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Dernière révision
février 2010


Présentation

Papa-Legba

Les cultes afro-américains se définissent comme le résultat de l’influence qu’un milieu composite, (l’Amérique), a pu exercer sur les cultures animistes apportées par les esclaves africains. La première influence fait partie d’une image d’Epinal, celle de ces saints vénérés en lieu et place des divinités « païennes ». Les circonstances particulières de l’esclavage étant maintenant dépassées, les animismes se sont débarrassés de leur chaperon catholique pour vivre leurs propres liaisons libres et consentantes. Ces nouvelles unions se sont le plus souvent arrangées au travers d’entreprises plus ou moins réussies de conservation ou de reconstruction des identités africaines soumises à diverses influences ethniques. La première source de syncrétisme hormis le christianisme imposé des maîtres est avant tout les animismes eux-mêmes. Trois grands courants dépendants des flux esclavagistes vont se confronter pour aboutir à des religions dans lesquelles l’un ou l’autre va dominer localement et même parfois partager cette domination. En premier vient le culte des Orishas des Yorubas de l’actuel Nigéria, puis le culte Vodun des Fons de l’actuel Bénin, et enfin le groupement ethnique bantou de l’ancien royaume du kongo (Congo/Angola/Cabinda) et leurs kimpungulu devenus Minkisi ou Inquices en Amérique.

Ces trois cultures de base vont apparaître de façon plus ou moins pure dans diverses religions afro-américaines sous des noms différents selon leur localisation. Ainsi (pour résumer) les Orishas vont donner naissance à la santéria cubaine, au Candomblé Nago brésilien. Les Voduns vont apparaître dans le vodou haïtien ou le candomblé jéjé du Brésil, et les inquices dans le Palo cubain et le candomblé Angola. Mais le syncrétisme ne s’arrête pas là et va prendre en compte, surtout au Brésil, une spécificité locale, les amérindiens. Certaines religions africaines vont accueillir leurs croyances en raison du lien ancestral qu’elles entretiennent avec une terre qui est la leur. C’est ainsi que le candomblé Angola va accepter de vénérer les esprits amérindiens et cabocles donnant corps au candomblé cabocle.
Sur cette brèche ouverte vont s’infiltrer d’autres influences comme le spiritisme de Kardec ouvrant la voie à son tour à un culte des esprits que l’on va retrouver dans la Macumba et qui s’épanouira dans l’umbanda et sa version maligne la quimbanda. Parfois en raison des circonstances propres à une région ces mêmes religions vont dégénérer abandonnant tout leur aspect religieux pour ne conserver que les rituels de magie sorcellerie (Hoodoo, Obeah, Myalisme, Pocomania).

Ces cultes naviguent entre le légitime besoin de se rapprocher de leurs racines, mais de s’en émanciper ou du moins de composer parfois avec elles quand ’il y va de leur intérêt et du maintient de leur part active dans le marché du religieux. Il en résulte que dans un même culte ce qui est admis ici peut être totalement proscrit là ce qui est source de confusion. C’est pourquoi avant de nous lancer dans cette approche il faut donc abandonner l’idée de découvrir un système dogmatique unifié et accepter que comme tout ce qui est humain les cultes afro-américains soient eux aussi des résultats de compromis et en conséquence s’avèrent être d’une infinie diversité.

Liste des cultes

Les cultes

Les Candomblés

candomblé

Avant de porter notre attention sur les cultes afro-américains nous devons nous attacher d’abord à comprendre l’esprit de ces religion africaines si éloigné de nos concepts habituels et que le terme trompeur d’animisme ne suffit pas à définir. Cette démarche commence par savoir que l’histoire de l’Afrique n’a pas commencé avec la colonisation, mais que déjà avant elle ce continent était riche de communautés très diverses allant de l’organisation anarchique (autrement dit sans pouvoir central) centrée sur la famille le clan la langue ou l’association, aux grands royaumes organisés autour d’une ou plusieurs ethnies. Quels qu’aient été les systèmes sociaux-politiques le caractère commun à tous était le lien intense que la société des vivants entretenait avec les ancêtres par l’intermédiaire des anciens, pour les groupes réduits, ou celui des rois pour les grandes structures étatisées. Les ancêtres n’étaient pas seulement honorés en temps qu’héros fondateurs des clans lignées ou royaumes, mais leur rôle social était majeur dans la mesure où ils représentaient une sorte d’instance supérieure chargée de diriger les vivants et de leur faire respecter les mœurs et les traditions. Au sens propre les religions relient morts aux vivants dans une communauté d’intérêts d’autant plus nécessaire qu’avec la croyance en la réincarnation chaque mort avait le souci de préserver un monde dans lequel il devrait revenir.

L’importance du lignage est telle que certains ancêtres illustres peuvent acquérir le statut de divinité, comme chez le Yoruba où Shango fondateur de la ville d’Oyo devient un Orisha majeur et le dieu de la guerre. Cet égard envers les ancêtres se trouve imbriqué dans une profonde vénération des espaces typiques sensés retenir certaines forces ou entités puissantes (sources, lacs, rivières, grottes…). De ce fait, avec la déportation les conditions nécessaires au maintient des liens sociaux et spatiaux-temporels furent totalement rompues.
Sur ce fond commun de mentalités se distingue une grande diversité de croyances qui exprimeront autant de particularités qui seront apportées dans le nouveau monde pour y prendre racine. De cette multitude trois groupes d’influences vont finir par s’imposer pour créer les cultes syncrétiques afro-brésiliens, et en premier les Yoruba qui vont établir une véritable prépondérance culturelle.
Les yorubas appelés "nagos" par les portugais viennent du sud-ouest de l’actuel Nigéria et le sud-est du Bénin (Dahomey). Les yorubas ont créé plusieurs petits royaumes (Oyo, Ketu) aux villes état importantes. Parmi ces villes du royaume d’Oyo se trouve Oyo qui est la capitale administrative et artistique créée par Shango devenu pour la cause le dieu de la guerre et un des Orisha les plus vénérés. Dans ce même royaume nous trouvons surtout Ile-Ife, la Mecque du culte yoruba des Orishas, le lieu de naissance et le centre du monde de leur cosmogonie. Lors de l’invasion du pays par les musulmans, les princes et prêtres de ce royaume furent capturés, vendus comme esclaves, et déportés majoritairement dans la région de Salvador de Bahia où ils seront à l’origine de la création de la première maison de culte afro-brésilien l’Ile Iya Nassô dont une des fondatrices également descendait du royaume de kétu et aurait été gardienne suprême du culte de Shango l’Orisha des rois d’Oyo. Nous avons ainsi l’origine des dénominations qui seront données ultérieurement aux cultes afro-brésiliens issus de la culture yoruba, à savoir Kétu lorsque les créateurs des lieux de cultes seront originaires de la ville de kétu, Ijexa lorsqu’ils seront de Ilesha une ville Yoruba de l’actuel Bénin, ou Nago au sens de yoruba en général tel que l’exprimaient les portugais, bien qu’il existe une ethnie nago.

La guerre des Canudos ainsi que des épidémies de peste vont entrainer une migration des populations noires vers les états de Rio et Sao où s’effectuera la rencontre de la culture yoruba avec les populations d’origines bantoue. Les bantous devaient à leur solide constitution physique l’avantage d’avoir été choisis pour les travaux pénibles et ainsi envoyés vers les exploitations agricoles de l’état de Rio, Sao et Minas Gerais. Dans ce premier prix gagné à la loterie de la malchance ils se retrouvaient disséminés, isolés, et en prime mélangés avec d’autres groupes d’esclaves par nature ennemis afin d’encourager délation et décourager la rébellion.
A ces circonstances défavorables s’ajoutaient les vulnérabilités typiquement inhérentes à la culture bantoue. En premier lieu les bantous ne sont pas une ethnie au même titre que les yorubas mais un groupe linguistique, et donc plutôt que bantou nous devrons retenir les noms d’Angola ou Congo et même Cabinda pour préciser la région dont sont originaires ces bantous. Dans un deuxième temps nous observons que la religion bantoue, en l’occurrence le culte des knisis (inquices, ou inkices) est d’une cosmogonie moins structurée que celle des Orishas, mais surtout que cette religion entretient un lien intime et puissant avec l’âme des lieux et celle des ancêtres et précisément le terre des ancêtres. Ainsi les bantous ne vénèrent pas les sources, les rivières, les grottes, mais une source, une rivière bien définie à laquelle est liée une puissance locale tout aussi définie. Le rapport avec la terre des ancêtres s’articule au travers d’une triple hiérarchie de pouvoirs dont nous donnons un aperçu dans notre page sur le Palo. Dans ces conditions la déportation esclavagiste marque la suppression des repères spatiaux et l’interruption des lignées collectives par lesquelles s’organisait le rapport au divin, mettant ainsi en danger toute continuité de la tradition. Dans certains syncrétismes des Caraïbes le culte bantou amputé des sa dimension collective indispensables, se rabattra sur la pratique individuelle de la magie ou de la sorcellerie perdant ainsi toute dimension religieuse. (obeah, Myal). C’est donc cette deuxième source bantoue distinguée par la vénération des Kinsis qui donnera le nom d’Angola, Congo ou de batuque attaché plus tard au mot candomblé.

La troisième source des syncrétismes se situe chez les Fons du Bénin actuel, ancien royaume de Dahomey berceau du culte des voduns. Les Fons sont voisin des yoruba auxquels ils ont d’ailleurs empruntés certaines de leur divinité. C’est du reste une des caractéristiques du culte vodun que d’emprunter, ou même d’acheter des voduns dont on a besoin pour des protections particulières. Le culte des voduns se manifeste au Brésil dans le culte de la Casa-das-Minas qui s’est établi dans le Maranhão. D’une manière générale le culte des voduns au Brésil s’amalgame plus pu moins avec celui des Orisha. Cependant il n’existera pas de candomblé vodun ni Fon, mais un candomblé jêjé qui ne correspond à aucun nom d’ethnie africaine. Le terme Jêjé utilisé seulement au Brésil, vient du yoruba adjéjé signifiant étranger, et qui était utilisé pour désigner les peuplades conquises. De fait sont réunies sous l’appellation jéjé les ethnies Fon et Ewe du Bénin et Togo, les Ashanti et Agni de Ghana, mais aussi de façon plus précises certain nom correspondent à des villes faisant partie de l’une de ces ethnies (Mahi et Savalu du Bénin ou Mina du Ghana, aujourd’hui Elmina, le port d’où étaient embarqués la majorité des esclaves du golfe de Guinée). Très rapidement un temple unissant les rites nagos et jêjé fut actif à la Barroquinha, un quartier du centre de Salvador de Bahia.
Voilà donc présentés les trois fournisseurs de cultes afro-brésiliens qui seront actifs dans ce candomblé qui n’est rien d’autre que le nom donné par les portugais aux danses sacrées ou profanes pratiquées par les africains du Brésil et par déformation à leurs cultes. A Rio le terme macumba sera plus usité, mais il avait une connotation péjorative indiquant les pratiques de sorcellerie et magie des noirs. Faire sa macumba à rio était synonyme de faire son cirque, son ramdam. Ce mot de macumba ne doit pas être confondu avec la religion syncrétiste Macumba qui issue du candomblé ne lui est pas assimilée.
Si le candomblé est le nom donné aux « sectes » africaines par les portugais du Brésil, tous ces cultes africains ne font pas partie du candomblé. La Macumba, l’umbanda, la Quimbanda, et l’Omoloko ne sont pas assimilés dans la mesure où ils introduisent dans le fondement cultuel africain originel un rapport différent aux divinités, non tellement dans leur dénomination qui n’est jamais qu’une étiquette mise sur des contenus, mais dans les pratiques rituelles qui consistent au cours des cérémonies à les convoquer selon des règles et un ordre précis.
Voilà pour la partie africaine. Nous devons maintenant parler de cette religion sans laquelle nous ne serions pas en train de parler de syncrétisme, à savoir ; l’église catholique. Comme dans les autres syncrétismes les saints catholiques ont servi de paravent aux divinités africaines, c’est archi connu, et nous passerons sur ce point. Au Brésil en particulier alors que les colons avaient mélangé les esclaves pour encourager les haines ancestrales et diviser pour mieux régner, l’église dans le but de favoriser l’évangélisation des noirs a eu l’idée de les réunir par groupe linguistique. Trois groupes majeurs vont se distinguer. Les yoruba de langue yoruba, les Fons-ewe de langue gbe, et les bantous de langue Kikongo et Kimbundo. Ce sont ces trois groupes linguistiques principaux qui vont donner naissance aux « nations », les sous nations étant plus précisément l’indication d’une origine précise dans le groupe linguistique. Ainsi le candomblé Ijexa, sera un candomblé utilisant la langue yoruba de la nation mais sera fondé par des esclaves originaires de la ville d’Ilesha (sous-nation yoruba). Pour le candomblé Jêjé, la sous nation indiquera souvent un groupe linguistique différent de celui des Fons, par exemple Fanti-Ashanti, Mina etc… Tout comme les religions africaines ont fusionné avec le catholicisme, les croyances amérindiennes vont-elles aussi s’amalgamer au seul catholicisme ou aux syncrétismes afro-brésiliens. C’est le cas du candomblé cabocle qui sur la branche bantoue du candomblé va introduire certaines croyances et pratiques du chamanisme local, la pagélance. ( voir la page candomblé cabocle)

Le candomblé n’est donc pas en soi une religion mais le nom donné majoritairement au Brésil à divers cultes africains, que les esclaves ont préservés en dissimulant la vénération de leurs divinités derrière celle des saints catholiques. Cette préservation s’est organisée autour des « nations », c’est à dire des regroupements d’individus par communauté de langue africaine. Chaque nation va donc se distinguer par l’usage d’un langage cérémoniel propre, des divinités et une hiérarchie sacerdotale typique correspondante aux pratiques africaines dont cette nation est issue. Cependant toutes nations confondues la classification en candomblé répond à un ensemble de pratiques et de croyances communes. L’essentiel du fond commun repose sur la pratique cérémonielle. Les cessions ont pour but de permettre à chaque adepte de prendre contact avec la divinité qui lui est propre. Chaque individu est dès sa naissance lié è une divinité qui devra lui être confirmée au cours de rituels initiatiques tenus par le devin (Babalawo ou bokonon) Tout au long de sa vie l’individu sera attaché à cette entité et à elle seule, et au cours des cessions il ne pourra être possédé (chevauché) que par elle. L’appel des divinités commence toujours par l’appel d’Exu (Eshu) qui est le maître des carrefours, barrières, et donc celui qui ouvre le chemin d’accès qui permet aux dieux et aux hommes de se rencontrer. Par la suite chaque divinité va être appelée tour à tour selon un rituel qui fait intervenir les tambours, les cantiques, mais aussi les mets, les encens, les boisons correspondants à la divinité convoquée. Chaque adepte sera revêtu des habits et décors spécifiques correspondant à son orisha. Dans les candomblés Exu ne chevauche jamais aucun adepte et si exceptionnellement il a quelque chose à communiquer il le fait par l’intermédiaire de son frère.
Contrairement au christianisme qui fait de la pratique et du respect de la religion une condition de la rédemption et du salut (sotériologie) les religions africaines sont attachées avant tout à établir des liens avec les ancêtres dont les plus importants sont divinisés. Par ce moyen l’individu cherche à acquérir des conseils et des savoirs qui lui seront utiles dans son quotidien mais aussi dans la mise en œuvre des pratiques de magie de guérison ou même de sorcellerie. Dans ce contexte l’apport du christianisme, même s’il a été contraint, n’a pas été véritablement rejeté dans la mesure où il apportait une dimension éthique et philosophique qui ne contrariait pas la nature du lien mais l’inscrivait dans une vision plus étendue.

Le candomblé n’a pas de structures hiérarchisées commune au sens où nous l’entendons. Chaque cérémonie est pratiquée à l’intérieur d’un « terreiro » ou territoire, une sorte de temple ou de chapelle dont le fonctionnement est totalement indépendant et relève d’autorités attachées aux seules fonctions sacerdotales du terreiro concerné. En général un terreiro est dirigé par une femme la Ialorixa ou mae-de-santo (mère du saint) secondée pare un pae-de-santo ou père du saint. Cette lignée matriarcale provient du fait qu’un des premiers terreiro de Salvador de Bahia fut fondé par des femmes et cela pour la raison majeure que les hommes étaient fortement tenus par les journées de travail imposées par leurs maîtres.
La hiérarchie des prêtrises est dépendante du culte pratiqué autrement dit de l’Orixa (divinité) vénéré au cours du rituel. Chaque prêtre attaché à un culte reçoit un nom particulier et un type d’initiation adapté, nom qui varie avec la nation. Il existe généralement deux types de prêtrise, l’une qui concerne les prêtres qui « tombent en transe » avec les Orixa, les (iyawo) et ceux qui ne tombent pas en transe, les Oga pour les hommes et les Ekeji pour les femmes. L’initiation des iyawo nécessite sept années d’apprentissage. A la fin de cet apprentissage l’adepte reçoit le titre d’ ancien (egboni) et peux ouvrir son propre temple et recevoir des filhos de santo. Les Ogas et le Ekeji ne sont pas astreint à la même initiation, mais ils seront affectés à des tâches secondaires telles que cuisiner, jouer du tambour, chanter ou entretenir le temple. En aucun cas ils ne pourront initier d’autres adeptes. Selon la fonction sacerdotale les prêtres recevront des noms différents. Là comme ailleurs pour une même fonction les noms peuvent différer selon la peuplade ou même la ville d’origine en Afrique, ou celui de la région , la ville et même le quartier d’une ville. Le babalawo est le prêtre du culte Ifa (divination Yoruba) mais devient le Bokonon pour le culte Fa du vodun. Le babalawo une fois initié aura seul le droit d’utiliser les accessoires utiles à son art, le collier Ifa, les Ikins ou graines du palmier, ou les coquillages sacrés. Les babalorixa ou l’Iyalorixa sont les prêtres ou prêtresses du culte des Orixa. Le Doté ou la Doné pour le culte Vodun, le Tateto (Tata knisi) ou Mameto (Mametu knisi) du Knisi et le Babaojé du culte des egungun (morts) parfois appelé aussi Alagba ou Bale. Le culte des morts n’est pas réalisé dans le terreiro mais dans une salle à part. A Bahia le grand terreiro du culte des egungun se situe sur l’ile d’itipaca. Ce culte possède sa propre hiérarchie sacerdotale et n’est ouvert qu’aux hommes. La hiérarchie candomblé ne se limite pas à ces deux groupes de prêtrise. Il existe en fait une hiérarchie en sept degrés. Les Abiâ ou novices doivent recevoir l’instruction de base et se voir attribuer l’Orixa qui leur est attaché. Le deuxième stade permet au babalorixa de recevoir le novice comme fis de saint en identifiant définitivement l’Orixa qui lui convient. Passent ensuite les degrés de Ebomi, labassé ou Agibona, Lalaxé, Baba-quequerê/laquequerê , et enfin au bout de nombreuses années la consécration au septième degré de Babalorixa ou Ialorixa.

Quelles que soient les différentes prêtrises le candomblé reste avant tout le culte des divinités intermédiaires alliées aux forces de la nature, les Orixas, les Voduns, les Nkisi pour nos trois candomblés principaux, et nous en présentons un court aperçu

Les Orixas.

Comme nous l’avons déjà mentionné il s’agit de la version portugaise du terme Yoruba Oricha, et ils ont pour la plupart les mêmes caractéristiques que leur ancêtre africains. Chaque Orisha possède une couleur particulière, des attributs vestimentaires, des préférences ou des répugnances culinaires, des jours de prédilection, un ou des champs de compétence, et bien sûr une correspondance avec un saint catholique. De plus rappelons qu’un Orisha peut également avoir été un personnage historique réel, comme Shango (Xango) par exemple.
A tout seigneur, en premier vient :
Exu.
Le Eshu yoruba. Il n’est pas le dieu suprême mais il est le gardien des barrières, le messager entre les dieux et les hommes, le maître des carrefours, des chemins et des passages. Il est irascible, aime favoriser les disputes, il dévore tout ce que la bouche mange, et aime le rhum local la cachaça. Il déteste l’ail et tout aliment de couleur blanche. En temps que gardien des barrières il à le pouvoir de favoriser ou de perturber la cérémonie. Il faut donc ménager sa susceptibilité et commencer tout rituel en le saluant. Dans le candomblé Exu ne chevauche jamais, c'est-à-dire ne prend jamais possession d’un adepte. Ce qui n’est pas le cas dans l’Umbanda ou la Macumba. Exu ne doit pas être confondu avec les exus de l’umbanda et surtout de la quimbanda qui sont des entités diaboliques.
Ogum.L’Orixa Ogum correspond à l’Orisha Ogun. Il est le dieu de la guerre, la chasse et l’agriculture. Il aurait offert le feu des forges aux hommes. Ogum aurait été le fils ainé d’Oduduwa le fondateur de la ville d’Ifé en pays Yoruba, et aurait été un guerrier accompli combattant sans cesse ses voisins. Sa couleur est le bleu marine, son métal le fer, son domaine est la guerre et la métallurgie. Il est assimilé à Saint Antoine. Il est friand de maïs, de racines et de chiens.
Oxossi. Oxossi correspond à l’orisha Ochossi. Il est le dieu de la chasse et des forêts, et le protecteur de ceux qui travaillent avec les animaux. Il aime la viande de porc, les boucs, les coqs mais déteste les haricots blancs. Ses couleurs sont le vert et le jaune, son métal le bronze, et il exerce son domaine sur la lune.
Obaluaiê (voir Saktapa). Obaluaiê correspond à l’Orisha Babalu aye aussi appelé Omulu. Il règne sur la variole et plus généralement sur la santé et les maladies. Il adore l’huile de Dendê, le bouc le coq et le porc, Il est le médecin des pauvres, ses couleurs sont le blanc et le noir. Il est assimilé à Saint Lazare.
Xango. Xango correspond à l’Orisha Shango. Dieu du tonnerre de la foudre amateur de mouton et de tortues, ses couleurs sont le rouge et le blanc. Son métal est le cuivre. Violent, viril, et audacieux il est maître de la justice et châtie les voleurs les menteurs et les malfaiteurs. Personnage ayant des racines historiques et aurait été le quatrième roi d’Oyo. Il est en temps que dieu l’époux de Oià, Oxum, et Obà. Il est assimilé à Saint Jérôme.
Iansa. Equivalant de l’Orisha Oya , déesse de la rivière Niger, elle commande aux vents et aux tempêtes. Elle aime les verdures et les légumes rouges. Ses couleurs sont le rouge et le brun. Elle est assimilée à Sainte Barbara. Sensuelle et autoritaire elle est l’épouse de Xango et n’accepte pas les ordres des hommes.
Oxum. L’oricha Oshun déesse des rivières de la beauté elle est en affinité avec le monde spirituel. Jolie mais vaniteuse elle aime les beaux tissus, les peignes fait en tortue et a une grande passion pour les bijoux en cuivre . Sa couleur est le jaune.
Iemanjà Yemanja. Elle correspond à l’orisha Yemaja, déesse de la mer elle est représentée par le bleu clair et le blanc et le rose clair, son métal est l’argent. Elle est protectrice des familles et de la pêche Elle est assimilée à Notre-Dame de la Conception.
Nana. Orisha Nana Buluku aussi appelée Anamburucu elle est la plus vielle déesse. Mère du ciel Elle régit la boue matière première des hommes, et la mort. Ses couleurs sont le blanc le bleu et le rouge , son jour le samedi. Elle est assimilée à Sainte Anne.
Oxala. Oricha Obatala il est le dieu le plus ancien le père de tous.Il est le dieu chargé de la création du monde et représente la sagesse et l’harmonie. Sa couleur est le blanc, son métal l’aluminium, il règne sur la voute céleste et son jour est le vendredi.
Oxumare. L’orisha Ochumare dieu serpent arc-en-ciel assimilé à saint Bartholomé.
Ossaniyn ou Ossain. Correspond à l’Orisha Ozain il est le dieu des herbes des plantes médecinales le maître des bois.Il s’habille en vert, il est souvent représenté avec une seule jambe

Les Nkisis

Les Knisis sont les divinités du candomblé Bantou (Angola, kongo) correspondant aux Orichas Yoruba. Ce terme de Knisi est dans le culte bantou le nom donné aux récipients ou tout autres objets chargés de magie par l’incorporation d’élément naturels tels que la terre de cimetière, des ossements, des clous etc.. Dans le Palo de Cuba le Knisi prend le sens équivalent à celui d’Orisha alors que dans le culte bantou l’équivalent des Orisha sont les Kimpungulu (pluriel de mpongo).
Il est également intéressant de préciser que les divinités bantoues relèvent plus d’esprits attachés au lignage et aux lieux précis (source, rivière, cascade). C’est une des raison majeure qui a rendu le culte bantou plus vulnérable que d’autres, car l’esclavage a rompu à la fois le liens social du lignage et le rapport au milieu.

