groupe, comme favoriser une récolte, ce sera au prêtre d’agir. Pour cela il s’adjoindra les services des
bisimbi (pluriel de simbi)
qui sont des esprits locaux bienveillants attachés à des lieux particuliers.
Quittons les actions collectives pour entrer dans la relation privée.
Là aussi les acteurs sont spécialisés. Pour jeter un mauvais sort et pratiquer la magie noire, le sorcier ou « ndoki » va mettre à son service un
fantôme (nkuyu) qui généralement est l’âme errante d’un ancien sorcier ou d’un membre d’une tribu n’ayant pas eu une vie respectable ou qui se serait
suicidé. A l’opposé le magicien ou « nganga » va lui intervenir soit pour créer les conditions nécessaires à réaliser le souhait d’un de ses clients,
soit pour opposer un contre pouvoir à l’action présumée d’un ndoki (sorcier). En l’occurrence le nganga va utiliser le knisi pour construire et
transmettre sa magie. Le thème du knisi déjà largement développé dans notre page dico (voir définition knisi) peut être résumé ainsi. Le Knisi est un
contenant ou une statuette anthropomorphe ou zoomorphe chargée par le magicien de matières minérales qui lui transmettent les esprits et de matières
végétales et animales qui lui communiquent la force d’agir. Cette charge est appelée « bilongo ».
Dans la société Kongo certains évènements
comme la mort d’un enfant par exemple, n’est pas dans l’ordre naturel et procède très certainement de l’action négative d’un ancêtre d’un esprit ou
d’un sorcier. Le sorcier est doté d’un organe spécial, le kundu, qui a sa vie propre et qui mange l’âme (dia) de ses semblables. Un individu peut
être habité du kundu sans le savoir, autrement dit être sorcier malgré lui. Tous les nganga ne sont pas aptes à détecter les individus malfaisants,
ce rôle est dévolu à un voyant ou devin le nganga ngombo. Dès lors que celui-ci soupçonne quelqu’un il le soumet à une sorte de jugement de dieu en
lui faisant ingurgiter du poison. Selon la réaction le suspect sera acquitté ou condamné éventuellement à mort s’il est coupable.
Comme nous le
voyons à chacun son travail. Or, lors de leur exil vers les terres américaines les populations Kongo ont rompu d’une part le lien avec les ancêtres
avec la disparition des lignages et d’autre part le lien avec les esprits liés à leur environnement africain. Autrement dit il y a eu rupture totale
des liens magiques communautaires. Dans leur déportation n’a pu subsister que la relation magie/sorcellerie, qui elle se limite à la sphère privée.
Il en est résulté deux conséquences principales. Dans certains cas l’apport de la culture bantoue à du pour survivre se mélanger avec d’autres
croyances africaines qui dépendant principalement d’un culte de divinités majeures (orishas, voduns) restaient moins vulnérables à la mouvance. En
effet les kimpungulu bantous équivalents des orishas ou voduns ne font pas l’objet de vénérations similaires. Cette absence de culte «transportable»
et la perte des repères collectifs ont également débouché dans certains cas sur des pratiques de sorcellerie ayant perdu définitivement tout aspect
religieux. (Obeah-man et Myal-man des Antilles britanniques ou encore le hoodoo
d’Amérique du nord) Les magiciens ou sorciers sont ainsi consultés
pour régler les petits et grands litiges du quotidien, les affaires de cœur, d’argent, de jalousie et d’amour. C’est également cette vulnérabilité
qui à rendu le candomblé Angola (donc Kongo) le plus disponible à recevoir l’apport des esprits amérindiens en donnant naissance au candomblé
cabocle.
Le Palo cubain reste la forme la moins altérée du syncrétisme de source kongo en amérique latine. Cependant il ne put éviter la perte
des références ancestrales du lignage et de l’espace africain. Ainsi le Palo aura-t-il lui aussi tendance à se replier sur la sphère privée, axant
sont intervention sur les pratiques de magiques. Le nganga ou magicien africain devient à Cuba le récipient contenant les matières constitutives de la
magie (aussi appelé prenda) auxquelles sont ajoutés des petits bâtons ou palo qui donnent le nom au culte.
Le terme gnanga attribué au magicien
fait place au terme Mayombe lorsqu’il s’agira de sorcellerie appelé aussi nganga juive, et Quimbice ou nganga chrétienne lorsqu’il s’agira de magie
blanche. Pour certains le Mayombero ne croit pas en Nzambi alors que le Quimbicero y croit. La magie blanche ou noire peut être accomplie par un même
officiant, mais tous les paleros n’acceptent pas de pratiquer la magie noire.
A Cuba le terme knisi souvent traduit par le mot Inquice (ou inkice) est utilisé non plus pour définir le récipient ou le fétiche mais par assimilation du terme knisi (récipeint) bilongo (charge magique qui retient les esprits) ce mot de knisi a fini par désigner les esprits et entités elles-mêmes à savoir les kimpungulu autrement dit le contenant à fini par désigner le contenu
Les principaux syncrétismes issus de la culture Kongo sont donc le Palo Mayombe de Cuba, le candomblé Angola du Brésil ainsi que le candomblé cabocle qui reçoit l’apport des esprits amérindiens, le culte Obeah des Antilles britanniques, le Hoodoo ou Conjure des USA, le Kumina jamaïcain.
Lisez cet article aimablement traduit en portugais
par le Professeur Sergio Paulo Adolfo sur le site
http://mbanzakongo.blogspot.com