Les principaux Nkisis sont :
Aluvaià, Bombojira, Pampu Njila. Intermédiaire entre les Nkisis et les humains.
Nkosi Mukumbe, Roxi Mukumbe. Dieu des routes et de la guerre.
Kabila, Mutalambo, lambaranguange. Dieu de la chasse, il vit en forêt et dans les montagnes.
Gongobira. Dieu des jeunes chasseurs et des pécheurs.
Katendê. Dieu des herbes médicinales.
Zaze, Loango dieu de la justice.
Kaviungo, Kingongo. Dieu de la santé et de la mort.
Kimbisi. La grande mère, déesse des lacs des rivières et de la fertilité.
Kaitumba. Déesse de la mer.
Zumbaranda. Le dieu le plus agé, en relation avec la mort.
Wunje. Le plus jeune nkisi, il représente la jeunesse et le bonheur.
Lemba Dilé En relation ave la création du monde.

Les Voduns.

Les voduns sont les équivalents des orishas et nkisis pour le culte candomblé Jéjé. Ils sont majoritairement originaires du Dahomey (Bénin). Ils ont donnés le culte vaudou d’Haïti où ils ont pris le nom de Loas (Lwa)
Agé. Dieu des chasseurs et du monde sauvage.
Avrikiti. Dieu des pêcheurs.
Gleti. Déesse de la lune.
Gu. Fils de Mawu et lisa, dieu de la guerre, patron des forgerons et des artisans Il fut envoyé sur terre pour en faire un lieu accueillant mais son travail n’est pas fini.
Okanu. Dieu des rêves.
Sakapa. Dieu de la variole.
Zinsu et Zinsi. Demi-dieux, jumeaux et magiciens.
Fa ou Ifa. Dieu de la sagesse et du savoir. Ifa est le culte de divination Yoruba.
Nana. Déesse de la fertilité et de la créativité.
Egberun. Divinité de la prospérité.

Vers le début du XXème siècle de nouveaux apports tels que le spiritisme, l’hindouisme, de chamanisme indien, sont venus se greffer sur le candomblé pour donner naissance à des cultes et pratiques nouveaux tel que la Macumba et a ses dérivés l’Umbanda et la Quimbanda. Pour en arriver là il nous faut d'abord en passer par le candomblé cabocle.


Le Candomblé cabocle

Les différentes nations candomblés témoignent de la survivance des cultes africains qui ont su résister à la tentative de vampirisation du catholicisme. Dans ces mariages forcés contre nature les africanismes n’ont pu que biaiser pour survivre. Avec le candomblé cabocle (amérindien) il en va tout autrement. Certes l’union ressemble plus à une cohabitation, un peu comme des époux qui continuent à conserver leur comptes séparés, mais au moins cette fois il s’agit d’un choix.
Nous ne sommes cependant pas en présence d’un coup de foudre. L’union est l’aboutissement d’un processus que l’on pourrait presque dire étranger à l’affaire et qui a débuté dans le nord-est du pays où une religion indigène, le catimbo a été pénétrée par des noirs présents en petit nombre dans la région, et qui ont introduit dans ce culte indien leur liste d’Esprits, âmes de nègres décédés ou mythiques. Dans cet épisode le culte pénétré reste essentiellement indien. A l’inverse, à l’occasion de la migration de populations noires vers l’état du Maranhão va se produire une rencontre entre la « pagelance » une croyance présente chez les indiens Tupi-Guarani, et les syncrétismes des nègres marrons et ultérieurement des noirs. Ainsi à côté d’une pagelance dite « ligne de cabocle » se développera une pagelance dite « ligne africaine ». Cependant les promoteurs de ces cultes ont voulu attirer un maximum d’adeptes et de ce fait ont utilisé les deux lignes tout en séparant à l’intérieur des temples les « territoires » des esprits indiens « pégi » et des dieux africains. De plus dans les cérémonies les dieux africains étaient invoqués en langue africaine alors que les cabocles l’étaient en portugais.

Comme nous le voyons ces deux rencontres préfigurent le candomblé cabocle, mais alors que pour le catimbo comme pour la pagelance on peut situer chronologiquement les évènements, la naissance du candomblé cabocle, mélange de candomblé et de catimbo, reste un mystère, comme l’idée même d’une union aussi mal assortie. Outre le fait que ces cultes de façon évidente se réfèrent à des divinités propres, ils divergent également dans leurs pratiques. Dans le candomblé chaque participant peut communiquer avec son dieu par la transe obtenue par la danse. Dans le Catimbo seul le prêtre du culte communique avec les esprits dans une transe obtenue par l’absorption de substances hallucinogènes (Jurema).
Avec le candomblé cabocle la fusion se réalise. Mais plutôt que fusion nous devons dire cohabitation ou de coexistence, puisqu’une même secte va procéder aux deux cultes séparément. Certains jours seront consacrés aux dieux africains et d’autres aux esprits cabocle. Cependant cette cohabitation n’est pas sans conséquence. La transe limitée au seul prêtre du catimbo devient au contact des africanismes la règle générale et de ce fait chaque adepte peut entrer en transe même quand on évoque l’esprit indien. Autre difficulté est que chaque fille et fils de saint se trouve voué à deux divinités l’une africaine l’autre indienne, ce qui est contraire au culte des orishas qui sont très susceptibles sur ce point. La pénétration des religions amérindiennes dans le candomblé ouvre la porte à d’autre intrusions qui cette fois ne seront plus assimilables et donnerons naissance à de nouveaux syncrétismes. C’est de ces invasions que naitrons Macumba, Umbanda et Quimbanda, mais c’est une autre page.

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La Macumba

macumba

Pour comprendre la spécificité de la Macumba par rapport aux autres des cultes afro-brésiliens il est nécessaire de bien situer le contexte. Trop souvent la Macumba est présentée comme un rituel de magie ou de sorcellerie, comme si cela suffisait à en préciser les contours. De plus le terme Macumba dans certaines régions du Brésil est attribué à tous les cultes afro-brésiliens sans distinction. (Candomblé, Umbanda, Quimbanda, Macumba). En réalité la Macumba est bien une forme distincte de l’intégration des religions africaines dans tissus cultuel brésilien.

Revenons en arrière.
Nous avons vu que le terme candomblé était un générique utilisé au Brésil pour désigner les syncrétismes afro-américains. Selon l’origine africaine des cultes qui vont naître nous aurons un candomblé Ketu pour les sources yoruba (Nigéria), un candomblé jéjé ou vodun pour les sources Dahomey, et un candomblé bantou pour les ce qui vient de l’Angola ou du kongo.
Nous avons vu également que la source bantou du candomblé ( Angola, kongo) , beaucoup plus malléable avait réussi à se mélanger avec les religions amérindiennes, principalement le Catimbo, pour donner naissance au candomblé cabocle, autrement dit imprégné des esprits indiens. Dans notre page candomblé nous avons également observé que dans le candomblé cabocle si les croyances et rituels indiens et africains cohabitaient ils ne se mélangeaient pas. Autrement dit certains jours étaient consacrés à la vénération des Orishas et d’autres à celle des esprits indiens. Dans le rituel cabocle la cérémonie est ouverte par l’appel d’Eshu dont la fonction est de balayer les chemins pour faire la place aux Orishas, et Eshu ne « chevauche jamais » c'est-à-dire ne prend jamais possession d’un fils ou fille de saint. S'il a quelque chose à dire il le fait dire par son frère Ogun.

La Macumba diffère du Candomblé cabocle parce que les divinités africaines et indiennes seront cette fois-ci appelées au cours d’une même cérémonie. En outre si Eshu est bien appelé en premier, comme dans le candomblé, il peut en revanche contrairement au candomblé prendre possession d’un adepte. Cette possession peut être extrêmement violente d’où l’idée de sorcellerie attribuée parfois à la macumba Eshu ayant une image diabolique. Dans la deuxième partie de la cérémonie les dieux africains sont convoqués comme dans le candomblé. Dans la troisième partie ce sont les dieux indiens des croyances Tupi-Guarani qui sont appelés, Tupan dieu du tonnerre, Jurapari équivalant du diable.
Dans l’évolution des syncrétismes la Macumba vient donc après le candomblé cabocle, et précède l’Umbanda qui ajoutera aux apports africains et amérindiens le spiritisme de Kardec.

Les Orixàs

Le nom « Orixa » est la version portugaise d’ Orisha, divinités des peuples Yoruba du Nigéria, qui ont donné naissance à la plupart des syncrétismes afro-américains. Dans la Macumba les caractéristiques des Orishas sont héritées comme ailleurs des croyances Yoruba en partie transformées par leur traversée du Candomblé. De plus dans la Macumba ces Orixas sont le plus souvent invoqués pour apporter une aide dans la solution des tracas et soucis quotidiens.
Les principaux Orixas invoqués sont:
Sahngo Xangô :
Pour obtenir justice.
Oxossi:
Pour réussir ce que l'on entreprend
Oxalà :
pour sortir gagnant d'un procés
Omulù :
Pour enlever les souffrances physiques, mentales, désenvoûter
Exù :
Bise les obstacles à la réussite
Oxum :
Invoqué lorsque le ménage est en danger
Ogum :Permet d'obtenir une satisfaction rapide, de trouver un travail

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L' Umbanda

Avec le candomblé cabocle et la macumba nous assistons à des étapes dans l’évolution des syncrétismes afro-américains types (christianisme/cultes africains), vers une intégration des croyances amérindiennes dont l’apothéose s’accomplit dans l’umbanda. Le candomblé cabocle avait commencé à intégrer les entités amérindiennes dans son culte mais célébrait cependant celles-ci aux cours de cérémonies distinctes. La Macumba franchissait une étape en vénérant dieux africains et esprits autochtones au cours d’une même cession. L’umbanda va plus loin en associant selon des communautés d’intérêt les divinités, esprits, guides, conseillers, qu’ils soient africains, cabocles, amérindiens, européens, tout en laissant malgré tout la direction de chacune des 7 lignes à un Orisha. En revanche l’umbanda va rejeter l’aspect «maléfique» de la macumba et se refuser à pratique le sacrifice d’animaux.
Au-delà du simple fait religieux se profile dans l’umbanda la volonté de créer non plus un syncrétisme afro-brésilien, mais une véritable religion brésilienne qui à l’image de son peuple se veut œcuménique. Pour ces mêmes raisons le rejet des pratiques « sataniques » contenues dans la macumba s’impose pour une nation qui veut entrer dans la modernité.

Les origines de l’umbanda.

Aux trois piliers présents dans la Macumba (christianisme, animismes africain et amérindien) l’Umbanda va incorporer le spiritisme d’Allan Kardec. Tout commence en 1908. Zelio de Moraes est atteint d’une maladie incurable qui lui laisse peu de temps. (Vrai ou faux ?) Un jour il annonce à sa famille que «demain je serai guéri», ce qui s’avéra exact. Toujours est-il qu’intrigués par ce miracle la famille amène notre Zélio assister à une réunion spirite à Rio. Au cours de cette réunion une entité prétendant s’appeler «le cabocle des 7 carrefours» prend possession de Zelio et lui ordonne de créer un nouveau culte qui devra s’appeler Umbanda et suivre les directives communiquées à l’occasion. Cette intervention d’une entité cabocle dans le milieu spirite est mal vécue. Les cabocles comme les pretos velhos y sont considérés comme des esprits de seconde zone. C’est cette attitude qui va motiver la séparation et donner naissance à un culte acceptant les entités amérindiennes et cabocles comme tout à fait respectables.
Romancée ou non, cette version de l’histoire nous amène à considérer que l’Umbanda n’est pas tant une Macumba pénétrée par le spiritisme, mais au contraire le spiritisme pénétré par la Macumba. C’est d’ailleurs l’avis de Roger Bastide qui dans son livre « La quête de l’Afrique dans le candomblé » affirme que l’Umbanda est la conséquence de la réintroduction des fétichismes africains et amérindiens dans le spiritisme kardécien, par les déçus de ce spiritisme qui considéraient les esprits indiens et noirs comme plus puissants. Cependant si ce fétichisme répondait aux exigences d’une meilleure prise en compte de la réalité sociale brésilienne l’Umbanda pour devenir un symbole de l’identité nationale ne pouvait (comme nous l’avons déjà abordé), accepter en héritage certaines pratiques archaïques de la Macumba. C’est comme toujours le bon vieux bouc émissaire qui apportera la solution. Tout ce qu’aurait du ou pû conserver l’Umbanda de rituel sauvage, de référence aux entités du mal, de magie noire, sera réuni et expulsé dans un dérivé porteur de tous les maux, la Quimbanda. L’Umbanda pourra ainsi se conformer aux canons de respectabilité sociale, en entretenant avec sa sœur ennemie une animosité de façade propre à satisfaire le monde civilisé. Cependant comme nous le verrons la dissociation est subtile, la frontière mouvante, et les limites ne sont pas toujours perceptibles.

L’umbanda

pretos

Le contexte étant posé, il nous faut maintenant apprendre à connaître l’Umbanda, ce qui comme nous allons le voir s’avère complexe en raison de l’imbrication des diverses tendances culturelles qui participent au grand tout. Alors que dans les autres syncrétismes les images chrétiennes font partie de la similitude des symboles et en quelque sorte de la préservation des apparences, l’Umbanda pose en fondement une véritable éthique et morale religieuse digne des religions du livre.
Les croyances de l’umbanda reposent sur trois piliers. Le Panthéon divin, le monde des esprits, et la certitude de la réincarnation.

En accord avec le christianisme et les animismes africains, l’umbanda croit en un Dieu suprême et unique Olorum (origine yoruba) ou Nzambi (origine bantoue) et ses intermédiaires divins les Orishas. Mais ici les Orishas sont devenus chacun chef d’une hiérarchie composée de 7 lignes divisées en légions, elles-mêmes divisées en phalanges, sous-phalanges, guides, et protecteurs. Chaque ligne correspond à un type de fonction et de qualification propre réunissant toute sorte d’esprits, d’entités.
Vient en suite le monde des esprits qui se partage en trois types
Les purs esprits :
A ce niveau se situent les anges, archanges, chérubin et séraphins.
Les bons esprits :
Ce sont les guides spirituels à savoir.
Les cabocles :
(esprits décédés de natifs brésiliens ou croisements de natifs avec une autre origine). Ils sont spécialisés dans les herbes médicinales et apporte leur aide dans les soins aux malades.
Les Pretos Velhos : (vieux noirs)
Ce sont les esprits de noirs ayant atteint un haut niveau de vibration en raison des souffrances subies lors de leur esclavage et qui ont acquis de ce fait une capacité de compassion les rendant aptes à aider par leurs conseils. Ils sont également une bonne connaissance des plantes médicinales. Ce sont souvent des anciens nègres marrons.
Les crianças : Des esprits d’enfants décédés.
Les Baianos : Des bahianais, les esprits de personnes ayant pratiqué l’umbanda de leur vivant.
Les Boiadeiros : Les esprits d’individus qui vécurent une vie dure comme cow-boys dans le Sertao.
La troisièmes catégorie d’esprits concerne les esprits maléfiques nous y reviendrons avec la Quimbanda.

Les trois principaux cultes umbandistes.

Il existe trois types principaux d’Umbanda. L’Umbanda blanche créée par Zelio de Moraes (les adeptes sont habillés de blanc) ou de charité, fondée sur la charité et le spiritisme et se refuse à tous sacrifice d’animaux. L’Umbanda croisée qui sacrifie toujours les animaux et offre tabac et alcool aux entités visiteuse, et enfin l’Umbanda Esotérique ou Cabalistique versée dans le Kardécisme, les doctrines orientales et la défense des fondements amérindiens. C’est le premier type qui nous intéresse ici, toutefois il paraît impossible de dresser un inventaire absolu sur le sujet de petites et grosses divergences pouvant être constatées d’une « tente » à l’autre.
Le panthéon umbandiste s’insère dans un ensemble de relations aux ancêtres et aux dieux tout à fait original. En effet contrairement aux autres syncrétismes les Orishas ne s’incorporent pas aux adeptes aux cours des transes. Ce travail est confié aux entités intermédiaires regroupées selon les principes du bien d’une part (donc de l’umbanda), avec les pretos velhos les caboclos les crianças les baianos et les boiadeiros, et du mal de l’autre (la quimbanda) avec les exus et leur pendants féminin les Pomba Giras. Pour l’umbanda ce sont donc ces entités qui sous l’autorité des Orishas vont entrer en possession des médiums lors des transes, les Orishas eux-mêmes ne chevauchant plus leurs adeptes. Sans doute en confiant la direction d’une ligne à un Orisha, l’umbanda résout une incompatibilité de base qui rend habituellement inacceptable pour un Orisha de partager la possession d’un de ses adeptes avec d’autres esprits.

Le domaine du bien, celui de l’umbanda, est donc partagé en 7 lignes dont chacune a un Orisha à sa tête. Chaque ligne est formée de 7 légions, chaque légion de 7 phalanges, chaque phalange de 7 sous-phalanges, chaque sous-phalange de 7 groupes, et chaque groupe de 7 bandes. Au fond de cette hiérarchie se trouvent les esprits à la recherche d’ascension qu’ils pourront obtenir au travers de multiples réincarnations et l’élimination de leur karma.

Les 7 lignes de l’umbanda sont.

1- La ligne d’Ogùm : assimilée à Saint George. Cette première ligne présente 7 chefs de phalange qui vont être les représentants d’ Ogùm pour chaque tête de phalange. (Ogùm Male, Megé, Dilé, Naroyé, Rompe-Mato, Yara, Beira-Mar) Chacun va recevoir une couleur particulière qui le distinguera. Par exemple Ogùm Megè qui dirige les cimetières recevra le rouge, blanc, vert, jaune, et noir. Les esprits d’Ogùm sont en général des entités qui dans leur dernière incarnation étaient des soldats, pirates, marins, ou anciens guerriers indiens. Ces esprits se situent dans des lieux différents, les cimetières, les broussailles, les bords de plage, les endroits où l’on trouve du fer et les chemins en général. Les Ogùms protègent contre les vols et les attaques de personnes, mais ils restent surtout les propriétaires des chemins. Le jour des Ogùms est le jeudi, et leur fête le 23 avril.

2- La ligne Oxossis : liée à Saint Sébastien. Dans La deuxième ligne les chefs de phalanges sont les cabocles, anciens chasseurs ou guerriers. ( Cabocle Urabatao, Arariboia, jurema, des Sept Buissons, Grajauna, Arauna, Ubirajara.) Ces entités dirigent des lieux comme les forêts, les rivières, les montagnes et aussi les cimetières. Elles étaient dans leur dernière incarnation des guerriers, des caciques, des chasseurs, sorciers. Les cabocles agissent sur diverses lignes en fonction de leur caractère vibratoire plus ou moins important. Le jour des cabocles est le mercredi et leur fête le 23 janvier.

3- La ligne de Xango : liée à Saint Gérôme. En troisième ligne nous avons les Xango. (Xango Kao, des sept Pierres, de la pierre blanche, Agodo, des 7 cascades, Pierre noire, Sept montagnes) Les entités de cette ligne étaient dans leur ancienne incarnation des avocats, des écrivains, médecins, sorciers. Les Xango sont les propriétaires de la justice, mais il ne doit jamais être fait appel à eux si l’on n’est pas sûr de l’innocence du demandeur faute de quoi la punition pour avoir transgressé la loi divine serait immédiate. Le jour consacré est le mardi et la fête le 29 septembre.

4- La ligne des âmes : La quatrième ligne, ligne africaine ou des âmes selon les définitions abritent les guides «africains» à ne pas confondre avec les Pretos Velhos. (Pae Guiné, Tomé, Joaquim, Arruda, Congo, Maria Conga, Benedito) Les africains travaillent en tous lieux et portent leur activité sur la protection contre la magie noire, les ragots, certaines infirmités, se spécialisant par exemple sur les yeux (Arranca Toco) ou les maladies infantiles (Arranca Estrelha). Leur action ne porte pas sur le plan physique mais sur l’astral. Leur jour est le mercredi et leur fête le 24 juin.

5- La ligne des Ibeije (enfants) : La cinquième ligne est celle des Ibeji et les entités qui lui sont attachées sont des enfants noir ou indiens décédés avant l’âge de 7 ans. (Tupazinho, Doum, Damiao, Cosme, Iari, Iariri, Iori.) Ils sont assimilés à Saint Come et Damien, et se réfèrent au culte des jumeaux du peuple yoruba. Ils sont en charge de la protection des enfants jusqu’à leur douze ans. Leur jour est le dimanche et leur fête le 27 septembre.

6- La ligne d’Oxala : liée à Jésus et aux cabocles. Les guides de la sixième ligne sous la direction d’Oxala, sont des cabocles représentant quelques tribus indiennes spécifiques. (Cabocle ubirata, Guaraci, Aimoré, Guarani, Tupi, Cobra Coral, Pena Branca.).

7- La ligne de Iemanjà : liée à la Sainte Marie. Les guides de la septième ligne sous la direction de Iemanja sont toujours des cabocles, mais attachés à la mer, aux rivières, esprits de sirènes et de marins. (Cabocle Iara, Iansa, Indaia, Etoile de mar, Oxum, Sirène, Nana.)
Cette liste est transmise afin de donner une idée du système, mais il existe d’autres listes donnant des noms d’Orishas différents ou de même Orishas mais attribués à d’autres lignes . Parfois encore, à la place de la ligne des âmes et des Ibeiji nous trouvons une ligne d’Orient dirigée par Saint Baptiste, comprenant les docteurs, les scientifiques, les hindous, les japonais les Arabes… et une ligne Africaine dirigée par Saint Cyprien comprenant les noirs de diverses régions d’Afrique. A cette hiérarchie linéaire nous devons ajouter les pretos velhos qui ne dépendent de personne et qui comme Ogum et le cabocles collaborent avec certains exus.

Les cérémonies de l’umbanda se tiennent dans un temple appelé aussi Terreiro ou Tenda. Chaque terreiro est tenu par un prêtre appelé (pai-de-santo) ou une prêtresse (mae-de-santo) les initiés étant les filhos-de-santo. Il n’existe pas de rituel type, celui-ci est fixé par le pai ou mae de santo. Les cérémonies sont ouvertes au public bien que celui-ci soit séparé des adeptes. Comme dans d’autres syncrétismes il est offert aux esprits et Orishas de la nourriture des boisons alcoolisées et du tabac selon les gouts des entités évoquées. Les rituels de possession ont lieu en deuxième partie de cession.

A cette organisation du monde du bien correspond dans le monde du mal, la Quimbanda , un culte qui mérite sa propre page

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La Qimbanda

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L’Umbanda a clairement rejeté de son héritage l’ensemble de pratique et de croyances dites obscures pour les laisser aux adeptes de la Quimbanda. En déduire que la Quimbanda est un culte satanique ne pourrait satisfaire que les ardents défenseurs du manichéisme sans nous apporter aucune lumière sur la nature et la fonction de cette face cachée si utile au bien, le mal et tout son attirail.
Il est vrai que la nature des exus et de leur consœur les Pomba Giras est clairement assimilée au diable. Pourtant ne nous laissons pas berner par des définitions qui ne sont parfois que des traductions par défaut, là ou l’absence de correspondances se réglait par des rapprochements faciles et politiquement corrects.

La cosmogonie de la Qimbanda.

La Quimbanda a sa propre cosmogonie. Le dieu tout puissant est ici Nzambi (Dieu bantou) qui créé l’univers (Ngombe) . Cet univers est composé de deux sortes d’entités, forces ou divinités. Les unes sont l’émanation de Nzambi et sont en charge de maintenir la création en l’état, les autres sont les démons ou forces de la natures les Exus et Pomba Gira qui n’ont de cesse que de faire évoluer l’univers.
Dans un deuxième temps Nzambi créé le premier être humain androgyne, Exu-Aluvaia. Ce/cette dernier/e reçoit 7 pouvoirs. Celui de distinguer le bien et le mal et de choisir son camp, le pouvoir de se déplacer dans l’univers, de s’améliorer au travers des réincarnations, de changer ce qu’a créé Nzambi, de se souvenir et de voir l’avenir, sauf le sien, (Prométhée et Épiméthée), la compréhension et la capacité de se multiplier en se divisant car en se multipliant il perdra son intelligence et son énergie. Exu-Aluvaia va donner naissance à l’humanité.
Nous pouvons remarquer la similitude persistante des mythes relatifs à la création qui interfèrent un démiurge (créateur) entre un Dieu tout puissant auto-engendrant sa pensée et l’humanité créée par un délégué ou parfois un usurpateur. Nous flirtons encore avec les idées du gnosticisme. Quoiqu’il en soit cet univers quimbandiste repose sur une trinité démoniaque composée d’ « Exu Rei das Sete Liras » (Belzebuth) ou influence africaine, « Exu Mor » (Lucifer) la magie européenne, et « Exu das Sete Encruzilhadas » (Astaroth) influence amérindienne.
En dessous de cette trinité majeure existe une double hiérarchie dont l’une (hiérarchie des places) , indique la place des Exus et Pomba Giras dans la nature. Dans cette hiérarchie des places il existe 7 royaumes ou armées dirigée par 7 seigneurs de guerre chacun commandant 9 légions dirigées à leur tour par des généraux. L’autre hiérarchie est celle des « talents » (traduction faute de mieux) qui lie les exus et Pomba Giras par capacité et expertise. C’est en quelque sorte un haut conseil gardien des 7 secrets. Nous reviendrons sur ce sujet.

Les Rites quimbandistes.

La Quimbanda n’est pas univoque et en dehors des multiples différences qui peuvent exister d’un temple à l’autre il existe 4 formes essentielles de ce culte.
1- La Quimbanda pure.
Les Exus y sont les messagers des Orishas en même temps qu’ils sont apparentés aux démons des sorcelleries européenne. Les Exus comme les Pomba Giras sont des esprits des ténèbres qui doivent évoluer. Il n’y a pas de rituels d’initiation.
2- La Quimbanda Angola.
Aussi appelée « culte des Exus élevés ». Dans ce culte les Exus ne sont pas des esprits de ténèbres mais des entités élevées. Ils ne sont pas en rapport avec les Orisha mais les minkisi (pluriel de knisi) autrement dit les kimpungulu (Orishas du culte bantou), knisi ou inquice étant le nom pris par les kimpungulu en Amérique. Il existe un rituel d’initiation en 9 étapes puisant largement dans divers rituels de ce genre y compris la franc-maçonnerie.
3-La Quimbanda Malei.
Il s’agit d’une Quimbanda sujette à caution. Les Exus y sont directement des minkisi (kimpungulu). Cette branche prend directement le nom d’une des lignes (talents), la ligne Malei dirigée par l’Exu dos Rios. Les Exus y sont des esprits des ténèbres malveillants et au sang chaud.
4-La Ki’umbanda
C’est une Quimbanda introduite par le Scandinave quilombero Nicholaj de Mattos Frisvold et qui subit fortement l’influence de la sorcellerie européenne.

La Quimbanda comme l’umbanda est avant tout un spiritisme qui a adopté et ingéré les croyances africaines ne serait-ce que pour se différencier d’un spiritisme hautain qui voyait dans les esprits africains et amérindiens des sous-races. Comme nous l’avons déjà dit pour l’umbanda, plus qu’une macumba ou un candomblé imprégné de spiritisme la Quimbanda est un spiritisme envahi par les cultes animistes. Ces animismes qui faisaient déjà du lien aux ancêtres un des piliers de leurs cultes et croyances, n’ont pu qu’être renforcés par un spiritisme qui établissait un lien avec les anciens disparus et structurait leur monde en hiérarchie. Dans la Quimbanda ces entités complexes que sont les exus sont aussi des quimbandeiros décédés qui jouent le rôle de policiers de l’astral, les comptables de nos dettes chargés de présenter en son temps les notes de nos karmas. Ainsi la Quimbanda organise le rapport au magique selon une hiérarchie d’entités de niveaux différents dont chacune est en charge de veiller sur un domaine particulier. Chez les exus comme chez les hommes chacun son boulot selon ses compétences et ses domaines d’activité.
Un autre aspect de la Quimbanda est important mais reste relativement ésotérique pour que nous ne nous y risquions pas autrement qu’en le signalant. Les pratiques quimbandistes sont à apparenter avec le tantrisme dans lequel la sexualité (et non le sexe) est utilisée pour parvenir à l’élévation spirituelle. La nature des exus pourrait tout aussi bien être celle de nos désirs qui maîtrisés et sublimés ou non, nous permettent d’évoluer ou de nous avilir.

Pour mieux comprendre le système quibandiste nous allons maintenant détailler les hiérarchies en commençant par celle des « places » pour continuer par celle des « talents » appelés en portugais Lineas (les lignes).

Les Royaumes ou hiérarchie des places.

A- Hiérarchie des places

1- Royaume des carrefours – Gouverné par Exu rei das Sete Encruzilhadas et Pomba Gira Rainha das Sete Encruzilhadas. Ces deux entités gouvernent les esprits et tout le travail de magie associé ou accompli aux carrefours. Les 9 généraux de ce royaume sont : Exu Trancas-Ruas qui gouverne les forces en relation avec les croisements de rues. Exu sete Encruzilhadas, gouverne les forces des croisements de la lyre. Exu das Alams, gouverne les forces en relation avec les croisement en altitude. Exu Marabo, en charge des passages à niveaux. Exu Tiriri , croisement dans les bois, Exu Veludo, croisement dans les cimetières. Exu Morcego, croisement dans les parcs et squares. Exu Mirim, croisement près des plages.

2- Royaume de croisement (cruzeiros) . Il existe une différence entre Cruzeiro et Encruzilhadas qui semble dépendre de la façon dont est traversé un carrefour. Ceci est assez ésotérique et il semble ici que la différence entre Cruzeiro et Encruzilhadas réside dans la localisation ville ou campagne. Ce royaume est gouverné par Exu Rei dos Sete Cruzeiros et Pomba Gira Reinha dos Sete Cruzeiros. Afin de ne pas surcharger le sujet à partir de maintenant nous ne donnerons que les champs d’activité de chaque général des 9 « généralités » Ces domaines sont : le gouvernement des forces liées aux croisements des rues, aux croisement des places, aux croisements de la lyre ( oui l’instrument de musique ?), aux croisements en forêt, aux croisements dans les cimetières, aux croisements des âmes, aux croisements des espaces ouverts, aux croisement de la mer.

3- Royaume de la Forêt. Gouverné par Exu Reid das Matas (forêt) et Pomba Gira Rainha das Matas. Ces deux entités gouvernent le travail magique en relation avec les buissons, les arbres, les parcs, les forêts, sauf les buissons ou arbres inclus dans les cimetières. Les 9 généralités sont celles qui gouvernent les forces en relation avec les arbres, les parcs, les forêts proches des plages, les champs, les montagnes, les mines, les serpents, les fleurs, les herbes médicinales.

4- Le Royaume des Cimetières. Gouverné par Exu Rei das Sete Kalungas et Pomba Gira Rainha das Sete Kalungas aussi appelés Exu Rei dos Cementerios et Pomba Gira Rainha dos Cementerios. Ces entités gouvernent tout ce qui est en rapport avec les cimetières. D’ailleurs en Quimbanda le terme Kalunga est souvent utilisé en lieu et place du mot cimetière. Les 9 généralités sont celles qui gouvernent : les portes des cimetières, les tombes, les catacombes, les squelettes, les crématoriums, les buisson des cimetières, les grottes, la magie noire.

5- Le Royaume des Ames. Gouverné par Exu Rei das Almas Omulu et Pomba Gira Rainha das Almas. Ces deux entités sont aussi appelées Exu Rei et Pomba Gira Rainha da Lomba parce qu’ils gouvernent les esprits en relation avec la lieux élevés et les collines. Ils travaillent aussi avec les hôpitaux et les morgues. Les 9 généralités gouvernent les forces en relation avec les lieux élevés, les âmes d’esclaves captifs, les âmes des lieux funéraires, des hôpitaux, les âmes en relation avec les plages, avec les églises, avec les cimetières, avec l’Orient.

6- Le Royaume des Lyres. Il s’agit bien de l’instrument de musique. Cette notion doit plus généralement inclure la musique et tous les lieux de distraction. Les maîtres de ce royaume sont connus sur leur nom syncrétique de Exu Lucifer et Maria Padilha mais leur vrai nom quimbandiste est Exu Rei das Sete Liras et Rainha do Candomblé, non qu’ils soient en relation avec ce culte, mais pour marquer leur attirance vers la danse et les musiques rituelles. Tous les esprits de ce royaume sont attirés par la musique, la poésie, l’art, mais également ces esprits sont liés aux tziganes et à leur spécificité, la divination entre autre. Sont aussi attachés à ce royaume les Malandros (malandrins) des personnages qui ont eu des démêlées avec la justices et sont souvent morts sous les balles des policiers. Les 9 généralités de ce royaume gouvernent les forces en relation avec l’enfer, les cabarets, les lieux de plaisir, les tziganes, les mystères de l’Orient, les joueurs et les rusés, les tas d’ordures, la lune, le commerce.

7- Le Royaume de la Plage. Gouverné par Exu Rei da Praia et Pomba Gira Rainha da Praia. Ces deux entités gouvernent les travaux magiques et les esprits agissant au bord ou dans l’eau. Que ce soit la mer, les rivières, les lacs ou de sources, mais ils sont également en relation avec les esprits des marins et des pirates. Les 9 généralités sont celles qui gouvernent les rivières, les cascades, les carrières, les marins, la mer, les marais, les bahianais, les vents et les îles.

B- Les lignes ou hiérarchie des talents

Voyons maintenant la hiérarchie des talents appelée lignes. Dont l’union repose sur une identité de rayonnement. Ceci n’est pas sans rappeler « Le traité des 7 rayons » Alice A. Bailey.
1- Ligne Malei : dirigée par Exu Rei et Pomba Gira Rainha das Sete Encruzilhadas. Cette ligne a la garde des secrets et mystères concernant les anciennes pratiques shamaniques. Les 7 anciens de cette ligne sont Exu, Reid das Sete Encruzilhadas, Exu Marabô, Exu Mangueira, Exu Tranca Ruas das Almas, Exu Tiriri, Exu Veludo, Exu das Campinas.
2- La ligne Nago : dirigée par exu Gereré et Pomba Gira Maria Padilha. Cette ligne a la garde des secrets et mystères en relation avec la sorcellerie et magie africaine la nécromancie, la conjuration des âmes des morts telle qu’elle est pratiquée en Afrique et dans la sorcellerie Européenne. Nous ne citerons plus le nom des Exus en tête des 7 phalanges ceci n’amenant rien de plus à notre compréhension.
3- La ligne des kimbandeiros : dirigée par Exu Pantera Negra et Pomba Gira da Figeira. Cette ligne a en garde les secrets et mystères en relation avec les aborigènes brésiliens.
4- La ligne Mossoburi : dirigée par Exu Kaminaloa et Pomba Gira Maria Mulambo est en garde des secrets et mystères en relation avec l’Afrique du nord, l’Arabie et la Mésopotamie.
5- La ligne des Âmes : dirigée par Exu Omulu et Pomba Gira das Almas, est en charge de conserver les secrets et mystère en relation avec le développement psychique et médiumnique.
6- La ligne des Cimetières : (aussi appelée ligne Caveiras) dirigée par Exu Caveira et Pomba Gira Tainha dos Cemitérios est en charge de conserver les secrets et mystères en relation avec la travail de Quimbanda accompli dans les cimetières.
7- La ligne Mista (Mixte) : dirigée par Exu dos Rio est en charge de garder les secrets de tout ce qui est caché, mystérieux, troublant, dangereux. Dans cette ligne nous trouvons ce qui est appelé « Kiumbas » et qui concerne les esprits destructifs des ténèbres.

A la rencontre des l’histoire.

Il existe d’autres critères de spécialisations qui affinent les qualités et compétences des esprits au fur et à mesure que l’on descend dans la hiérarchie de phalanges, sous phalanges, légions etc…. Les exus sont des entités attachées à un domaine mais ce sont avant tout des personnes décédées qui furent des personnages plus ou moins connus. Ainsi Maria Padilha serait Maria Padilla Maitresse de Pedro Ier de Castille dit Pierrot le cruel, et qui abandonna sa femme après trois jours de mariage pour vivre avec sa maitresse.
Les esprits peuvent aussi s’attacher à une culture particulière. C’est le cas des exus attachés aux tziganes avec Exu Cigano aux multiples avatars. Nous savons qu’exu Cigano appartient au royaume de la Lyre et représente les tziganes. De son vivant il était Arabe s’appelait Hassam et fut esclaves au Brésil. Ce fut aussi le premier tzigane à être initié au culte afro-brésilien de la Quimbanda. Cette particularité le fait intervenir dans des « filières » en temps que, Exu Cigano do Oriente, Exu Cigano do Circo (cirque) , do Pandeiro (tambourin), Galo (langage des tziganes venant d’Espagne, Portugal et France). da Praça (marchés, foires), des Romano (tziganes de l’est européen) da Lyra (de la lyre) Gira-mundo (globe-trotters) do garito (des casinos).
Notre dernier exemple est celui d’exu Ze Palintra faisant partie du royaume de la Lyre. Il gouverne les forces en relation avec les filous et les joueurs. Il fait partie des entités appelées Malendros dont la particularité est d’avoir eu une vie anti-conventionnelle faite de plaisir et de jouissance. Il aimait boire, fumer de bons cigares, jouer aux cartes et rester en compagnie des femmes. Sa typologie est déjà présente dans le Catimbo où il tient le rôle d’un Nkuyu , un esprit qui au Kongo erre généralement dans la forêt parce qu’il a eu une vie corrompue, il a été sorcier ou s’est suicidé. Au Brésil il s’est urbanisé. Ze Palintra serait mort en 1920 écrasé par un tramway. Sa personnalité l’a fait rapidement incorporer au nombre des médiums de l’Umbanda et de la Quimbanda et en a fait l’inspiration d’un opéra de Chico Buarque l’Opéra de Malandro.
Tout ceci nous démontre que la Quimbanda est un organisme actif qui intègre le monde des vivants à celui des morts dans une continuité qui fait de la progression de chaque âme une affaire de pratique bien plus que de moralisme dogmatique et immobile dont se régalent les grandes églises qui font de la lettre une valeur supérieure à l’esprit.

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Le Santéria

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La «Santéria » est le nom pris à Cuba principalement par la religion africaine Yoruba. Cette religion est un panthéon de dieux africains créés à l’image des hommes. Ces hommes divinisés sont des ancêtres dotés d’un savoir acquis au cour des siècles.
Le terme Yoruba englobe plusieurs peuples parlant le yoruba, ou des dialectes de même racine, et se situent géographiquement dans l’actuel Nigéria et Bénin.
La persistance de croyances qui auraient du disparaître avec la dissémination des ethnies due l’esclavage, s’explique par le fait que les colons se rendirent compte que les esclaves se suicidaient moins lorsque l’on conservait un environnement ethnique originel. Les colons laissèrent les esclaves, pour ces mêmes raisons, se réunir en cercle représentant une même ethnie, « cabildos », afin entre autre de préparer la fête des rois.
Lors de la fête des rois (6 janvier), les noirs désignaient le roi de chaque « cabildo » pour un an, et défilaient derrière le drapeau de chaque nation.
C’est par la transe que les dieux vont parler et conseiller les êtres vivants, et ceci uniquement de manière positive.
Le panthéon des dieux (Orishas) est le panthéon yoruba que les pratiquants adorent dans un ordre précis lors de leurs cultes.

Les Orishas

Le monde est créé par Olofi. Olorun sera le soleil, Olodumare la nature. Olofi (ou Olofin ou Alafin) après avoir observé sa création fut extrêmement déçu de l’avarice et la mesquinerie des hommes. Il décida de se retirer du monde mais avant cela, il répartir son pouvoir entre les « orishas » pour qu’ils gouvernent.
Nul ne peut le révérer ni communiquer avec lui car il ne reçoit que son messager Eleggua. Avec Olorun et Olodumare il forme la trinité dans laquelle il est Dieu le père.
Eleggua
Orisha majeur, il a les clefs du destin et ouvre les portes du bonheur ou de malheur. Il personnifie le hasard et la mort. Portier de la montagne et de la savane il est le fils de Obatalà et de Yemu. Il est le premier du groupe des quatre guerriers (Eleggua, Oggùn, Ochosi, Osun) .
Ses couleurs sont le rouge et le noir, et ses adorateurs portent un collier autour du cou, et ses symboles sont les jouets d’enfants. Il se promène toujours avec son « garabato » branche en forme de faux, qui lui permet de séparer les hautes herbes, ouvrant et fermant les chemins de la vie.
Il vit derrière les portes et personnifie le caractère burlesque du destin entre les mains d’un enfant qui parfois semble se moquer de nous .
Il est syncrétisé dans la religion catholique par Saint Antoine de Padoue.
Oggùn
Oggùn est le propriétaire des métaux (Oggun la ferraille dans le vaudou).Sur terre, il ouvrit le chemin aux orishas avce sa machette. Il est violent et malin, patron des mécaniciens ingénieurs, chimistes et soldats.
Il représente le ceuilleur d’herbes magiques, le chasseur solitaire, il est le propriétaire des clefs des prisons. Ses couleurs sont le vert, le noir et le violet. Il est syncrétisé par Saint-Pierre, Saint-Paul, ou Saint-Jean-Baptiste selon les régions.
Ochosi
Ochosi , fils de Yemayà, patron de ceux qui ont des démêlées avec la justice, les magiciens, les chasseurs, les pêcheurs. Il est vénéré surtout avant toute opération chirurgicale. Il s’habille en violet avec une besace en peau de tigre.
Obatalà
Obatalà fut envoyé par Olofi pour créer la terre et sculpter l’homme. Dieu majeur il est propriétaire de la couleur blanche, des pensées et des songes. Il est assez puissant pour gouverner Chango et Oggùn. Respecté par les autre orichas, c’est lui que l’on va chercher comme avocat en cas de litige. Personne ne doit jurer ou se déshabiller en Sa présence. Il se syncrétise avec la Vierge Marie de la miséricorde.
Yemayà
Orisha majeure, elle est mère de la vie et mère de tous les orishas. Propriétaire des eaux elle représente la mer. Indomptable ses châtiments sont terribles mais justes. Sa couleur est le bleu.
Ochùn
Déesse de l’amour, de la féminité, des rivières, elle symbolise la coquetterie, la grâce et la sexualité féminine. Femme de Chango et amie d’Eleggua. Sa couleur est le jaune. Elle se syncrétise dans la vierge de la charité du cuivre.
Chango
Chango est le roi des tambours, de la joie et des femmes.il apparaît comme l’éclair menaçant avec sa hache. Ses couleurs sont le rouge et le blanc (sang et amour). Il se syncrétise dans Santa Barbara.
Oyà Yansaà
Elle est la déesse des grands contrastes, la blancheur de l’éclair dans la nuit obscure, mais c’est également la déesse des fleurs dans un monde de violence. Sa robe de neuf couleurs s’agite avec son cris de guerre ,et elle à une armée d’esprits qui l’accompagnent quand elle livre bataille. C’est l’unique femme guerrière du panthéon yoruba. Elle est le vent, la tornade, le tourbillon d’où jaillissent le feu et la lumière. Elle est amoureuse de Obbalube Chango le roi. Pour lui elle est prête à tuer s’il le faut. On l’appelle la tueuse.
Babalu Ayé
C’est le dieu des maladies. Il a été expulsé de la terre yoruba pour mauvaises mœurs, et a été puni par la lèpre. La musique qui lui est offerte peut être jouée à la yoruba avec tambours batas ou à la Ararà (terre d’exil) avec d’autres tambours.
Ses couleurs sont le bleu et le blanc et sa danse représente un lépreux boitant et écartant les mouches qui l’incommode. Il se syncrétise dans Saint Lazare. Dans la santéria il est fréquent que les pratiquant revêtent les couleurs des dieux auquels ils sont voués. C’est le babalao (prêtre) qui détermine au cours d’une cérémonie, le dieu auquel chacun appartient.

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Le Vaudou

Le vaudou est un culte syncrétique afro-américain originaire du Bénin (Dahomey) et qui s’est développé principalement en Haïti et en Louisiane. Avant d’en présenter les particularités américaines il est intéressant de préciser la nature et l’esprit du culte dans son environnement d’origine. Toutefois il s’agit là d’un culte sur lequel il existe de nombreuses sources consultables en français, et c’est pourquoi nous nous sommes attachés particulièrement à définir ce qui en fait l'essence et qu'il n’est pas évident de saisir lors d’une première rencontre.

Le vaudou au Bénin.

Avec le vaudou nous devons laisser tomber les préjugés que traîne avec lui ce rare culte afro-américain connu en France et devenu le bouc émissaire porteur de tous les clichés d’un monde de zombis et autres morts vivants à la sauce hollywoodienne. Certes l’environnement de ce culte est exotique mais au-delà des apparences et du choc culturel nous devons savoir que le vaudou est aussi et surtout une religion.
Avant d’aller plus loin il nous faut d’abord comprendre que le vaudou, comme une grande partie des animismes africains, n’a rien à voir avec nos religions. Ici pas de dogmes immuables, pas de grand Dieu à l’affut de nos moindres failles ou prêt à faire gagner le cent mètre à son chouchou les jours où il est de bonne humeur. Dans le vaudou le lien avec les divinités est direct pragmatique, utile, à effet immédiat. Quant à Dieu il est définitivement inabordable et laisse le boulot à des intermédiaires bien mieux à même de comprendre les humains.
Ces intermédiaires entre le Dieu unique et les hommes, les voduns (en Afrique), répondent à deux catégories hiérarchiques. La première concerne un panthéon qui représentent des forces de la nature et la seconde un ensemble de divinités attachées aux ancêtres royaux, lignagers, et personnels qui par leurs qualités ou leur importance historique ont été divinisés. Les voduns sont donc pour les uns en charge de gérer la relation de l’homme au cosmos alors que les autres, les divinités lignagères, vont gérer les relations sociales et politiques.

Le culte vaudou n’est donc pas unitaire mais s’adapte aux circonstances historiques qui ont contribué à former les diverses entités politiques et sociales. La formation du royaume de Danxomé constitue l’élément central du système. Mais alors qu’en Europe les conquérants avaient tendance à imposer leurs dieux comme moyen politique d’établir leur puissance dans le vodou au contraire les conquêtes servent à accaparer et assimiler les voduns étrangers pour les incorporer aux cultes locaux dans une forme de cannibalisme porteur de nouvelles énergies mais aussi de paix sociale. Une fois intégrés aux cultes royaux, locaux, lignager ou personnels ces nouveaux voduns vont s’installer dans la tradition pour en constituer le ciment social et renforcer la puissance du royaume, du lignage ou de la famille.
Mieux encore, de la constitution de divinités organisées en grandes familles et le choix d’une divinité majeure vont émerger l’identité d’une ville, d’un territoire et le rapport de domination ou de soumission aux entités politiques voisines. Par exemple le choix de Xevioso comme vodun principal de la ville d’Ouidah était un acte de soumission de cette ville au roi d’Abomey.

Comme nous l’avons vu un vodun peut être acheté, ainsi un des rois d’Abomey aurait fait acheter Saktapa divinité de la terre et des maladies éruptives pour soigner un de ses enfants malade. Mais le vaudou est évolutif et ce Saktapa finit par être chassé car il favorisait les épidémies de variole pour porter préjudice au roi.
En dehors de cette promiscuité sociale du culte proche de celle de notre antiquité grecque ou romaine, le vaudou repose sur une cosmogonie dont Mawu-Lisa est le Dieu absolu, unique androgyne et inaccessible aux hommes, et qui laisse aux divinités intermédiaires les voduns le soin d’assurer l’intendance. En Fait ce Dieu suprême est d’abord Mawu, de «sexe» féminin uni à son frère Lisa. Après ce dieu retiré du monde, arrive une hiérarchie de voduns répartie autour de trois éléments primordiaux, le ciel, la terre et l’eau. De ces éléments à leur tour vont naître des familles de divinités qui vont décliner tous les aspects d’une forme d’énergie.

La mutation Américaine.

Comme nous l’avons vu, les cultes voduns sont en Afrique directement liés au contexte politique et ethnique local. Arrivés en Amérique les esclaves se sont retrouvés dans un environnement aux règles différentes. Poussés par l’interdiction de vénérer leur dieux ils ont dû simuler la vénération des saints catholiques ce qui n’a pas en soit la valeur que nous pourrions donner à cette apparente reddition. En effet nous avons pu remarquer la disposition du culte vaudou d’acquérir de nouveaux voduns démontrant à la fois une souplesse d’esprit et un réalisme opportun. De plus nos saints que nous vénérons comme des personnages remarquables ne sont pas très différents des divinités africaines lignagères ou familières et même pour certains, des voduns supérieurs. De plus les africains imprégnés de la culture animiste sont plus attachés à l’essence et au sens qu’à l’apparence. Qu’importe de vénérer saint machin plutôt que Dan car derrière le nom c’est tout le rapport à l’énergie magique qui prévaut.
Une autre conséquence du changement de milieu est la disparition des liens sociaux et politiques. Nul n’était plus tenu à la vénération d’un vodun attaché à un culte royal ou local africain ce qui a favorisé la promotion de nouvelles divinités ou au contraire leur abandon. Enfin comme partout ailleurs les cultes se sont développés de façons diverses en fonction des regroupements ethniques chaque fois qu’ils furent possibles.

En Haïti les voduns perdent leur nom pour devenir les Loas ou lwa encore les « misté »(mystère), les « zanj » (anges), ou carrément les saints. Comme nous avons déjà vu les dieux vaudou se regroupent en famille. Une famille est une sorte d’exploration de toutes les possibilités offertes par un concept. Nous le voyons, à travers la famille Ogoun se décline l’agressivité dans toutes ses formes positives et négatives, et selon les âges et les circonstances et les buts de la vie, mais aussi dans ses manifestations physiques et psychiques. Ogoun-Ferraille le loa de la guerre, du fer, des forges. Ogoun-Badagris l'ivrogne violent, Ogoun-Shangole jeune homme à la voix de tonnerre, Ogoun-Balindjo la force en pleine maturité, Ogoun-Gé-Rougele vieillard aux yeux rouges.
Ici, les dieux peuvent être paillards, menteurs, buveurs, jaloux, violents, capricieux, corporatistes et même racistes comme Ezili Mapyang (ou Erzulie) femme malfaisante qui refuse un prétendant parce qu’il a la peau noire. ( Ezili Fréda, Ezili Gé Rouge, Gran Ezili, sont ici aussi des déclinaisons de la féminité) La relation avec les loas repose sur un contrat qui impose à l’un de vénérer son vodun et à l’autre de satisfaire ses adeptes.

Rituels panthéons et spécificités en Haïti

Le rite vaudou diffère en fonction des régions, et aussi des regroupements ethniques locaux, mais on peut déterminer trois rites de base même si les barrières entre chaque rite ne sont pas imperméables. Le panthéon Rada vénère les divinités dahoméennes considérées comme les « bons loas » . Le panthéon Kongo correspond aux loas d’origine bantoue (Congo/Angola) et le Pétro concerne des loas créoles nés pour la plupart à Saint-Domingue aussi appelés les loas « amers » en référence à leur agressivité.

Le rite rada

Papa-Legba : C'est l’intermédiaire entre les autres dieux et les hommes. C’est pourquoi il est le chef des barrières qu’il lève pour que les hommes accèdent à l’au-delà, il est aussi le maître des carrefours (mèt-Kalfou). Dans la Santéria il devient Elegba ou Eleggua et dans le candomblé il est Exu ( Eshu) celui qui ouvre toute cérémonie et balaye les chemins pour accéder aux autres loas. Sa couleur est le rouge, ses arbres de prédilection sont les Médiciniers, Cirouelliers et Calebassiers. Les offrandes lui correspondant sont le riz, la cassave, la banane verte, le coq bigarré, ses jours sont le vendredi et samedi et il est assimilé à Saint Pierre ou Saint Antoine. Son symbole est un vieillard infirme et mal vêtu
Dambala-Oueddo : C'est le dieu serpent, il hante les sources, les rivières, mais aussi les arbres particulièrement le palmiste le tamarinier. Associé à sa femme Ayida-Oueddo il assure le lien entre la terre et les eaux et le couple est représenté par deux serpents surmontés d’un arc-en-ciel. Dambala est le maître de l’argent et fait découvrir les trésors cachés. Son symbole est la couleuvre arc-en-ciel et le saint qui lui correspond est Saint Patrice
Ogu,ou Ogun : loa du feu et de la guerre sous le nom d’Ogun-feray (Ogun-ferraille). Divinité d’origine Nago (Nigéria) il a été adopté par le culte vaudou dahoméen. Il aime le calebassier et le pin, les offrandes de coq rouge et de taureau, son symbole est un sabre planté en terre, ses jours le vendredi, samedi et lundi. Il est assimilé à Saint Jacques le majeur.
Agwe ou Agoué : divinité de tout ce qui vit dans ou sur la mer. On le vénère en confiant à la mer des petits bateaux chargés de boissons et de nourriture. Ses couleurs sont le blanc, vert , et rose. Son arbre le raisinier, ses offrande les moutons blancs, les poules et il aime le champagne. Il est assimilé à Saint Ulrich son épouse est sirène et sa maitresse Erzulie Freda.
Erzulie Freda : déesse de l’amour et ses sanctuaires abritent ses accessoires, une robe rose et bleue, de nombreux produits de toilette. Son symbole est un cœur percé. Ses arbres sont le cirouellier et le laurier, les offrandes des objets de toilette, des mets raffinés, du riz et du poulet, elle habite le bord de rivières, ses jours sont le mardi et le jeudi et elle est assimilée à la vierge Marie.
Zaka : cultivateur chargé des champs il est âpre au gain et déteste le citadins. Ses couleurs sont le bleu, rouge et vert, ses arbres le cerisier et le bananier, ses offrandes du maïs et du pain, il habite les champs sont symbole est un Mabouya (sorte de gecko) et il est assimilé à Saint Isidore.
Baron Samedi : loa du rite Rada et Petro il est le chef des Gédé (voir plus loin) Ses couleurs sont le noir et le violet ses arbres le médicinier et le citronnier, il aime les harengs le chèvres et les poules noires, il habite les croix à l’entrée des cimetières, ses symboles sont les haut de forme et le habits noirs, son jour le samedi.
Les Guedes ou Gédé Les guèdes ou gédé est une catégorie d’esprits de moindre importance. A l’origine il s’agit d’une ethnie vaincue par les rois d’Abomey et qui, vendus comme esclaves ont totalement disparus d’Afrique. Ils sont devenus en Haïti les loas de la mort et même les autres loas les évitent. Pourtant, en dépit de l’effroi qu’ils provoquent, ils sont capables, par leur langage ordurier, leur paillardise, leurs danses suggestives, de dédramatiser n’importe quelle situation. Personnages burlesques, caricaturaux, ils marquent un gout prononcé pour les haut-de-forme, les vielles redingotes, et une multitude de lunettes noires. Baron Samedi, est le plus puissant des guèdes. On s’en sert pour les opérations de magie noire, et tout particulièrement l’envoi mort, qui doit être combattu par un hougan faute d’aboutir à une issue fatale. Sa femme Maman Brigitte ou La Grande Brigitte règne sur les cimetières en particulier si une femme y a été enterrée en premier. Baron La croix, et Baron Cimetière sont d’autres collègues à Baron Samedi.
Fa : est un vodun très particulier emprunté aux voisins Yoruba dont l’Orisha Ifa est en charge de la divination et en particulier du choix de l’Orisha personnel (et unique) auquel chaque individu est lié pour toute sa vie. Fa va donc être consulté pour les mêmes raisons. Fa représente le destin. Fa est originaire de la ville d’Ife qui est le centre du monde yoruba et il serait né dans le palmier à 16 branches. Voir le culte d’Ifa

Le rite Kongo

Les loas Kongo sont d’origine Bantoue (Kongo/Angola). Moins nombreux et populaires que les loas rada on les distinguent par leur caractère exubérant et leur gout pour recevoir des chiens en sacrifice.

Le rite pétro

Le pétro est composé de loas Kongo, créoles , et des loas provenant des divinités radas. Les loas d’origine créole sont : Don Pétro le fondateur de la secte, et son fils Ti-Jean-Pétro . Puis, Pétro-Gé-Rouge le Pétro aux yeux rouges qui signe la sorcellerie. Le panthéon pétro se caractérise par la violence de ses dieux, et leur tendance à ce que leur magie déborde en sorcellerie. Capables du pire, ils le sont aussi du meilleur. En effet grâce à l’expérimentation du côté obscur de la nature et de l’homme, ils apprennent à connaître un ennemi qu’ils pourront mieux combattre selon leur bon gré. C’est ainsi que l’on trouvera parmi eux les loas guérisseurs.

Les zombis
Les zombis sont des âmes de morts qu’un Boko (prêtre sorcier) à réussi à mettre à son service. Des études récentes ont démontré qu’à l’aide de certaines substance on pouvait ralentir presque en totalité le rythme cardiaque, pouvant ainsi simuler une mort réelle. Le culte Vaudou est administré par des uga (Hougan) qui sont des prêtres-sorciers, et des mambo s’il s’agit de femme. Le boko lui, est un magicien-devin, et le loup-garou un sorcier.
Les jumeaux
Les jumeaux ou « loas marassa » sont des entités jugées plus puissantes que les loas ordinaires. Le culte qui leur est rendu doit être exempt de négligence faute d’entrainer de violentes réactions de leur part. En revanche s’ils sont satisfaits, ils donnent les formules destinées à mélanger les herbes pour obtenir des guérisons. Ce culte est à rapprocher de celui des Ibeji du Nigéria.
Le culte des morts
Dans le culte vaudou il est important de s’occuper des morts afin qu’ils ne viennent pas déranger les vivants ou même qu’ils ne cherchent pas à les attirer trop vite dans leur monde. De plus ils servent d’intermédiaire avec les loas et sont donc mieux placés pour obtenir satisfaction. Lors du décès, les funérailles ont pour fonction de couper tout chemin de retour au défunt. Si celui-ci était un initié vaudou il devra subir le «desounen» ou rite de séparation de son esprit protecteur, et c’est à cette seule condition que la mort sera effective. Afin d’éviter toute utilisation de l’âme du défunt on peut enfermer celle-ci en prélevant quelques mèches de cheveux et des rognures d’ongles, et en les enfermant dans un pot.

Vévés : Dessins faits sur le sol à l’aide de farine ou de marc de café destinés à consacrer un lieu. Chaque Vévé correspond à un esprit particulier.
Poteau-mitan :Le poteau-mitan est un poteau dressé au centre du péristyle ou espace réservé dans le temple vaudou aux cérémonies consacrées aux loas. Le poteau-mitan représente l’axe liant le monde terrestre et céleste, en même temps qu’il est le chemin emprunté par les loas pour rejoindre les humains.
Oufo : Le oufo est le temple ou les loas possèdent leurs propres demeures.
Macoute : Sacoche en paille que tout paysan emporte avec lui pour les travaux des champs.

Consultez aussi sur le sujet Jacques.prevost.
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Le Quimbois

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Cousin du vaudou, le Quimbois est surtout pratiqué en Martinique, Guadeloupe et Guyane. Culte syncrétiste mêlant les rites catholique et africain ainsi que des pratiques indiennes, le Quimbois se distingue par la science des poisons.

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Le Lucumi, les particularités Nord-américaines

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A l’observation des syncrétismes afro-américains nous sommes rapidement frappés par le fait que malgré l’importante de l’esclavage aux Etats-Unis, ces religions ne s’y sont pas développées comme en Amérique latine.
Cette constatation contient déjà en partie une explication. En effet là ou le catholicisme s’accommodait des apparentes soumissions, le protestantisme révisé à la mode anglo-saxonne demandait une adhésion plus profonde, mais en contre partie permettait, avec ou contre son gré, que le lien ethnique des origines africaines se maintienne au travers des assemblées communautaires. La rigidité du culte catholique ne permettant pas de « s’arranger » un culte à sa manière c’est au travers du culte des saints qu’a pu se dissimuler la survivance des traditions africaines.
Cependant ceci n’explique pas pourquoi il n’a pratiquement rien subsisté d’africain en Amérique du nord, et cela, même en tenant compte de la création d’une opportune église pentecôtiste plus « africaine ».

Il faudra attendre la révolution castriste pour voir arriver aux Etats-Unis une communauté cubaine pratiquant la santéria, venant rejoindre un autre syncrétisme déjà présent, l’Espiritismo portoricain. La santéria considérée comme l’expression de la tradition Yoruba absorbera l’espiritismo , en même temps qu’elle intègrera des éléments issus de la religion fon, du vaudou haïtien et de l’égyptologie, créant ainsi une nouvelle forme de religion, le Santérismo.

Prenant connaissance de ces cultes par un apport hispanique, mais aussi par immigration Yoruba, les noirs intéressées par leurs racines se retrouvent néanmoins écartées au motif qu’il faut être « latino » autrement dit blanc, pour être initié.
Se voyant dépouillés d’un héritage que s’appropriaient une fois de plus les blancs, ils recherchent une africanisation de la santéria et s’orientent vers le nationalisme noir, créant un nouveau culte qui éliminera toute trace de catholicisme pour s’enraciner dans la seule culture africaine. Ce fut la naissance du culte Orisha-Voodoo.
Walter King, fondateur du mouvement, initié par les santeros, s’initia aussi à l'Ifa religion originelle du culte Yoruba et reçu le titre de « Roi des Yorubas d’Amérique »

C’est désormais une santéria débarrassée de son hispanité porteuse d’un héritage esclavagiste qui accomplira le culte des Orichas, et pour entériner le changement c’est sous le nom de religion lucumi que le culte Yoruba des Orichas sera tenu.

Dans le contexte nord américain, motivé en partie par une similitude de destin, et un même respect envers la nature, se dessine un rapprochement entre la religion lucumi et les traditions amérindiennes.(Indians Natives). Les associations ne s’arrêtent pas là. Rejoignant l’influence du néo-paganisme et dans une sorte de self-service où chacun arrange sa sauce, vont se concocter toutes sortes d’unions libres qui vont voir se côtoyer les rituels solsticiaux Wiccas et les croyances Yorubas.

Face à ce syncrétisme issu de la diaspora présenté comme une dégénérescence s’instaure une véritable tentative Yoruba d’imposer la figure de Araba d'Ifé et le culte Ifà, autrement dit la source africaine, comme seules véritables et originelles sources du culte des Orichas. Les opposants font valoir que la religion au travers de sa diaspora à subi diverses influences tout comme le culte Yoruba interdit par les Anglais au Nigéria au prétexte qu’il était responsable de la diffusion de la variole. Ainsi comme le prétendent les « lucumi » on ne peut réduire les religions de la diaspora à de simples rites de sorcellerie ou de magie imprégnés d’occultisme.

Dans cette lutte en reconnaissance la religion lucumi trouvera au travers de l’église Lucumi de Babalu Aye en Floride (Churh of the Lukumi Babalu Aye) une base d’unification et de standardisation. Créée en 1974 cette église a été le premier culte d’origine africaine reconnu comme religion légitime aux Etats-Unis.

Incluse dans la dynamique nord américaine, à la rencontre des brassages culturels, influencée par les adeptes du New Age et les nouveaux hérétiques aux tendances « in » à ramasser le dernier truc branché à la mode, la religion lucumi représente en tous cas un pas de plus vers la renaissance des traditions trop longtemps occultées

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Le Palo, Mayombe, Brillumba, Kimbisa, Kimbisa SCBV

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Tout commence en douceur lorsque Diègo Cao, navigateur portugais à la recherche du royaume de prêtre Jean découvre le royaume du Kongo. On est en 1482 et l’on fait vite copain-copain avec Nzinga Mvemba, le cinquième Manikongo (roi) qui ira jusqu’à se convertir au catholicisme en 1506. Mais de l’autre côté des mers un nouveau continent récemment découvert créé un appel d’air. Ce qui avait commencé par un petit commerce entre amis se transforme sous la pression de l’histoire en une hégémonie portugaise dont le nègre, produit de première nécessité fera les frais. (Affonso Ier) le nouveau Manikongo pourra envoyer des lettres pour se plaindre des ponctions abusives, la loi du plus avide s’imposera. Au XVIIIème siècle 15.000 individus seront déportés chaque année.

Cuba de son côté, comme l’ensemble des nouvelles colonies, avait besoin de main d’œuvre. Celle-ci dès 1510 était constituée d’esclaves de métropole expédiés dans l’ile, les Ladinos, dont la connaissance de la langue espagnole favorisait l’évasion. Alors pour rétablir la barrière linguistique quoi de mieux que ces bakongo aux langues bantoues, d’autant plus que leur résistance physique en faisait des "outils" bien adaptés aux travaux pénibles des plantations. Ainsi déportés sur ces terres cubaines, les bacongo apportaient avec eux les cultes et traditions de ce qui deviendrait le Palo ou Réglas del Congo. Mais avant d’en venir au Palo il est utile de s’intéresser au culte qui en est à l’origine.

Le bukongo la religion des Bakongo

Le Dieu unique du bukongo est Nzambi (Nous y reviendrons). Aucun culte n’est rendu à ce dieu qui n’a aucun contact avec les hommes et a laissé à des esprits intermédiaires les Kimpungulu (pluriel de Mpongo) le soin d’assurer le lien. D’autres entités sont présentes dans une nature qui au sens propre est animée autrement dit habitée par une âme ou du moins un esprit. Toute la vie religieuse des bakongo tourne autour du rapport entre le monde des vivants d’un côté, et de l'autre celui des ancêtres et des esprits animés des choses.
Ce rapport aux esprits passe par une organisation précise des missions de chaque acteur au travers d’une répartition des rôles selon que d’une part il s’agisse de pratiquer le bien ou le mal et que d’autre part cette action intervienne dans le domaine collectif ou individuel. Ainsi lorsqu’il s’agira de jeter un mauvais sort sur un village ce sera aux anciens du village de requérir l’aide des ancêtres (esprits défunts) alors que s’il s’agit d’attirer les forces positives pour favoriser une récolte ce sera au prêtre de faire intervenir les Simbi, des esprits locaux bienveillants attachés aux lieux et non aux lignages.
A cette double trinité collective fait face une même structuration individuelle. Ce sera au sorcier (Ndoki)de faire appel aux Nkuyu ou fantômes errant en lisière des villages, pour que soit porté un mauvais sort sur un individu. En revanche ce sera au magicien ou Nganga d’utiliser l’intermédiaire du Knisi pour satisfaire le souhait positif d’un client ou de contrer le mauvais sort envoyé par un sorcier.
Comme nous le voyons l’ensemble du rituel religieux est essentiellement magique et se réfère à des entités attachées aux lieux (Simbi Nkuyu) ou aux lignages (ancêtres). La nature du knisi est plus complexe. Nous l’avons largement abordée dans nos définitions (voir définition knisi). Pour faire simple le knisi est un récipient dans lequel sont réunies un ensemble de matières minérales (terre, cendre, feuilles, plantes) et animales (reliques et ossements) qui par leurs qualités et leur mélange apportent les énergies contenues dans leur nature afin de constituer la charge magique ou Bilongo dont se sert le magicien pour son travail. Le knisi capture non seulement des esprits variés mais il est pour certains rituels le siège d’un Mpongo l’équivalent d’un Orisha ou un vodun, autrement dit une entité représentative d’une force de la nature et un intermédiaire entre les hommes et le dieu unique Nzambi.

Avant d’en venir à l’évolution cubaine du bukongo nous allons approcher son panthéon.

Le panthéon kongo.

En premier vient Nzambi, (Zambi,Sambia, Nsambiampungo, pungun sambia, sambia liri, Samia Surukuru, Sambi Bilong) Il est le créateur du ciel des étoiles de la lune du soleil et de la terre. Il créa la nature et ses forces et après avoir observé les tempêtes, les vents, la chaleur, il créa les animaux, l’homme et la femme. Il apprit à ces derniers comment survivre et comment travailler avec les forces de la nature. Il leur enseigna les mystères des Minkisi, des Makutos, des Baganga (pluriel de nganga) et comment les fabriquer. Nzambi partage le ciel avec son pendant négatif Lugombé (Lukankanse /Lucambe/ Kadiampembe), pris pour l’équivalent chrétien du diable mais qui est plutôt l’aspect négatif au sens d’une opposition de polarités plus que d’une notion éthique ou morale.
A la suite viennent les kimpungulu(pluriel de mpungo) nos collègues des orishas et voduns déjà rencontrés. Suivent les bisimbi (simbi) ces esprits qui s’attachent à des lieux particuliers, les rivières, les cascades, les grottes, les trous d’eau. Le couple Nsambi/ Lugombe, aspects positif et négatif du Dieu absolu n’intervient pas dans la création et là aussi laisse à des entités intermédiaires le soin d’agir, les kimpungulu. Ces kimpungulu sont souvent et à divers niveaux attachés à la mort ,soit en gardiens de cimetières, en dispensateurs de maladie, et surtout chez les bantou en maître des rivières, cascades et forêts. Ceci s’explique d’abord par le fait que la religion bantou est avant tout un culte des morts et des ancêtres, et ensuite parce que les rivières, forêts, cascades étaient considérées comme la limite entre le monde des vivants et des morts en conséquence de quoi l’esprit qui les habitait devait avoir un pied dans les deux mondes.

La liste des principaux kimpungulu est portée en fin d’article. (Accéder à la liste)

La mutation cubaine, le Palo.

Au cours de sa migration vers Cuba le bukongo a subi l’habituel processus de mutation qui va de la perte d’éléments culturels, à l’introduction de traditions étrangères en passant par la modification des significations de certaines composantes. La transmission des traditions s’est reposée sur trois agents. En premier lieu les Calbidos, des associations d’entre-aide construites autour de l’origine ethnique des esclaves, l’équivalant cubain des nations brésiliennes. Les calbidos vont ainsi prendre le nom des ports africains dont provenaient les esclaves (Loango, Benguela, Cabinda) ou de la région ou d’un clan (Nsobo, Mayombe). La deuxième source de transmission de la culture africaine est offerte par les exploitations sucrières (Ingenios) dans lesquelles étaient envoyés en priorité les bossales (nés en Afrique) c'est-à-dire les nouveaux arrivés encore empreints de leurs traditions. Le troisième facteur sur lequel nous savons peu est celui des palanques des communautés de nègres marrons similaires aux quilombos brésilien.
Au début du XXème siècle les calbidos disparaissent pour laisser la place à une structure organisée autour d’un temple «Munanso Congos» dirigé par un ancien le Tata Nganga . Ceci entrainera des fusions entre calbidos, la disparition des langues cultuelles africaines et l’utilisation d’un hybride de langue espagnole lors des cérémonies.

Palo est donc le terme générique donné à Cuba aux religions africaines provenant du culte pratiqué chez les bakongo (Angola/Congo(s) et Cabinda), contrairement à la Santéria qui puise ses traditions principalement chez les Yorubas du Nigéria. Le Palo reprend donc le panthéon bukongo (Nzambi/kimpungulu) ainsi que les pratiques animistes de magie et sorcellerie en les transformant en partie. En effet l’esclavage a définitivement interrompu le lignage et à également coupé les individus de leur environnement africain auquel étaient attachés les esprits locaux et a finalement détruit le tissu social ancestral. Les fonctions attachées à la collectivité perdent ainsi en puissance. Ancêtres anciens et Simbi n’étant plus «disponibles» les actes magiques auront tendance à se replier vers la sphère privée.

Le knisi va également être affecté par la migration. La variété de ses formes et natures en afrique sera dans sa version cubaine (appelée Nganga ou Prenda) limitée à une marmite de fer remplie de terre, de pierre d’ossements, le tout recouvert des bâtonnets (palos) qui donnent leur nom au culte Cubain. De plus le terme Knisi lui-même le plus souvent nommé Inquice ou Inquise sera utilisé pour indiquer les divinités équivalentes aux Orichas, les Kimpungulu. Quoiqu’il en soit la Prenda/Nganga qui doit capturer un esprit mis au service du palero n’est autre que le knisi du Kongo.
La finalité du «prenda» est en effet de réaliser un culte des morts ( Nfumbe ou Infumbe) mais dans un sens bien particulier qui consiste comme nous l’avons déjà vu, à mettre l’esprit de ce mort au service du palero ou de son client faisant du prenda une véritable tombe portative. Au sens propre le palero établit un pacte avec l’esprit qui bien que réduit en esclavage recevra une somme en paiement des ses services.

A son tour le Ndoki (sorcier) fait les frais du voyage et son nom disparait. Le Nganga qui est le récipient est aussi le nom donné à Cuba au magicien/sorcier, entérinant une pratique ponctuelle en Afrique où le nganga travaillait déjà des deux mains (magie blanche ou noire). Ainsi à Cuba le nganga pratiqué par un Mayombero sera nganga Mayombe ou « juive » c'est-à-dire maléfique, alors que celui pratiqué par un Quimbicero sera nganga Quimbice ou « chrétienne » c'est-à-dire bénéfique. Il faut voir dans ces dénominations le souffle d’un christianisme prêchant pour sa paroisse.

Les ramas

Comme on peut s’y attendre il n’existe pas un culte Palo mais un ensemble de cultes partageant une croyance commune mais dont les pratiques diffèrent. Ainsi le Palo se divise en diverses branches appelées «Rama» qui regroupent elles mêmes un ensemble de nations. Il existe trois principaux ramas à savoir : Le Mayombe, Briyumba ou brillumba, et kimbisa

Le Mayombe

La règle du Mayombe est la première à apparaître à Cuba dans la région de Pinard del Rio où de nombreux esclaves en provenance du royaume du Kongo s’évadaient dès leur arrivée. Rattrapés par les rancheros et exécutés, leurs esprits constituent les «fondamento» ou Nganga (knisi) Mayombe. D’ailleurs le Mayombe ne traite qu’avec les (nfumbe) ou énergie des défunts et avec un seule divinité Nsasi Siete Rayos . Les « nations » mayombe ne sont pas christianisées.

Le Brillumba

Il s’agit de la branche du Palo la plus répandue dans le monde. Elle s’est fortement syncrétisée avec le christinaisme. Ses Baganga (knisi) contiennent les kimpungulu. Le terme Brillumba vient du kikongo et signifie « crane ». L’utilisation des ossements est un des fondements de ce rama.

Kimbisa

Le kimbisa était le grand prêtre du royaume du kongo et les règles du rama semblent indiquer que ce culte proviendrait des kimpasi une société secrète africaine. A l’origine le kimbisa n’est pas christianisé.Il ne doit cependant pas être confondu avec le Kimbisa SCBV. Au XIXème siècle le Tata Andres Petit (Andrés Facundo Cristo de los dolores Petit) réorganisa le culte kimbisa et créa le rama Kimbisa Santo Cristo Buen Viaje (SCBV) en lui affectant ses propres options. Le kimbisa SCBV est fortement imprégné par l’ensemble des religions présentes à Cuba ainsi que par la Franc-maçonnerie et le spiritisme de Kardec.
Dans la partie Est de l’ile, avec l’arrivée de réfugiés venant d’Haïti furent introduites les pratiques du vaudou d’origine Dahomey (Bénin).(Tumba Francesca)

Liste des principaux kumpungulu :

Lucero /Nkuyo/Manunga/Lubaniba. C’est un guerrier qui apporte la justice et guide chacun à travers les chemins de l’existence. Il équilibre la vie et apporte la santé. Il est comparable à l'orisha Eshou /Eleggua. Il existe sous différentes formes. Comme guide de chaque individu mais aussi de chaque Nkisi.

Zarabanda Il est la quintessence de l’énergie en action. Il est le propriétaire des couteaux sans lesquels le Tata ne peut œuvrer . Il correspond à Saint-Pierre.

Siete Rayos/ Mukiamamuilo/Nsasi/Sabranu Nsasi. Nsasi est l’éclair brillant de sept branches (sans doute l’arc-en-ciel) . Il est le mouvement qui brule dans toute forme, de la bougie à l’éclair. Il est lié à tout espace pouvant être frappé par la foudre comme le palmier royal.

Watariamba/Nkuyo Lufo/ Sca Empeno/Nguatariamba Enfumba Bata/Cabo Rondo/Vence Bataya. Dieu de la chasse et de la guerre

Gurunfinda/Sinduala Ndundu Yambaka Butan Seke. Il est le Nkisi de ce que produit la forêt. Il est le dieu des herbes médicinales. Sans lui aucune potion remède ou médecine ne pourrait exister. Il est celui qui donne son accord pour la pratique des bâtons (palo) il est l’équivalent de l’ Orisha Osain. Il déifie le pacte qui permet au plantes de pousser grâce à la terre, l’eau et le ciel. Il correspond à Saint-Sylvestre

Madre de agua/Kalunga/Mama Kalunga/Pungo Kasimba/ Mama Umba/Mbumba Mamba/Mbumba Mamba/Nkita Kiamasa/Nkita Kuna/ Mamba/Baluande. Esprits de l’eau aussi appelé nkisi Mamba. Mère de l’eau et protectrice de la maternité. Elle est convoquée pour déchainer les forces contre ceux qui maltraitent les enfants. Elle est l’eau qui donne la vie ou la retire, la dispensatrice du liquide amniotique ou de l’eau qui noie. Ces pouvoir s’étendent au-delà de la maternité pour aller jusqu’au pays de la mort, car l’eau est sensée diviser le royaume des vivants et ce lui des morts.

Mama Chola/Choya Wengue. Elle est la richesse dispensée par la rivière. C’est la petite amie jalouse si elle n’est pas traitée avec attention. Elle est la passion d’un nouvel amour.

Centella Ndoki/ Pungu Mama Wanga/Yaya Kengue/Mariwanga. Un des minkisi les plus craints car elle est le gardien du seuil entre vie et mort, et de ce fait le cimetière lui appartient

Kobayende/Bacoballende/Pata llaga/Tata Pansua/Tata Funde/Tata Fumbe/Pungun Futila/Tata Kanene. Son action est contradictoire, il est le propagateur de la maladie en même temps que celui qui agit pour la retirer. Il est assimilé au Babalu Aye Yoruba et à Saint-Lazare.

Tiembla Tierra/Yola/Pandilanga/Mama Kengue. Energie de la paternité de la sagesse et de la justice il a un pacte avec le Cebia considéré comme l’arbre de la maison de Dieu. Le Cebia pentandra est le nom scientifique du kapokier aussi connu sous le nom de fromager, symbole majeur de certaines civilisations amérindiennes et en particulier vénéré chez les maya sous le nom de Yaxché.

Padre Tiempo/Kabanga/Madioma/Mpungo Lomboan Fula/Nsambia Munalembe, Tonde/Daday Munalendo. Il est le knisi de la divination, il faut le recevoir pour devenir Tata Ngombo.

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Le Kromanti, Kumina, Convince

jamaique

La Kumina est à la fois une religion, une culture, une musique et une danse, développée du côté de la paroisse de Saint Thomas en Jamaïque, par des noirs arrivés dans l’ile après l’abolition de l’esclavage en 1840. Au préalable s’était développé une religion similaire chez les nègres marrons de l’île qui s’étaient insurgés contre les britanniques et avaient obtenus par le traité de Trelawny (1738) l’obtention des territoires autonomes des montagnes bleues et du Cockpit. Cette religion appelée Kromanti du nom donné à la langue utilisée qui provenait de l’Ashanti-Twi et du Fanti. Cette dénomination puisait son origine dans le nom de Fort-Cormantin qui était le point où étaient centralisés les esclaves de la Côte d’Or avant leur « expédition » vers les colonies américaines. Il était coutumier en Amérique d’appeler ainsi les esclaves en fonction de leur port d’embarquement, comme ce fut le cas des Minas qui étaient embarqués à Fort-Elmina. Ainsi le Kromanti était-il la marque d’une source esclavagiste de provenance ghanéenne ce que confirme les sources linguistiques ou en tous cas d’individus ayant transités par le Ghana.

Le culte kumina aussi appelé Bongo s’est sans doute différencié selon son origine Kongo ce qui se confirme par l’utilisation du kikongo et le Kimbundu les deux langues majeures du Kongo (Congo/Angola). Cette dénomination de Bongo est partagée avec un culte très proche du kumina également né dans l’Est de la Jamaïque, le Convince .
Le Kumina est donc d’origine bantoue (Kongo-Angola) et en temps que tel ne propose pas de panthéon aussi organisé que ceux des cultes des Orishas ou des voduns. Ainsi les inquices (knisi) se sont amalgamés avec certains Orishas pour en prendre les qualités et noms. Rappelons encore une fois que le terme knisi (inquice) est en Amérique attribué aux esprits alors qu’il concerne dans le culte original les objets chargés des forces magiques. Si ce culte des inquices est présent dans le Kumina, c’est surtout le culte voué aux esprits des ancêtres qui semble en être la caractéristique. Ces ancêtres sont invités à posséder les vivants pour les aider à résoudre les problèmes de l’existence. Ce sont des maîtres mis à disposition.

En dehors de l’origine il existe quelques points de divergence entre le Kumina et le Convince. Le convince est un culte confidentiel qui n’est soumis à aucune organisation construite. De ce fait ses cérémonies sont aléatoires, les officiants agissant un peu comme des commis voyageurs allant un peu au hasard des circonstances. Sur le plan musical alors que le Kumina fait appel aux seuls tambours le Convince utilise des percussions et le claquement de mains. Les chants convince (des hymnes chrétiens) sont effectués à capella alors que le kumina se sert de chants Kongo ou créoles. Dans la Kumina les joueurs sont à cheval sur les tambours, le corps tourné vers l’ouest et les pieds nus pour les conserver en contact avec le sol. La musique Kumina serait an partie l’ancêtre de la musique rasta.

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Le hoodoo

louis

newor

Le hoodoo ou « conjure » est une forme populaire de pratiques magiques influencées par certaines religions africaines, des croyances venues d’Europe (utilisation des grimoires), la santéria, et des apports des traditions amérindiennes.

Même si par son syncrétisme avec la santéria on retrouve les influences africaines yoruba et fon, c’est surtout la prédominance de rites Bakongo qui semble le plus patent. Quoiqu’il en soit le hoodoo a perdu tout ce qui pourrait l’assimiler à une religion, pour ne conserver de ses influences que certains rituels et modes opératoires qui le réduisent à une simple pratique de la magie/sorcellerie.

Le hoodoo ne possède pas de panthéon autre que le Dieu africain Legba, le Black-man, le dark-man, le « rider » le « devil » que l’on croise aux carrefours, qui est aussi le maître, le professeur en sagesse. Il n’existe pas plus de théologie, ni de hiérarchie structurée. Le pratiquant peut appartenir à une autre religion comme le christianisme.

A l’origine le hoodoo fut pratiqué par les esclaves noirs dans les états américains du sud est (Alabama, Mississipi, Floride, Géorgie, Louisiane, Arkansas, Caroline sud et nord, Tennessee.) Le hoodoo-doctor a une activité nomade, louant çà et là ses services de guérisseur et jeteur de sorts.

La base de la « médecine » hoodoo se trouve dans l’utilisation des plantes. Le « root-doctor » « coofer-doctor » « snake-doctor » est le sorcier, le guérisseur, le jeteur de sort. Les conjure-woman ou conjure-man ou conjure-lady ont des pouvoirs occultes. Le terme de « conjure » comme dans certains cultes rencontrés est utilisé à la fois pour la médecine et le médecin.
Le conjure-bag, le « toby » à Trinidad, le wanga au caraïbes, sont les avatars de nos nkisi congolais, nos ganga, nos prenda cubains, les sacs contenant la médecine, la magie, l’âme des éléments.

Bien que n’ayant aucune théologie, le hoodoo est fortement imprégné de christianisme et se réfère à l’Ancien Testament. D’une certaine manière l’utilisation de sortilèges trouve sa justification dans la mesure où ils peuvent faire partie des « justiciers » chargés de faire triompher le bien contre le mal.

Bien plus encore, le Dieu de la Bible est l’archétype du hoodoo-doctor, et ses personnages sont transformés en guérisseurs pour devenir des puissances conjuratrices dans l’utilisation de talismans. Moïse lui-même devient l’Adam des hoodoo-docteur, et son sixième et septième livre contenant l’ensemble des grimoires utilisés dans sa magie, devient un livre de référence, une sorte de Bible hoodoo, même si son authenticité est incertaine. Le Bible elle-même devient le plus puissant grimoire connu.

Comme on le voit le hoodoo procède à la fois d’une dégradation de croyances et pratiques religieuse africaines et de l’assimilation de nouvelles cultures. S’il s’agit là ni plus ni moins que du processus habituel suivi par les syncrétismes, il revêt ici une dynamique particulière. En effet le hoodoo ne cherche pas à dissimuler ses racines africaines dans la chrétienté, mais bien plus à y dénicher une mystique ou une religiosité qui semble bien lui manquer.

Le hoodoo pourrait être le seul exemple comparatif de l’évolution des religions africaines dans les pays catholiques et protestants. Là où ceux des pays latins avaient pu se dissimuler derrière le culte des saints, ceux du nord avaient cherché dans l’évangélisme dominant, et son centralisme biblique, le refuge nécessaire.

Il en reste que de la religion nous sommes tombés dans des pratiques folkloriques qui trouvent leurs racines aussi bien dans les savanes africaines , que dans les vielles campagnes européennes, ou chez les indiens des plaines. Si nous ignorons les marchands du temple qui à coup de fabrication industrielle commercialisent les médecines, ou l’empire Disney toujours en quête d’un nouveau Harry Potter, alors, bien loin de déconsidérer ces folklores, nous pouvons trouver dans ces rusticités, les sources des interrogations, des peurs, et des espoirs qui ont fait jaillir par affinement, et trop souvent raffinement successif, les religions.

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Obeah,Myal, sur les poussières d'empires

louis

A l’époque des conquêtes, les droits de l’homme se concevaient comme le privilège de race et de naissance qui autorisait une minorité née du bon côté à s’accaparer des bien meubles et immeubles d’une grande majorité par définition née du mauvais côté.

Dans un monde où les armes restaient le moyen de régler les litiges, la cohésion sociale n’était pas dans la ligne de mire du conquistador et pouvait être abandonnée à la sous-traitance des spécialistes en la matière, les religions. Laissé à l’abandon cet espace de relative liberté va générer un vide dans lequel vont se précipiter cultes et mouvements de toutes provenances donnant naissance à de nombreuses mixités.

Il est vrai que la pluralité des envahisseurs est source de diversité. L’Espagne fait de la propagation de son empire le symbole du triomphe de son église, alors que les Britanniques ne sont pas très motivés par la diffusion de leur religion. D’abord parce qu’ils ne sont pas tous du même bord, mais par-dessus tout parce qu’ ils confient leur colonisation à des mercenaires peux soucieux d’humanisme.

Alors que l’Espagne (Siete Partidas) et la France plus tard (Code noir) vont entrer dans la loi l’obligation de convertir et faire baptiser les esclaves détenus en leur accordant les mêmes droit qu’aux chrétiens, les britanniques restent très réticents sur ce fait dans la mesure où l’appartenance à l’anglicanisme pourrait être vécu comme une élévation du statut social susceptible de donner des idées d’émancipation.

Joignant l’inaction à l’intention, l’église des Antilles britanniques dépendra du diocèse de Londres jusqu’en 1824 date à laquelle seront ouverts les diocèses de la Jamaïque et de la Barbade. Dix ans plus tard l’esclavage sera aboli, mais trop tard. Les noirs ne font pas confiance à l’église de leurs maîtres dirigée par la « plantocratie » d’autant plus que d’autres communautés ont depuis longtemps ensemencé le terrain.

En effet les Britanniques ne présentent pas un front uni. L’église anglicane a depuis longtemps trouvé plus concurrent que le catholicisme. Les mouvements non-conformistes issus du protestantisme réinterprété façon made in Great-Britain, roucoulent depuis longtemps leurs rengaines libertaires dans des oreilles attentives.

Ils n’ont pas fait que roucouler d’ailleurs. Les Moraviens (frères Moraves) fidèles à leur "Herrnhut" d’origine, avaient créé des communautés dans lesquelles les esclaves convertis travaillaient à leurs côtés. Les Quakers venant de l’Iowa, soutenus par la United Fruit Company, avaient investi dans la culture de la banane pour offrir de emplois, et avaient créé une école secondaire, The Happy Grove High Scool destinée à l’éducation de noirs.
Les Méthodistes organisaient des groupes de pression porteurs de messages humanistes. Les Baptistes s’étaient investis dans l’éducation et l’amélioration du niveau de vie des populations noires et enfin les pentecôtistes rencontraient l’intérêt de jeunes sensibles à leur message, et sans doute aussi attirés par un rituel qui faisait du Saint Esprit le symbole archétypal de tous les esprits si chers aux cultes africains.

En dépit de tous ces respectables efforts, la culture protestante, rigidifiée par le puritanisme originel, divulguée par un livre sans doute sacré mais anonyme, s’intégrait mal à des mentalités pour lesquelles la transmission orale, le culte des dieux et des ancêtres bienveillants font du religieux une affaire de famille. Le Bible ne fait jamais que parler de la famille des autres

.

C’est tout naturellement que les populations noires vont se tourner vers leurs racines africaines sans pour autant toujours parvenir à s’isoler de leurs nouvelles influences. Mais cette fois il y a du nouveau, comme dans un petit retour des choses les mouvements revivalistes vont se rapprocher des africanismes. Les Moraviens et les Baptistes adoptent la pratique de la transe et du spiritisme. A Trinidad les Shouters, et les Shakers associent la danse rituelle aux autres éléments du baptisme, et les Spirituals Baptists vont aller jusqu’à se rapprocher du culte des Orichas avec lequel ils partagent le parler en langue. "Glossalie"

L’échange de bon procédé s’arrête là et nous reprenons le cycle habituel des syncrétismes que nous avons déjà vu dans ses grandes lignes. Aussi nous faut-il aborder maintenant les spécificités régionales caribéennes.
Au sommet de la notoriété nous trouvons le mouvement Rastafari auquel nous consacrerons un chapitre, puis la Kumina pratiquée par les maroons de Jamaïque et restée imperméable à toute pénétration catholique, en suite son pendant, la pocomania, mélange les rituels chrétiens et africains tels que les danses initiatiques, la possession et la communion spirituelle au son des tambours et enfin le culte Obeah au double visage.

Avant de parler du culte lui même nous devons apporter quelques précisions sur le terme. Le culte Obeah ( ou obi) s’est développé dans les territoires des Antilles essentiellement de langue anglaise. Il s’agit moins d’une religion que de pratiques magiques. La dénomination Obeah doit être appréhendée selon deux axes.

La pratique du culte qui se réclame d’origines Ashanti, c'est-à-dire Ghanéennes, nomment leurs prêtres les Myal-men, et utilisent Obeah pour décrire la sorcellerie pratiquée par les esclaves en provenance d’Afrique centrale. L’autre culte trouve ses origines dans le culte Congo et donne le nom d’Obeah à la fois au sorcier-magicien (Obeah-man) et à l’objet fétiche sensé porter les éléments magiques destinés à favoriser l’envoutement ou à constituer le talisman.

L’Obeah-man peut « voler votre ombre » ou vous la rendre. Il loue ses services à un client dans un but précis, jeter un sort, protéger ou de façon plus anodine favoriser la chance ou l’amour.
Le Myal-man bien qu’il tente de contrôler comme l’Obeah-man le monde des ombres, agit surtout en temps que leader d’un groupe cultuel. L’Obeah est un sorcier ou un magicien, le Myal est surtout un thérapeute, un guérisseur, il recouvre les ombres, danse près des « silk cotton trees » (Kapok) parce que c’est un lieu favori des Duppies (esprits)

La présence de ce culte est si importante qu’en 1760 est promulguée une loi stipulant

(Seront punis de déportation ou de mort tout noir qui prétendrait détenir des pouvoirs surnaturels, qui utiliserait du sang, des plumes, des dents de chien ou d’alligator, des bouteilles cassées, de la poussière de tombe, ou tout autre éléments relatif à la pratique de l’Obeah ou de la sorcellerie (Witchcraft).

Les termes utilisés dans ce texte de loi démontrent l’importance de l’influence Bakongo dans la magie Obeah. Nous trouvons les mêmes méthodes opératoires avec l’utilisation de matières organiques, animales, incluses dans un réceptacle et sensé produire la magie attendue.

L’opposition Obeah-man/Myal-man ne s’est pas limitée à un affrontement idéologique.Les Myalistes se considérèrent comme les tenant de la magie blanche en opposition à la magie diabolique des Obeah-men. Ces mêmes Myalistes allèrent jusqu’à accuser leurs adversaires d’avoir volé l’ombre de leur communauté. Il organisèrent des parades portant les foules hystériques à agresser les adeptes Obeah.

Des attentats obligèrent les autorités à intervenir, et à emprisonner les meneurs. En même temps les Myalistes s’étaient acoquinés avec les chrétiens millénaristes qui au 19em siècle, avaient détecté au dans le passage d’un comète les signes avant-coureurs de la fin du monde. L’échec de la prophétie lié à la répression policière finirent par avoir raison du Myalisme.

L’Obeah s’est maintenu et l’une des manifestations la plus visible et spectaculaire du rituel Obeah se rencontre de nos jours dans les Iles Vierges avec la danse sur échasses pratiquée par les Moko-Jumbies (voir la video des Moko-jumbies). Les jumbies sont en quelque sorte les Zombis, des individus ayant perdu l’esprit, ou des enfants décédés sans avoir été baptisés.

L’Obeah, le Myalisme, les Spirituals Baptists, la Pocomania et le kumina, les moko-jumbies déclinent les mixités afro-chrétiens dans des mélanges originaux. Au-delà des apparents déclins, sur ces poussières d’empires et ces cendres de cultes semble subsister la braise d’un immense renouveau. Cette fois enfin, après un long périple la religion pourrait bien comme un fils prodigue revenu d'un long voyage, retrouver sa vocation première,nous indiquer ce chemin perdu qui nous relie à nos grands absents, nos morts, nos ancêtres, notre grande et enfin immortelle famille.

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Le winti des Boshs et des Para-créoles

louis

Les sources culturelles et cultuelles africaines typiques des mouvements syncrétistes afro-américains se sont confrontées ici à un contexte social et historique original qu’il nous faut aborder. Nous avons quitté le Brésil et les Caraïbes pour nous diriger vers cette région située hors des sentiers battus, la Guyane. L’affaire commence en 1663 lorsque les juifs portugais installés au Surinam, avertis de l’arrivée du percepteur, isolent un temps leurs esclaves dans la forêt pour éviter de payer la capitation correspondante. Bien leur en pris car les esclaves s’égayèrent dans la forêt et ne revinrent jamais. En 1712, des marins français pénétrèrent en Guyane hollandaise, faisant fuir les grands propriétaires. Leurs esclaves en profitèrent pour piller leurs biens et s’enfuir à leur tour dans la forêt. Ces évadés de l’esclavage sont connus sous le terme de nègre « marron », mot tiré de l’espagnol « cimaron » qui est le nom donnée à un cochon domestique retourné à l’état sauvage. Pour survivre ces marrons vont s’organiser en bandes et vont devoir affronter les pouvoirs régionaux pour obtenir à la longue un statut d’indépendance concrétisé par la création de «républiques». Tout naturellement les tendances culturelles et cultuelles de ces républiques, même éventuellement influencées par la durée d’exposition des marrons à esclavage, vont être celles des ethnies originaires africaines dominantes.

Comme on peut s’en douter nous sommes face à un processus confus, qui va aboutir à des développements aussi divers que les constructions sociales des groupes formés.De ces sociétés marrons vont émerger les tribus Saramacca situées sur le cours de la rivière Surinam ; les Djuka aussi connues sous le nom d’Auca, du nom de l’endroit ou fut signé un traité de paix avec les hollandais; les Matawaai, les Paramacca, ou encore les Poligoudoux, des noirs ayant fuit l’armée hollandaise qui voulait leur faire combattre les marrons, et les Bonis réfugiés en Guyane française. Cet ensemble disparate de tribus marrons retournées à la forêt va être connu sous le nom de Bosch, ou encore Bushinengué, hommes de la forêt. Disparates en apparence ces tribus laissent facilement apparaître des similitudes de coutumes. Même façon de saluer, tabous sur les animaux en fonction du lignage, promenade du cadavre, similitude des noms des divinités, appellation des enfants en fonction du jour de naissance, soit autant de traits hérités directement de la civilisation africaine à savoir, Fanti-Ashanti (Ghana), Dahomey, et Bantou (Angola, Congo).

C’est dans ce contexte qu’apparaît le culte relativement commun aux boshs et dont le nom « winti » donné par les Saramacca, semble dominer sur d’autres noms tels que celui de Gattu donné par les Djukas, sans doute parce que les Saramacca sont les plus nombreux.
Les Boshs sont des monothéistes pour qui le monde est la création d’un Dieu suprême, incommensurable et impossible à atteindre, et qui n’entretient aucun rapport direct avec l’homme. C’est aux "winti" d’assurer le lien en même temps que de veiller à la création. Ce Dieu est Anana, ou Nana chez les Aucas, (syncrétisme Agni) Masus Gadu chez les Boni (syncrétisme Fon, Dahomey) Nyan Kompon chez les Saramacca (syncrétisme Fanti-Ashanti,Ghana), ou encore Tafradjini, Kadiaman, sebentuani, ou Sasijemponu.
Selon notre démarche habituelle nous avons cherché à établir la hiérarchie des divinités et esprits intermédiaires. Comme nous pouvions nous en douter la diversité des peuplades ouvertes à ces cultes a généré des divergences attendues. Toutefois ces divergences semblent plutôt relever d’interprétations erronées ou incomplètes de la part des observateurs. Bien que la rareté des sources d’information ne facilite pas la tâche nous avons pu collecter un nombre suffisant de données pour détecter celles qui semblaient par trop approximatives et de fait peu crédibles. En revanche en examinant les croyances et rituels des Para-créoles "Parans" nous avons obtenu des données structurées qui collent parfaitement a notre sujet et qui en éclaire les zones d’ombre.
Par certains côtés en comparant les croyance des boshs et des Parans, nous pouvons nous demander si au-delà de toutes les circonstances historiques diverses, le maintien des racines africaines comme ciment identitaire n’est pas resté le plus fort. En effet le Parans ne sont pas des nègres marron, mais des esclaves de la région de Para au Surinam qui ont acquis leur liberté lorsque l’esclavage fut aboli en 1863. Ils sont alors devenus propriétaires de leur maison et de leur plantation avec un droit d’utiliser le forêt pour leur consommation de bois. Ces Parans, malgré un sort différent, ont le même champ de croyance que les Boshs, (un dieu suprême, Anana, les winti, le kra et yorka …)

La hiérarchie des wintis répond à deux types de logiques. La première confère aux dieux africains originels, une suprématie sur les dieux locaux ou leurs serviteurs. Les Nengrekondrewinti sont les dieux des pays d’Afrique, qui accompagnaient les bossales au Surinam. Les Indjiwinti des dieux locaux mariés à des dieux africains, et les basrawinti, des bâtards nés de ces mariages. Les Nengrekondrewinti sont des dieux sévères réservés et exigeants soucieux de la pureté des rituels. Ils occupent le sommet de la hiérarchie. Ils sont experts en médecine et ne s’occupent que des affaires difficiles. Les Indjiwinti viennent ensuite. Ils sont sociables, aimables et sont friands de la compagnie des hommes. En tant que dieux locaux ils sont spécialisés dans la divination (luku) Les Basra-winti sont de plus basse extraction. Ce sont des serviteurs des dieux supérieurs, ils ont tendance à errer et son investis de soin d’établir la garde autour des villages, ainsi que de l’exécution des recettes de médecine (obia)
La deuxième logique se fonde sur le lieu de résidence des dieux. (ciel-terre-eau-forêt) Les tapuwinti sont les dieux du ciel et se manifestent parfois sous la forme d’oiseau comme le vautour. Ils sont associés aux dieux de l’orage de la guerre et des forges. Ces dieux du ciel sont considérés comme des Kromanti winti c'est-à-dire des dieux issus de la Côte d’Or (golfe de Guinée) et utilisent le même rituel et langage que celui des origines. Tous les Tapuwinti sont mâles et sont au sommet de la hiérarchie. Les gronwinti ou sjorowenu sont les dieux de la terre. Ils sont réputés marcher sur le serpent. Et parmi eux se trouvent les Aisa-winti, divinités de la terre qui dirigent toujours un Kondre (village et plantations) Toutes le aisa-winti sont femelles. Aisa-fu-kondre est la plus grande des divinités dans son village après Anana. Les Gronwiti sont majoritairement des femelles et leur males sont appelés appelés Tata-Loko résident dans le Kankantri, ou Kapokier . Nous retrouvons ici les « duppies » ou esprits qui dans le culte Myal et Obeah de la Jamaïque habitent le Kapokier ou Silk Cotton Tree
Les Watrawenu ou dieux des eaux résident dans la rivière Para ou ses affluents à l’exclusion de tout autre cours d’eau. Divinités dirigées par les déesses de la terre Les Busiwinti sont des dieux qui résident dans les forêts et sont chargés d’enseigner l’art de la chasse et la connaissance des plantes . Les dieux de la forêt sont de statut peu élevé. Ils sont délégués par les autres dieux pour servir de sentinelle, d’avertir par les rêves de soigner ou de punir. Leba est un dieu de la forêt de petit statut qui garde les carrefours, protège les chasseurs et balaye les chemins pour faire place aux winti. Apuku et Adumankama et Bakru sont des farceurs prenant l’apparence de nains. Ils sont experts en préparation de médecines qu’ils utilisent à diverses fins. Akoro est un dieu dangereux, lui aussi déguisé en gnome, et patron des termitières.

Chez les boshs, si cette classification semble coller elle reste toutefois modulée en fonction de l’origine ethnique comme nous le constatons fréquemment dans toutes les syncrétismes afro-américains, où même en ayant des origines communes un dieu peu avoir été oublié, promu, et même avoir changé de nom. Ainsi dans les origines Ashanti la terre mère sera Asase au lieu de Aisa, la divinité des eaux sera Tando du nom d’une rivière africaine et Opete le dieu des forêts réputé dangereux et aussi appelé kromanti du nom dérivé de la langue « cormantin » parlé au Ghana. (Ashanti).Pour les sources Dahomey, Masu gadu est le Dieu suprême, Loko devient un dieu installé dans l’arbre fromager qui est l’autre nom du kapokier, Afrikete legba est le gardien des carrefours, et Dagowe est le serpent. A leur tour les origines Bantous désignent Zambi comme Dieu suprême…

Le winti s’obtient par héritage familial et se transmet d’homme à homme ou de femme à femme. Il peut aussi être un choix, ou enfin une punition (kunu) infligée à la suite de la transgression d’un tabou ou d’un acte répréhensible. Dans les deux premiers cas nous avons affaire à un winti bienveillant, dans le troisième cas il s’agira d’un winti vengeur et malveillant dont seule l’action d’un lukuman pourra nous débarrasser.
Lors des transes les winti qui habitent l’adepte sont reconnaissables même par les non initiés. Les djebri sont reconnaissables à leur démarche, les Indji à leur façon de danser, les Fodu au mouvement de leur tête, Tapkromanti aux mouvements des bras.
L’homme est constitué d’éléments matériels et immatériels. L’âme et l’esprit constituent le Akra (Kra) qui est donné à la naissance et disparaît à la mort. Pour Certains il existerait deux Akra, l’un donné par le père, ou man-akra et l’autre par la mère ou unman-akra. On doit adorer son akra ou il se venge. A cet Akra s’ajoute le Ninseki ou âme d’un ancêtre réincarné. A la mort subsiste le Yorka. Celui des êtres bons est inoffensif, mais celui des méchants est dangereux. Le yorka vit dans un état non physique qui reste en contact avec les vivants. Le yorka peut habiter un être vivant lors d’une transe et permettre comme avec le winti un contact avec l’au-delà, cependant le yorka n’est pas en relation avec le dieu suprême comme le winti.

Chez les Parans le corps est donné par le père et mère en relation avec le lignage, mais le Kra, l’âme, vient du djodjo (couple dont au moins un acteur est un winti). Ce djodjo est le parent spirituel en relation avec les winti et Anana. Le djodjo récupère le Kra à la mort et peut le confier à un nouveau né. C’est le djodjo qui veille sur la maturation de l’enfant et l'averti au travers de ses rêves d'un danger à venir. La magie est entre les mains de l’Obiaman, et la prêtrise dans celles du Lukuman. La magie blanche est l’obia et la sorcellerie le wisi est pratiquée par le wisiman. Il existe une obia défensive qui protège de l’action des sorcier ( tapu) ou offensive (opo ou sabi) destinée à favoriser des amours des projets ou la fortune. Les wisiman peuvent mettre des morts à leur disposition comme dans le vaudou.(bakru). Les guérisseurs ne travaillent jamais entre le 13 et le 31 décembre. A cette période les winti ne sont pas disponibles car ils sont convoqués chez Anana pour lui rendre compte de leur travail de l’année. Si Anana est satisfait, le winti peut recevoir des pouvoirs complémentaires, en revanche si le winti n’a pas donné satisfaction il peut ne plus jamais être autorisé à revenir sur terre.

S’il fallait apporter encore une preuve du lien entre le culte winti et l’afrique de l’est, en particulier le Ghana, nous la trouverions dans la culture populaire et le mythe d’ Anansi l’araignée. Il s’agit de contes africains populaires qui décrivent un personnage malin et roublard qui à la suite de manigances obtient d’Anana l’exclusivité des contes. Anansi serait le créateur des étoiles du soleil et de la lune, et reste charger d’apprendre l’agriculture aux hommes.

Voir absolument le site fa-cande-so.net Les Obia et wasi chez les Joeka du Surinam.
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Spiritual Baptists, Shouters

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Il existe plusieurs thèses sur l’origine des Spiritual Baptists. La première suggère que ce culte serait un héritage du mouvement Shaker originaire de Grande Bretagne et apporté à Trinidad par des migrants venant de St. Vincent. La deuxième hypothèse propose une origine purement africaine centrée sur les grands fournisseurs de syncrétisme que furent les religions Yoruba, Dahomey et Bantoues. La troisième théorie repose sur des faits historiques avérés. En 1797 Trinidad, patrie des Spiritual Baptists, devint une colonie britannique. A cette occasion la couronne voulant remercier des anciens esclaves américains qui avaient soutenus la Grande Bretagne lors de la guerre d’indépendance américaine, leur offrit des terres dans le sud de Trinidad. Ces affranchis créèrent des «company villages» auxquels ils donnèrent le nom des régiments britanniques dans lesquels ils avaient servi, par exemple « La 5em Compagnie Moruga » . De ce lien anglais sont sortis le nom des quatre groupes baptistes existant sur l’ile ( The London Baptists, the Independent Baptists, The Spiritual Baptists, The Fundamental Baptists)

S’ajoute à ces propositions l’idée que le mouvement peut tout aussi bien avoir été amené par les Anglais eux même à l’’occasion d’un vague d’émigration directe faisant suite à la colonisation de l’ile. Quoiqu’il en soit ce mouvement bien qu’influencé par le protestantisme, les animismes africains, l’anglicanisme britannique est totalement indigène à Trinidad. Le mouvement s’appelait à l’origine Spiritual Baptists ou Shouter Baptists ou encore Shouters. Ce nom de « Shouter » « crieur, hurleur » aujourd’hui rejeté par les adeptes était un sobriquet à connotation nettement péjorative faisant allusion aux cris et claquements de mains et de pieds accompagnant les cérémonies.
Le 16 novembre 1917, le « Shouters Prohibition Ordinance » interdit le mouvement au prétexte de la nuisance provoquée par le comportement bruyant de ses adeptes. En réalité l’apport de rituel africains dans le culte remémore trop la honte d’un esclavage qu’il est préférable d’oublier, et menace finalement l’ordre public. Il faudra attendre le 30 mars 1951 pour que le mouvement soit à nouveau autorisé, et 1996 pour que le gouvernement accorde aux adeptes le bénéfice d’un jour annuel de congé, le 30 mars, « Baptist Libération Day ».

Les églises des « Spiritual Baptists and shouters » sont indépendantes de toute église étrangère (protestant, anglican) et bien qu’attachées à un des trois archidiocèse de l’ile, gardent une relative liberté dans leur fonctionnement interne. Leur organisation repose sur une structure complexe, en particulier avec sa hiérarchie en 22 postes. En premier vient le « Leader » suivi de la mère « Mother » la contrepartie du leader ; puis vient le « Teacher » titre attribué à toute personne ayant acquis une maturité spirituelle lui permettant d’enseigner la foi aux autres. Le « Shepherd » berger ou guide, le « Prover » chargé de tester la valeur des engagements spirituels. Le « Watchman » le gardien ou sruveillant, la « Nurse » charger de veiller à la satisfaction des besoins lors des cérémonies ; le « Captain » second du leader et à même de le remplacer ; le « Surveyor » chargé de collecter et surveiller les eaux destinées aux baptêmes ; le « Healer » guérisseur ou guérisseuse qui utilisera la prière ou les herbes médicinales ; le « Pointer » chargé d’aider le pèlerin en période de deuil, son poste est choisi par inspiration du Saint-Esprit. Pour finir vient le « Baptiser » en charge de baptiser les candidats et dont le poste est aussi d’inspiré par le Saint-Esprit.

Les Spiritual Baptists pensent que leur religion vient de Jean le baptiste et pratiquent le baptême par immersion. Le fondement de leur croyance repose sur la croyance en Dieu, en Jésus-Christ et sur un lien constant avec le Saint-Esprit qui est chargé de les guider, et de les inspirer dans le moindre de leurs actes. C’est par le baptême, acte central du culte que l’adepte nait au Saint-Esprit. Dans une autre étape de la vie, le deuil constitue une période souvent accompagnée de jeune dans laquelle l’individu reçoit des visions qui vont lui permettre de renforcer son âme. Le pèlerinage, commémoration des morts, et glossalie font partie de rituels qui s’expliquent d’eux-mêmes.
Certaines églises pratiquent des cultes aux divinités africaines, en particulier celle de l’Orisha Shango. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un syncrétisme mais d’avantage d’une cohabitation. Les Spiritual Baptists sont à la lisière de deux mondes. Celui de la rigidité porteuse d’un Dieu exigeant, intransigeant qui ne pardonne qu’à ceux qui l’honorent, et un Dieu distant, indifférent à l’éloge et au discours humains. C’est la limite entre le monde rationnel de l’intellect, et le celui magique du ressenti. Loin semble-t-il d’en faire la synthèse et le syncrétisme, les Spiritual Baptists semblent hésiter entre leurs racines africaines et leur histoire plus récente, sans doute parce qu’au fond, en dépit de tous ces amalgames, il ont trouvé sur cette ile une nouvelle et véritable identité.

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Les Abakua,les Nanigos société secrète à Cuba

Cette fois, nous allons nous diriger vers des sources que nous n’avons encore jamais rencontrées, celle des peuples Calabari plus exactement les Efik une branche des Ibo située dans la région du delta du Niger au Nigéria à la frontière du Cameroun. Par cet habituelle erreur de transcription à la créativité inépuisable, arrivé à Cuba, ce peule d’esclave à vu son nom de Calabari transformé en Carabali. Parmi les esclaves déportés vers Cuba au XVIIIème siècle se trouvaient des chefs locaux détenteurs de savoirs traditionnels et surtout connaissant certainement l’anglais ou l’espagnol. C’est en 1836 que se constitue la première société Abakua du non espagnolisé de la tribu Abakpa mais plus connue a Cuba sous le nom de « Nanigos ».

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Dès le départ les associations ont pour objectif d’apporter aide et assistance à ses adeptes, et bien entendu, sous le sceau exclusif du secret et seulement pour les hommes, de transmettre la tradition. Dès 1863 Andrès Facundo de los Dolores Petit, déjà connu pour son interprétation du Palo kimbasa, intervient auprès d’une association de La Havane pour que des blancs soient acceptés dans les sociétés Abakua. De ce fait le Nanigo sera le premier culte de l’ile à accepter des individus de toutes races.
La soumission au secret n’est valable que pour l’accès aux cérémonies privées accessibles aux seuls initiés. En revanche d’autres cérémonies publiques ayant commencé dans l’espace sacré, continuent à l’extérieur et sont ouvertes à tous. Au cours de véritables mascarades sur un fond rythmé par les tambours et les sonnailles, les « Iremes » des danseurs revêtus de cagoules en pointe, sorte de linceul sans ouverture pour la bouche, et avec deux yeux brodés, dansent un bouquet de plantes à la main gauche et un bâton ou parfois un balai dans la main droite. Certains arrêts ou stations sont faits en début de cérémonie d’abord devant l’iroko ou arbre sacré, et en suite devant le palmier royal, ce qui n’est pas sans rappeler l’arbre situé au centre du monde chez les Yoruba.

Dans toutes les cérémonies les Ekeniyo, des symboles graphiques aux significations ésotériques sont utilisés selon une répartition en trois catégories. Les Gandos, les Anaforuanas ou Signatures, et les Seals. Les Gandos dessinés sur le sol sont recouverts de différents objets de cérémonie. Les dignitaires de haut-rang se tiennent également au dessus de ces graphismes. Les signatures représentent les hiérarchies constituant la structure Abakua et sont supposées oindre les objets rituels sur lesquels elles sont dessinées. Les Seals représentent et identifient chaque association, soit une centaine rien que pour Cuba.

Bien que les Abakuas ne rendent pas de culte à leurs dieux ils ont des divinités protectrices. Abasi est le Dieu suprême, suivi de Llarina Allerican assimilé à Shango, Llarina Oro Conde liée à Yemaya, Llarina Ibanda lié à Ochun, Itia Arara lié à Babalu Aye ainsi de suite…Pour être accepté à l’initiation tout individu doit être de mœurs irréprochable et bien sûr être un homme. Cet ostracisme envers la femme peut à défaut de se comprendre, au moins s’expliquer par le mythe central de la croyance, le mythe de Sikan.

Nasako puissant sorcier souhaitait obtenir d’Abasi le pouvoir suprême lui permettant de faire régner la paix entre les Efo et les Efik, deux peuplades situées de part et d’autre de la rivière, et en perpétuel conflit. Sikan, la fille du roi de la nation Efo, Iyamba , va chercher de l’eau à la rivière et entend à son retour le voix du poisson surnaturel et tabou, qui possède un double, le léopard invisible, incarnation d’ Abasi. Averti du prodige Nasako fait jurer à Sikan et à son père de garder le secret. Sikan ne peut tenir sa langue et révèle l’affaire à son fiancé, fils du roi de la nation Efik. Conclusion Sikan est mise à mort avec comme principaux accusateurs son père et son fiancé.
Dans une version Nasako trouve que la voix du poisson perd de sa vigueur, et c’est pour la réanimer qu’il fabrique le tambour sacré, l’ Ekue qui sera nourri du sang et des ossements de Sikan. Plutôt que de se faire la guerre pour récupérer le pouvoir magique du messager divin, les deux tribus font la paix. Cependant il ne devra jamais être utilisé de bois provenant d’un arbre de genre féminin pour construire le tambour.
Dans une autre version lorsque Sikan est mise à mort, le poisson sacré meurt aussi. Nasako cherche durant de nombreux jours la recette de la potion au sept herbes «le chivo» qui permettra de ressusciter le poisson sacré, et la trouve. Devant ce miracle les deux nations qui avaient déjà fait la paix sur le dos de Sikan décidèrent de s’unir et constituèrent avec les Oru et les Efori, deux autres voisins conviés à la fête, la nation Abakua.

C’est la recette de la fabrication du chivo, la médecine capable de ressusciter les morts, qui serait à la base du culte secret dont toute divulgation, à l’image de Sikan, entraine une sanction de mort. Au crédit de cette légende apparaît l’histoire du musicien Luciano Gonzalez Pozo dit « Chano » qui rejoignit en 1947 la formation de Dizzy Gillespie dans laquelle il aurait utilisé le tambour en public. En 1948 on le retrouve assassiné et son meurtre non élucidé laisse peser les soupçons sur la fraternité Abakua. Toutefois Jordi Pujol dans son livre « Chano pozo El Tambor de Cuba » témoigne d’enchaînements crapuleux d’évènements se suffisants à eux-mêmes pour expliquer l’issue de l’affaire. Néanmoins dans un registre moins dramatique on peut remarquer que lors d’un spectacle donné au quai Branly, certains tambours restaient cachés du public.

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Maria lionza, des drôles de saints

lionza

Les syncrétismes résultent de compromis passés entre différentes cultures qui n’ont pas réussi à s’annihiler et qui doivent faute de mieux partager, même à part inégale, un même territoire. Ils sont de ce fait l’aboutissement d’un processus d’assimilation et en quelque sorte de maturation. Le culte de Maria Lionza bien que faisant partie des syncrétismes religieux reste sous de nombreux aspects un exemple à part dans ce grand brassage provoqué par la colonisation. Sans aucun irrespect, et nous bornant à être des observateurs impartiaux, le culte de Maria Lionza ne semble pas résulter de ce lent cheminement organisé autour d’une réalité sociale, mais bien plus d’une irruption soudaine, opportuniste, et à un moment donné, politiquement correcte. Le résultat s’en ressent et ne paraît pas mature mais bien au contraire une sorte de bricolage de traditions mythes et cultures réunies dans une sorte de package rafistolé.
A vouloir se raccrocher à presque tous les héritages, qu’ils soient africains, amérindiens, européens et même indous, le culte y perd en consistance. De plus il est possible que le fait d’avoir donné à cette religion le nom de sa créatrice concoure à cette impression d’immaturité face à des syncrétismes qui font souvent disparaître leurs fondateurs derrières les divinités ancestrales. L’histoire elle-même de Maria Lionza semble chimérique, presque hollywoodienne.

Il en existe de très nombreuses versions, ce qui en soi n’est pas exceptionnel dans des domaines où les légendes construisent parfois les croyances. Elle serait née en 1502 à Serrania de Sorte dans l’état de dans l’état de Yaracuy, au Venezuela. C’est une princesse, fille du roi indigène, elle est extrêmement belle et possède de magnifiques yeux verts. Ailleurs elle serait espagnole, ce qui reste douteux car Colomb découvrit le pays en 1498 et la colonisation ne débute que vers 1520. Pour certains les yeux verts sont annonciateurs grandes catastrophes, d’inondations sans doute, à moins qu’il ne soit justement question de la colonisation espagnole qui s’annonce ? Pour d’autres les yeux verts ont un caractère bénéfique. Ici elle aurait été avalée par un grand anaconda, ou sauvée par son père de l’anaconda. Là, le serpent puni par dieu explose et rend sa liberté à Maria Lionza. Parfois elle est gardée par 22 sentinelles, elle devient un serpent monstrueux, ou une diplomate, ou encore mi-humaine mi-sanglier. Elle est faite reine du ciel, devient propriétaire terrienne, ou encore reine indienne. Elle disparaît en nageant, ou retourne au ciel. En dépit de la multitude de versions, Maria Lionza apparaît comme le symbole des forces de la nature présentes dans les cours d’eau, grottes et forêts tels que nous le constatons dans les cultes animistes

L’esprit de Maria Lionza est resté attaché aux montagnes de Sorte au Vénézuela, où des milliers d’adorateurs viennent rechercher ses miracles. Bien qu’elle soit d’un rang inférieur à celui du Christ, elle est à la tête d’une trinité composée d’elle-même, de Guaicaipuro un chef indien assassiné par les espagnols, et Negro Felipe ( Le Philippe Noir) un esclave noir assassiné par les colons.
Ces trois figures sont à la tête d’un panthéon qui a évolué au cours du XXème siècle. Au départ nous avons un panthéon habité de personnages féériques, la reine Guillerma, la Nina Maria etc… de gnomes et de nains habitant le monde aquatique de Maria Lionza. Dans cet entourage les esprits les plus populaires sont les « Don Juanes » (Don Juan del Viento, Don Juan de los Barancos, Don Juan del Agua, de los caminos, autant de personnages qui sont soit attachés aux lieux habituellement habités par les esprits, soit liés à des domaines précis tel que par exemple Don Juan del Tabaco, ou de Don Juan de las lagrimas (larmes). Vers 1940 ce panthéon « ouvert » va se renforcer par la venue de « lignes » d’esprits ou « cours » un peu dans le genre des familles vaudou sauf qu’ici nous serons en présence de personnages liés à l’idéologie politique, la mémoire collective, et même a des activités du quotidien. De fait si nous rapprochons les dates il est probable qu’à cette époque le culte ait été influencé par le spiritisme de Kardec, la venue des « lignes » que nous retrouvons dans l’Umbanda elle même fortement sous influence spirite semble en témoigner.

La première cour ou « cour indienne », celle de Maria Lionza elle-même, est composée par des chefs indiens réels ou imaginaires. La deuxième cour « ou cour médicale » est dirigée par le docteur José Gregorio Hernandez, un physicien ayant étudié et vécu en Europe, humaniste accompli, une sorte d’abbé Pierre, mort brutalement alors qu’il visitait des déshérités. (Sa canonisation discutée lors de Vatican I est en cours). Vient ensuite la cour des « Don Juanes » des personnages appartenant au folklore vénézuélien, puis la cour des « professeurs » dirigée par Andrés Bello un écrivain vénézuélien du XIXème siècle et d’autres auteurs. Puis la cour des « Noirs et Africains » dirigée par des noirs populaires au Venezuela tel que La Negra Matea (esclave chez les Bolivar, et nurse de Simon Bolivar ) et El Negro Primero (En principe le premier noir) . En dernier vient la cour « catholique » ou céleste composée par les saint catholiques. Certaines sources mentionnent la « cour politique » ou libératrice dont Simon Bolivar en personne ferait partie. Vers 1970 s’ajoutent à cette liste, la « cour africaine » composée des Orishas et des esprits de la Macumba, Mabaru, et Congo africa, la « cour Viking » constituée de Mister Vikongo, Mister Erick, Mister Robinson. Les Vikings sont des entités rebelles qui s’expriment toujours avec violence ce qui implique que le médium doive possèder une bonne résistance physique. La « cour Malendra » ( Ismael, Freddy et luis Sanchez) des criminels qui braquaient les banques pour distribuer leur butin dans les quartiers pauvres. Les Malendros sont tous morts dans des affrontements avec la police. Les Malandros n’agissent pas comme guérisseurs, mais «fabriquent» des protections contre les délinquants et même contre la police.

Cette énoncée de croyance devrait relever de l’amphigouri si nous en ignorons le contexte. Comme nous l’avons dit peut-être même par ignorance, il semble que le culte ait ratissé large. Nous y trouvons les influences des mythes et légendes amazoniens axés sur les êtres étranges et le enchantés de la forêt (mata), les influences africaines au travers de la cour africaine mais aussi de la sanctification- à défaut de divinisation- des ancêtres, et enfin la formation de lignage par la construction de familles de fonction ou de compétences. Les africains avaient divinisés quelques uns de leur ancêtres, Maria lionza grâce au spiritisme, va côtoyer et s’approprier des personnages historiques récents, mais aussi des personnages à la moralité douteuse, comme autant de conseillers spécialistes de leur domaines.
Il semble bien qu’il y en ait pour tout le monde, et l’on peut se demander si Maria Lionza n’est pas une sorte de meeting-point destiné à rassembler sous une même bannière un ensemble d’électrons qui ne demandenderaient autrement qu'à s'émanciper de toute tutelle. De la à y voir une manipulation dont l’objectif aurait été de créer une sorte de cohésion nationale autour d’un mythe fédérateur il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas pour autant. En effet le culte de Maria Lionza à été accueilli de façon contradictoire dans la société vénézuélienne, jusqu’à être interdit par un régime dictatorial qui aurait pu tout aussi bien en faire son allié si l’église catholique, mais aussi la corporation médicale n’étaient pas restés en embuscade pour réduire la concurrence des paganismes, guérisseurs et sorciers. De plus, le symbole national était pris entretemps par la vierge de Coromoto,une candidate plus conforme.

Le grand gagnant de la confrontation semble être en définitive le spiritisme qui en se coltinant avec les archaïsmes amérindiens et les héritages africains acquiert une dimension religieuse. Mais dans un marché de donnant donnant, ces mêmes archaïsmes par leur fréquentation d’un spiritisme civilisé évitent la relégation folklorique pour entrer dans la respectabilité culturelle. Le centrage du culte sur la relation avec les disparu nécessite de faire appel à un intermédiaire, le médium. Celui-ci est à la fois la force et la faiblesse du culte. En effet chaque centre fonctionnant de façon indépendante et n’étant soumis à aucune autorité de tutelle permettant de juger de l’authenticité des facultés médiumniques, quiconque peut s’instituer médium et en simuler les qualités.
En dehors de ce charlatanisme toujours possible, la formation des médiums procède d’un parcours balisé et accompagné. Chaque postulant doit accomplir des « velaciones ». Allongé sur le sol, yeux fermés, entouré de bougies et de symboles dessinés avec du talc, arrosé d’alcool et enfumé au cigare, le candidat est accompagné dans son voyage du médium lui-même aidé du « banco ». Les velaciones devront être reproduites à maintes reprises pour que des esprits commencent à habiter l’adepte. La possession va se faire par étapes. La possession « d’un quart d’unité » va voir la pénétration de l'esprit appelé atteindre les genoux, celle d’un tiers, l’estomac, et celle de trois/quart le cou. La possession complète correspondra à l’ « apertura del cajon » l’ouverture de la caisse, et sanctionnera la qualité de médium. Lors des possessions les esprits peuvent amener le médium à se blesser, ou à surconsommer drogue et alcool, et c’est le rôle du « banco » que de veiller à la sécurité. L’implication des esprits visiteurs est telle qu’il est fréquent qu’au cours d’une transe ils transmettent par la voix de leur intermédiaire des avis et critiques sur le fonctionnement du centre, ou la discipline, en un mot qu’ils rajoutent leur grain de sel.
Supercherie, falsification ou réalité, c’est en partie pour s’attaquer à ce questionnement que s’est constituée une association pour la sauvegarde et le respect du culte de Maria Lionza. Consciente de la résistance que peut rencontrer toute tentative de normalisation cette association évite l’attaque frontale et tente de s’insinuer en attaquant à la périphérie du système. Elle œuvre en particulier en collaboration avec les autorités du parc national de la Sorte (INPARQUES) pour le respect des lieux de culte axant son action sur le problème écologique provoqué par la détérioration du site par les pèlerins. Mais il s’agit là d’une approche stratégique destinée à s’imposer peu à peu comme l’intermédiaire incontournable et parvenir à la création d’une véritable orthodoxie

Quoiqu’il en soit toute orthodoxie ne vaut que pour elle-même. Entre le légitime besoin de débarrasser les cultes de ses charlatans et la tentation d’établir une domination politique, entre un spiritisme chamanique proche des sources indiennes peu disertes et un spiritisme civilisé et éloquent adapté à une démocratie qui se veut moderne existent des mondes de possibles et de différences qui sont réunis sous la vénération réelle ou feinte de Maria Lionza. En tous cas Maria est l’exemple parfait de la résistance des peuples à abandonner leur dieux de proximité. Les grands monothéismes ont fait de grand Dieux si lointains, si parfaits qu’ils en ont perdus toute humanité. L’église qui ne pouvait se déjuger à glissé le culte des saints en lot de compensation, Maria Lionza, elle, à fait du notable comme du quidam les courtisans d’un panthéon où le héro et le voyou, l'indien le noir et le blanc dinent à la même table.

(Le grand pèlerinage à la montagne de la Sorte à lieu le 12 octobre, « jour de la race », et de la découverte du Venezuela par Christophe Colomb. Les adeptes de Maria Lionza se réunissent ce jour là pour célébrer « el baile en candela » la "danse du feu", où les médiums de différents centres doivent marcher sur des braises. Les autres dates notables sont, Pâques, le 5 juillet date de l’indépendance du Venezuela, le 24 juin date anniversaire de la naissance de Simon Bolivar. )

Liens

Une approche sociologique et histroique du culte
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Tambor da Mina, mina-jéjé

maranhao

Représentant typique des syncrétismes afro-américains, le Tambor da Mina rappelle à notre attention que le christianisme et les animismes africains se sont livrés des batailles sur des terres déjà habitées par leurs propres divinités.Dans le Tambor da Mina les croyances africaines, européennes, et amérindiennes semblent parvenir à créer une identité brésilienne où la concurrence des cultes fait place à leur complicité. Le Tambor da Mina est le nom donné dans l’état de Maranhão aux religions afro-brésiliennes quelles qu’en soient les origines ethniques. Il fonde ses croyances et rituels sur le culte de la Casa da Mina, le premier « terreiro » apparu à Sao Luis capitale de l’état, et probablement fondé par Na Agotine épouse d’Aglondo et mère du roi du Dahomey, Guezo vendue comme esclave à la suite de conflits reposant sur la succession. Le nom provient d’abord de Tambor qui est l’instrument central du cérémonial, et de Mina qui est le nom de la côte africaine située à l’Est du Fort mina dans l’actuel Ghana dont étaient sensés provenir les esclaves. En fait ce nom était attribué aux populations ghanéennes, togolaises, béninoises (Dahomey) et en partie nigérianes par assimilation au port d’embarquement d’Elmina dont elles provenaient.

A l’instar de la Casa da Mina et du terreiro ouvert ultérieurement la Casa Nagô, le Tambor da mina pratiquait un rituel mina-jéjé d’inspiration Fon-Ewe (Dahomey) et un rituel mina-nagô d’inspiration Yoruba (Nigéria) et ceci bien qu’il n’existe aucun liens entre les cultes Tambor et Casa. La pratique fondée sur la tradition Fon-Ewe est la plus ancienne et la plus traditionnelle. Elle reprend la mythologie Dahomey avec une vénération des voduns limités à trois familles. La première famille est celle des esprits hôtes de la Casa da Mina principalement Zomanodou, qui comme les autres membres fait partie de la famille royale du Dahomey. Vient ensuite la famille Kievoso, le représentant des phénomènes célestes tels que la foudre sous toute ses formes ( Bade, Avrekete, Loko, Lisa) mais aussi quelques entités attachées à la mer (Abe). En troisième position arrive la famille de Dan ou Dambira, les dieux de la terre porteurs des maladies, la variole. Les rituels et croyances du culte Nagô sont plus complexes et plus étendus. Bien entendu ils vénèrent en premier les Orishas (Ogum, Xango, Badè, Iemanja) mais aussi quelques voduns comme Doçu, Avrekete, Ewa, Légo). Pour ces deux catégories de divinités les chants sont prononcés en langage Nagô (Yoruba). Déjà en syncrétisme avec le christianisme, le mina-nagô étend ses vénérations (cette fois en portugais) aux entités d’origine européennes et amérindiennes. Au Maranhão le terme cabocle ne se restreint pas aux seuls individus ou entités d’origine indienne, mais inclut les « gentils » ou européens, les esprits du royaume de Turquie, et les esprits indiens.

En fait il semble que le culte mina-nagô ait en partie repris des pratiques ancestrales propres aux amérindiens et dont nous trouvons des traces intermittentes sous diverses formes tout au long de l’histoire. Il nous est difficile d’établir des liens précis entre ces diverses expressions cultuelles, mais nous pouvons déduire sans grand risque qu’elles sont la manifestation plus ou moins originale d’une pratique originelle au milieu, le chamanisme. Dès les premiers temps de la colonisation on signale l’existence d’une religion de type chamanique, la « pagélance », en référence au « pagé », l’homme médecine ou sorcier qui par l’utilisation du tabac ou d’autres narcotiques tel que le jurema, aboutira à une transe dans laquelle il recevra des esprits invoqués les recettes et conseils destinés à soigner, apporter la pluie, ou retirer les mauvais sorts.
Plus tard un indien élevé par les jésuites (Antonio) va s’évader et créer sa propre religion, un mélange de christianisme et de pagélance. Dans ce nouveau culte, la « santidade », un idole de pierre installée sur un autel à l’image des églises chrétiennes, sera vénéré. De petites croix et un rosaire seront portés par les adeptes. Antonio va s’intituler Pape (Tapanasu) de son église qu’il dirigera en collaboration avec une Mère de Dieu. Notre créateur prétendra s’être sauvé d’un déluge en se réfugiant sur un palmier. L’initiation sera un plagiat du baptême chrétien mais en revanche les traditions indiennes seront maintenues par l’utilisation du tabac et des psychotropes. Le mouvement d’Antonio se transforme peu à peu en messianisme revanchard destiné à établir un nouveau royaume dans lequel les blancs non convertis à la santidade seront les serviteurs. Finissant par attirer trop d’adeptes et mettant en péril la disponibilité de main d’œuvre, la santidade fit l’objet de répressions et disparut.

Dans la même veine apparaît le Catimbo un culte syncrétique rendu aux Cabocles les esprits guérisseurs d’origine indienne et le Mestres, esprits d’origine luso-brésilienne ou quelques fois gitanes ou africaines. Dans le catimbo le médium invoque les esprits pour répondre aux demandes de ses adeptes ou clients. La transe ou possession est obtenue par l’utilisation du tabac et des racines psychotropes comme le jurema. Plus récemment apparaît une autre religion le Tereco, probablement d’origine bantoue qui incorpore la magie thérapeutique dans ses pratiques. Comme le signale un des noms sous lequel elle est connue, « mata » signifiant forêt, le tereco reprend les croyances et pratiques de la pagélance autrement dit du chamanisme. Pagélance, catimbo, tereco, semblent être avant tout des définitions d’une même chose dans des circonstances différentes. Nous avons pour l’instant renoncé à tisser les liens historiques entre ces diverses croyances, les éléments dont nous disposons étant contradictoires. Ce « mata » ou esprit de la forêt va être repris dans ce qui nous occupe ici, dans le mina-nagô du Tambor de mina et dans de nouveaux terreiro appelés « terreiro de curador » où l’accent sera mis sur le caractère thérapeutique du culte.
Dans le tambor de mina-nago en plus des Orishas et des voduns vont donc être appelés des entités propres à la culture mata et aux diverses influences subies. Ainsi les esprits attachés à des nations tel que les esprits turcs, les cambinda (Angola) ou les entités de la famille de Surrupira ou Curupira protecteur de la forêt qui effrayent les chasseurs. Il peut paraître étonnant que des cultes comme la pagélance ou même la santidade se soient perpétués au travers d’une adhésion à d’autre cultes comme le tambor de mina et n’aient pas maintenu une existence propre. L’explication réside en grande partie sur le fait que pagélance, santidade et même catimbo ont été avant tout des pratiques thérapeutiques qui axaient leur activité sur la protections contre les envoutements et plus généralement la guérison, alors que la casa de mina et la tambor de mina héritant en grande partie des apports africains jouaient d’avantage dans le camp des religions. De ce fait pagélance et compagnie sont tombés sous le coup des lois répressives éditées au XIXème siècle contre la sorcellerie et toutes pratiques de guérison et désenvoutement alors que le tambor de Mina ou la casa da mina, considérés comme des religions en raison de leur racines africaines échappaient à la répression. Rien d’étonnant alors que ces pratiques aient pu s’insérer dans des traditions accueillantes pour mieux s’y dissimuler. Le Tambor de mina est un culte fréquenté à 90% par des femmes. Actuellement bien que le mina-jéjé soit le plus proche des racines africaines, c’est le culte nagô qui prédomine.

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Le Santo-Daime, Uniao do vegetal (UVD), Barquinha

acre

Situé aux confins de l’Amazonie à la frontière du Pérou et de la Bolivie, l'histoire de l' Acre ce minuscule état du Brésil se confond avec celle du caoutchouc. Même si dès 1839 Charles Goodyear trouve le procédé capable de durcir le latex (vulcanisation) il faudra attendre 1888 et l’invention du pneumatique par Dunlop pour faire de la résine un produit de première nécessité et lancer le boom de la production amazonienne. Le latex est principalement fournit par l’hévéa dont la particularité est de pousser à l’état naturel dans la forêt humide sans qu’il soit donc nécessaire d’organiser des plantations. De ce fait les zones de productions résultent d’appropriations d’espaces par quelques individus qui généralement ont la maitrise d’un transport qui ne peut s’effectuer que par voie fluviale. Ces quelques Barons confient à des propriétaires le soin de gérer la production. Ces propriétaires ou patroes d’un espace forestier appelé seringais vont diviser leur espace en seringal c'est-à-dire en surface dans laquelle un homme pourra à lui seul mener à bien dans une journée la saignée des arbres recensés. Ces hommes ou seringueiros ne sont pas des employés au sens strict mais fonctionnent sous une sorte de franchise. Le Patrao fournit l’espace, les outils et tout le nécessaire au seringueiros contre l’exclusivité de sa production et bien entendu contre son endettement. Le principe pour le patrao est de fixer les prix de telle manière que le franchisé ne puisse jamais rembourser sa dette. De franchise ce système se transforme en semi-esclavage, la fuite pour éviter de rembourser ses dettes étant punie de mort. Non content d’épuiser économiquement les seringueiros, les patraoes obligent ces derniers à passer par leurs circuits économiques pour tout achat quel qu’il soit. D’ailleurs il n’existe aucune monnaie, les échanges se faisant en contre-valeur latex.

En 1876 un anglais vole (pléonasme) les graines d’hévéa qu’il ramène en Angleterre. Après divers essais c’est en Malaisie que le milieu sera le plus propice à leur culture. Production au départ anecdotique, elle dépasse celle du Brésil en 1913 et pour un coût dix fois inférieur. Il s’en suit l’habituel cataclysme économique qui laisse sur place une population mal adaptée à un milieu qui n’est pas le sien et qui tout comptes faits ne peux même plus se réfugier sous la protection des patraoes.
En 1912 Raimundo Irineu Serra arrive en Acre et s’installe comme seringueiro à Xapuri. Colosse de près de deux mètres il réussira à éponger sa dette et à se libérer de son patrao. Même si ses qualités personnelles sont indéniables il est probable que la modification des circonstances a participé à ce prodige. Désormais libéré, Raimundo est embauché par le gouvernement brésilien pour participer à la « comisao de limites » chargée de préciser les frontières du Brésil avec le Pérou et la Bolivie. C’est dans cette fonction qu’étant amené à fréquenter les indiens Huni Kuin, il utilisera l’ Ayawaska ou Ayahuasca, un psychotrope fait d’un mélange de liane (baniste-riopis caapi) et de feuille (psichotria viridis).
Cette consommation apportera à Raimundo des visions qui lui indiqueront la voie à suivre. Aidé de deux amis, les frères Costa, il va ouvrir un centre de cure, et fonde le « Circulo Regeneraçao e Fé » (cercle de régénération et de la foi) . Dans ses visions il se dit contacté par « Notre-Dame de la Conception Reine de la Forêt » qui lui donne le nom et la signification de la boisson sacrée, le Santo Daime.

Le terme Daimi fait parti du langage des indiens Huni Kuin et désigne les visions que reçoit le chamane lors de ses transes ou de ses rêves. Selon Raimundo si les indiens savent utiliser l’ayawaska, ils ne connaissent pas la signification profonde du mot ni des symboles qu’il protège. Un tantinet chauvin, notre nouveau prophète annonce que seule la langue sacrée, le latin, peut donner la signification du terme. Daime qu’il faut prononcer Daï-mé comme l’italien "donnes-moi", vient bien du verbe dar, donner, et veut dire don de Dieu, donne moi l’amour, la lumière. Le Santo Daime va se trouver confronté au milieu socio-économique et s’organiser en véritable société d’entraide substituant l’aide intéressée des patraoes, à celle plus solidaire et humaniste du culte. Réorganisant le cadre social autour du seringal, ce seront désormais non plus des patrons chargés d’exploiter la misère qui dirigeront, mais de « padrinho » des parrains membres de l’église occupés à promouvoir l’entraide.

Le Santo Daime mélange les pratiques indiennes, africaines et catholiques. Les psychotropes indiens ont le rôle central dans la communion et la langue portugaise se trouve divinisée par son origine latine. Le Santo-Daime comme de nombreuses religions à subit les mutations dues à la disparition de son créateur. Bataille de succession, lutte de pouvoir, scissions, rien de bien original. Répandue dans le monde, cette croyance fait pour marquer la cohésion d’une société dans son état de naissance va au contraire trouver à l’extérieur des adeptes en mal de rupture avec leur milieu.

Le rituel est articulé autour de chants appelés « hinos » (hymnes) chargés de canaliser les énergies. Les cérémonies sont principalement les « concentracao » qui se tiennent le 15 et le 30 du mois et qui sont des cessions de méditation sur un hino. Ces cessions entrecoupées de périodes de silence durent entre 4 et 6 heures. L’autre évènement sur lequel repose le rituel est le « Bailados » une séance de chants et de danse à caractère lancinant et répétitif qui ont lieu à l’occasion de fêtes catholiques comme la Saint Joseph ou la Saint Jean, ou encore le nouvel an et Noël. Les rituels se tiennent dans un bâtiment rectangulaire ou hexagonal appelé « Igreja » (église en portugais). Au milieu de l’église se tient une table (mesa) sur laquelle est installé un autel. La table peut être rectangulaire ou en forme d’étoile à 6 branches.

Deux mouvements sont issus du Santo Daime.
Le premier est l’ « Uniao do vegetal » (UDV) L’Ayahuasca y est appelé « Hoasca » ou « Vegetal » par ses membres. Les réunions appelées « sessoes » (cessions) se tiennent le premier et troisième samedi du mois. Les cessions sont dirigées par le « Mestre » et consistent en des séries de questions adressées par les adeptes au Maître. Là encore des histoires servent de base à l’éducation et la méditation. L’une d’elle mentionne le roi Salomon qui aurait été le premier humain à brasser de la Hoasca.
Le deuxième mouvement est connu sous le nom de Barquinha (petit bateau). Il s’agit d’un là encore d’incorporer des images chrétiennes mais en les liant aux pratiques spirites. Le premier centre (Centro Espirita e casa de Oracao Jesus Fonte Luz), fut fondé en 1945 par Daniel Pereira de Mattos (dit Frei Daniel) . La Barquinha est fondée sur la dévotion et la charité aussi bien envers les vivants qu’envers les âmes des personnes décédées et le médium est l’artisan de cette intension. La Barquinha se réfère à Saint François d’Assise alors que le Santo Daime se réfère à Saint Jean Baptiste , justicier et correcteur des comportements des frères et sœurs. Dans la Barquinha les différents niveaux d’élévation spirituelle sont appelés « Mistérios ». Il existe le mystère de la terre, du ciel, et des eaux. Les médiums sont possédés par divers type d’esprits. Les Pretos-Velhos (vieux noirs) et le Cabocles (vieux indigènes) ,déjà connus dans d’autres religions puis les « encantados » (enchantés) qui ici sont considérés comme des êtres humains qui s’élèvent dans le domaine des esprits avec le corps physique sans mourir pour autant.
La compréhension du terme « enchanté » est assez complexe du fait que la signification change selon la religion et reste dans l’ensemble relativement confuse. Pour les uns les enchantés sont des âmes qui se réincarnent dans les animaux ou les plantes, ou des esprits chargés de veiller au développement des animaux et des plantes. Les enchantés sont aussi des êtres fantastiques assimilés aux sirènes, lutins, elfes. Quoiqu’il en soit et sans s’arrêter sur une définition précise les enchantés sont la marque de la présence des racines du catimbo lui-même influencé par la pagélance autrement dit le chamanisme indien. En effet dans ce Catimbo il existe une véritable cosmogonie du monde des enchantés divisé en village, état, royaume. La diffusion de ces trois religions dans le monde se heurte dans certains cas à la prohibition subie par l’Ayahuasca considéré comme une substance illicite.

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En savoir plus sur la Santo-Daime
Autres sources d'informations sur le Santo-Daime
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Pagélance, Santidade, Catimbo

bahia

La Santidade est un rendez-vous manqué de l’histoire, un rêve avorté. Evènement trop précoce pour parvenir à maturation, il ne sera même pas initiateur d'entreprises libertaires. La Santidade est une inadvertance, dont les traces seront sans doute effacées non par une démarche volontaire mais par la seule réalité des éloignements et des circonstances. Tellement convaincus du bon droit supérieur de leur race et de leur Dieu, les colons n’auront vu dans cette rébellion qu’une perturbation majeure dans la gestion de leur main d’œuvre sans ressentir réellement le souffle d’un boulet qui aurait pu à jamais les exterminer. Au regard des quelques mouvements émancipateurs qui apparaitront plus tard, la Santidade est le seul qui repose sur un prétexte religieux, et s’il ne fera guère d’émules, il restera un peu comme l’ancêtre des tous les cultes syncrétiques à venir, même, et pour cause, si à ce stade l’Afrique n’est pas concernée.

Remettons l’aventure Santidade dans son contexte historique.

Lorsque les évènements se déclenchent nous sommes en 1585. Pedro Alvares Cabral à découvert la « terre de la vraie croix » en 1500, autrement dit hier. Ce ne sera qu’en 1549 que le roi du Portugal Joao III enverra à Salvador de Bahia un gouverneur Royal, faisant de cette ville la capitale du pays. Il autorisera par la même occasion la compagnie de Jésus à évangéliser les indiens. En même temps vont se développer les plantations sucrières qui entraineront l’utilisation d’une main d’œuvre indienne de plus en plus importante. En 1580, 8000 indiens baptisés travaillent comme esclaves pour une population de 25.000 habitants. A la même époque ce ne sont « que » 3000 esclaves noirs qui sont comptabilisés. A ces chiffres doivent s’ajouter les indiens prétendument libres travaillant pour les portugais. Pour cette même zone de Bahia les indiens vivant dans la brousse et échappant à la domination portugaise ne sont pas comptabilisés.
Mais nous sommes encore en 1560/70. Les ordres religieux s’opposent aux traitements que les colons infligent aux indiens. Au système de l’encomienda déjà mal supporté par des indigènes qui préfèreront souvent le suicide à la soumission, viendront s’ajouter les épidémies qui décimeront religieux comme indiens, et obligeront les colons à passer à l’importation en masse de ce « bois d’ébène », les esclaves guinéens.
Ce n’est que cinq ans plus tard (1585) qu’éclate dans la petite bourgade de Jaguaripe dans la baie de Tous les Saints, près de Salvador, l’affaire de la Santidade. On comprend alors que ce soulèvement n’a rien à voir avec l’émancipation des esclaves nègres qui ne font qu’arriver. Nous sommes là face à une réaction autochtone qui va chercher à la fois ses racines et ses arguments dans le croisement des cultures amérindiennes et européennes et en conséquence dans les croyances indigènes et le christianisme.

A l’arrivée des colonisateurs on entend parler très tôt de la pagélance (ou pajélance) qui n’est rien d’autre que le nom donné dans la région aux pratiques chamaniques du pagé, ou pajé, le chaman. Il s’agit pour ce chaman, au travers d’états de transes provoqués par l’absorption de tabac ou autres psychotropes comme le Jurema, d’établir le contact avec les entités qui vont par la communication de leur connaissance aider à soigner, ou prodiguer quelques conseils pour faire pleuvoir ou chasser de mauvais esprits. Il s’agit là de la pagélance brute, non encore polluée par ses mixions avec les cultures nouvelles et sur laquelle nous reviendrons.
C’est un produit de cet environnement qui va établir le lien entre pagélance et christianisme et créer le premier syncrétisme. Elevé par les jésuites, Antonio (tout court) va s’évader et se réfugier dans la forêt où selon les ordres reçus dans ses visions,il va créer sa propre église, la Santidade. Mélange de cultes et croyances chrétiennes et indigènes, l’église d’Antonio sera à l’image de celle des catholiques, mais sur son autel résidera la pierre sacrée, siège de la divinité appelée Marie. Il se pose en chef suprême et devient pape sous le nom de Tapanasu, et il est assisté dans sa tâche par une Mère de Dieu. Puis viendront les saints aux noms portugais, les vicaires, les adeptes, les croix et rosaires, processions le tout mélangé aux rituels de possession avec utilisation du tabac et autres psychotropes selon la tradition indienne.

Antonio affirme avoir échappé à un déluge en se réfugiant sur un palmier. Il prétend que lorsque son église sera établie, ses adeptes n’auront plus à travailler puisqu’ils n’auront plus ni faim ni soif. Il va même jusqu’à prétendre qu’aucune arme ne pourrait mettre à mort ses croyants. Mais ce délire immédiat ne s’arrête pas là et va rejoindre deux éléments indépendants mais pourtant concomitants aux deux cultures, la vision messianique d’un avenir radieux. Chez les indiens Tupi-Guarani qui forment le socle culturel local, existe l’idée d’un monde sans mal. Selon des cycles perpétuels arrive un temps où la terre se débarrasse de ses surplus, en quelque sorte élimine ses déchets. Chez les chrétiens, et tout particulièrement parce qu’ils sont portugais le sébastianisme est dans sa pleine expression. En effet en 1578 le roi Sebastiao Ier du Portugal meurt prématurément à la bataille d’Alcazar-Quivir, et le royaume tombe pour 60 années sous la domination de l’Espagne. Une légende prétend que Sebastiao dont le corps n’a jamais été retrouvé, n’est jamais mort et reviendra pour libérer son royaume des influences étrangères.
Elevé dans la culture Tupi-Guarani mâtinée de sébastianisme et de messianisme judéo-chrétien à l’Apocalypse facile , Antonio interprète les écritures à sa manière. Dieu lui a donné mission de nettoyer la religion des blancs, et à terme, tous ceux qui ne se seront pas soumis à la vérité de la Santidade seront transformés en pierre ou en arbre. Il voit aussi venir un monde où il sera donné aux indiens et plus généralement aux gentios (gentils), à savoir les adeptes du nouveau culte, d’étendre leur domination sur les blancs, ce qui au fond ne représentera plus rien puisqu’ils seront mécréants et donc réduits en pierre.

Tout ce délire qui ferait déjà désordre en temps normal, tombe très mal. De plus en plus d’individus, indiens, nègres, mameloucos (mamelouks= mélange de père portugais et mère indienne), et même selon les rapports de l’inquisition quelques blancs se laissent séduire et vont rejoindre la secte dans la brousse.
Dans une situation de main-d’œuvre déjà problématique, la fuite des travailleurs devient intolérable, surtout pour le roi du Portugal qui commence à comprendre la menace, et pour l’inquisition qui voit dans ce plagia ridicule de l’église chrétienne l’œuvre du mal. Pourtant un grand propriétaire portugais nommé Fernao Cabral réagit face à la menace et tente de noyer le poisson en acceptant que le culte de la Santidade soit pratiqué sur ses terres moyennant le fait que les ouvriers reprennent leur travail. Une partie accepte l’autre dont Antonio refuse. Désormais c’est par les armes que devra se résoudre une affaire qui risque de s’étendre. Il est mis un terme à l’aventure, et les adeptes restés fidèles sont exterminés. Antonio lui-même aurait disparu pour les uns ou aurait été déporté au Portugal pour les autres, en tous cas lui et son rêve furent effacés à jamais.
Bien plus tard, au Brésil avec les quilombos (aussi macombo) et en particulier celui de Palmarès, et en Guyane hollandaise avec les républiques, d’autres refuges organisés destinés à accueillir les esclaves marrons verront le jour, mais plus aucun ne seront soutenus par des visions religieuses et messianiques, mais par la seule nécessité de survivre dans un milieu hostile.

La santidade à disparu, mais sa dynamique subsiste. Le côtoiement des cultures devait amener inéluctablement des aménagements locaux, et le syncrétisme amérindien/chrétien ne tarderait pas se manifester à nouveau. Entretemps la pagélance elle aussi subissait son évolution. D’un chamanisme exempt de toute influence extérieure majeure, les décennies de mutations sociales avaient peu à peu transformé les croyance primaires . D’une pagélance rurale on été passé à une pagélance urbaine qui s’était étoffée de mythes étrangers. Cette pagélance reposait toujours sur le culte de la jurema, (transe par utilisation de psychotropes), et les cultes des enchantés. Dans la pagélance indigène les enchantés existent mais ils sont peu nombreux. Tout au plus entend-on parler de Curupira le jeune homme aux pieds retournés à l’envers pour perdre les chasseurs qui abusent de la forêt, et Anhanga une autre figure mythique du mata (forêt). Cette pagélance urbaine ou pagélance cabocle développe une mythologie plus complexe et en tous cas plus construite , dans laquelle divers personnages non indigènes se sont introduits, donnant plus d’étendue au culte des « enchantés ».

Il nous faut avant d’aller plus loin entrer maintenant dans le détail de ce culte des enchantés, qui est au centre le pagélance cabocle et essayer d’en comprendre la nature. Le culte des enchantés n’est pas seulement présent dans la pagélance, mais on le retrouve dans d’autres mythologies comme par exemple celle du Tambor de Mina ou la Santo Daime. Dans ces cultes les enchantés sont définis comme des personnes qui ne sont pas mortes mais qui on revêtu de nouvelles façons d’être en vivant sous une nouvelle forme, comme un poisson, un animal, une plante, ou même un lieu typique. L’enchanté n’est ni l’esprit d’un mort ni un Egun. La difficulté de compréhension surgit quand on remarque que ces êtres fantastiques peuvent aussi être des personnages historiques comme le roi Sebastiao qui en serait même le chef absolu. Pour tenter d’élucider la question la meilleure source d’information que nous ayons obtenue concerne le culte des enchantés du Salgado. La Salgado étant une microrégion amazonienne incluse dans l’état de Bahia.

Dans cette région les enchantés sont tout comme pour le tambor de Mina des êtres invisibles au commun des mortels et qui vivent « en dessous », c'est-à-dire dans un monde souterrain et subaquatique appelé monde enchanté. Certains sont célèbres et relèvent du folklore indigène ou d’autres comme Sébastiao sont des personnages historiques étrangers. D’autres enchantés sont des quidams, des gens ordinaires attirés dans le royaume souterrain mais qui restent dans tous les cas des personnes humaines qui au lieu de mourir se sont enchantées. Là non plus ce ne sont ni des morts ni des esprits, mais des entités faites de chair et d’os qui rejoignent les royaumes enchantés et n’en sortent que sous certaines conditions.

Comme nous l’avons déjà dit les enchantés restent invisibles aux humains ordinaires. En revanche ils peuvent se rendre visibles selon trois modes distincts. La première manifestation concerne les enchantés appelés « bête de fond » et qui se manifestent surtout dans les rivières ou les igaparés (cours d’eau amazoniens) sous la forme de serpent, caïman, poisson ou dauphin. En général il s’agit d’entités néfastes. La deuxième façon de se manifester est d’apparaître sous une forme humaine, en général près des mangroves ou des plages. Dans ce cas les entités prennent le nom de « oiaras » et leur apparences est toujours celle d’un proche, ami ou parent. Ce sont eux principalement qui cherchent à entrainer leur victime dans les mondes souterrains ou subaquatiques. Dans la troisième forme de manifestation les enchantés restent invisibles et s’incorporent dans les personnes nées pour être chamans ou en cours de formation. Dans ce cas ils sont appelés « caruanas » « guias » (guides) ou « cavalheiro » (monsieur). Ces caruanas se manifestent au travers des pagés lors des cessions et apportent leur aide dans la guérison des maladies .

Les caractéristiques ne se limitent pas aux formes de manifestations, mais une véritable hiérarchie organise le lieu de résidence des entités à savoir le monde des enchantés. Ce monde est divisé en sept royaumes, Vacuja, Tigre, Canindé, Uruba, Juremal, Josephat, et le fond de la mer. Chaque royaume comprend un certain nombre d’états et chaque état 12 villages. Chaque village a 3 maîtres (Mestres), soit 36 maîtres par état. Ce sont ces Mestres, presque uniquement des indiens, qui sont invoqués par les chamans lors des cérémonies. Maître Itapouan, dieu du soleil des anciens Tupis, Maître Tupan, ancien dieu du tonnerre, Maître Xaramundy grand guérisseur, Maître Mussurana prince du jurema. Des catimbozeiros célèbres sont à ajouter, Maître Carlos, Maître Roldao de Oliveira, Maître Petit, Maîtresse Angélica, ainsi que des esprits catholiques comme saint Antoine ou encore les divinités des eaux, les petites filles en robe vertes, et enfin quelques nègres. Les Orishas Shango et Ogun sont mêmes devenus des Mestres ou enchantés.

Avec la pagélance cabocle nous avons toutes les données de ce que va être le Catimbo jusqu'à penser qu’il s’agit sans doute de la même chose sous une appellation différente. Le catimbo en revanche se caractérise nettement par le passage d’un culte communautaire de la pagélance à une pratique individuelle limitée à la guérison et la solution des soucis quotidiens. Le catimbo est devenu la religion du pauvre, de celui qui ne peut pas se payer le médecin, de l’amérindien déraciné et urbanisé. La Pagélance cabocle représente en fait ce que l’on peut appeler la ligne indienne du catimbo. La ligne africaine va être accolée par les populations nègres qui vont introduire des Maîtres noirs comme P. Joaquin, des maîtres farceurs et enjoués, à l’esprit à l'opposé des Maîtres indiens fiers et sauvages.
Par cette intrusion dans le domaine de l’amérindien, les nègres vont en quelque sorte "placer" leur famille dans le pagélance cabocle ou le catimbo indien, jusqu’à parvenir à dominer l’indien. Il s’agira par cette démarche de tenir une revanche sur l’indien qui face à l’esclavage avaient reçu la protection des jésuites, occupant par la même occasion une classe sociale supérieure à celle du nègre. Sans doute aussi par cette appropriation les nègres recréaient leur environnement perdu. En effet les divinités africaines sont liées d’un côté aux particularités naturelles des lieux, (sources, rivières, cascades…) mais aussi au lignage ou parenté. Comme nous l’avons maintes fois observé la déportation vers les Amériques a rompu les deux liens. Les ethnies qui possédaient une mythologie forte ont pu conserver leur identité en dépit de leur exil. Mais ici ce furent les bantous (Angola et Congo) aux mythologies restreintes et aux divinités fortement liées aux lieux de leur pays d’origine, qui choisirent se s’accaparer un nouveau territoire. S’ils ne pouvaient pas faire venir leur dieux alors ils devaient vénérer ceux du cru, d’autant plus qu’avec la croyance des enchantés ils pouvaient d’une certaine manière recréer un lignage américain certes, mais nègre.

Pagélance et catimbo avec leur culte des enchantés nous surprennent. Pourtant nous y retrouvons comme par enchantement des personnages proches des mythes celtiques, des forêts pleines d’être magiques, elfes, ondines, salamandres, et des Merlin l’enchanteur. Là où le christianisme a intellectualisé jusqu’à nous pousser dans une hérésie matérialiste qui nie toute magie au monde qui nous entoure, le royaume des enchantés nous redonne conscience d’un milieu vivant, actif, qu’il nous faudra mieux respecter non par devoir, mais par affection, faute de voir un jour la terre faire son nettoyage comme nous l’ont promis les Tupi-Guarani dans leur vision d’un monde sans mal.

Liens

Utopies et Dystopies, d'autres visions d'un monde sans mal
Mythologie de la forêt amazonienne (En langue portugaise)
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L'Omoloko

L’omoloko est un syncrétisme afro-brésilien apparu dans la région de Rio au milieu du XIXème siècle. Ce culte s’est étendu au nord de l’état de Sao Paulo, une partie de l’Espirito-Santo, et la zone forestière (mata) du Minas-Gérais. Il existe diverses versions concernant les origines du terme. L’une fait dériver du Yoruba Omo qui signifie fils et Loko- pour Iroko- qui est l’arbre sacré. La deuxième version serait fils de fazenda en référence au fait que les cérémonies se tenaient en zone rurale dans la forêt (mata) dans des endroits difficiles d’accès afin d’échapper aux répressions policières. La troisième version concerne le fils de l’Orisha Oko divinité de l’agriculture qui était vénéré la nuit par les femmes cultivant l’igname. Sans doute cette relation à la divinité agricole est-elle à l’origine de l’appellation « terreiro de roça » cour de jardin) donné aux lieux où les cultes sont effectués.

Une autre version plus récente, attribut l’origine du nom au peuple Loko qui vivaient dans l’arrière pays de la Sierra-Leone, dans la ville de Lokoja le long du Rio Mitombo. Les Lokos furent également appelés Lagos. Ces tribus Loko appartenaient à un groupe ethnique majeur appelé les « Mane » qui largement déporté comme esclave au Brésil a formé la nation omoloko.
Bien que les origines Yoruba soient éventuellement impliquées dans les racines du mot omoloko et que les Orishas soient vénérés, les mots utilisés sont nettement d’origine bantoue et principalement Angola. D’ailleurs l’omoloko vénère à égalité avec les Orishas, les Knisis (inkices) des bantous. C’est d’ailleurs entre autre cette vénération à part égale de « nations » différentes, qui dissocie l’omoloko du candomblé. A ces cultes de base l’omoloko ajoute la vénération des « Pretos-velhos » ou vieux noirs décédés victimes de la colonisation, et accepte les phalanges des Orishas qui caractérisent les rituels umbandiste. Cependant l’omoloko n’est pas l’Umbanda.

L’omoloko aurait été initié au Brésil par Maria Batayo , une esclave originaire ou du moins embarquée à Fort Mina sur la côte de Guinée, mais à ce stade nous disposons d’une source unique qui ne nous permet pas de recouper nos informations.
Les cérémonies omoloko se déroulent dans le terreiro appelé « roça-de-santo » le jardin des saints, en souvenir dans la période de répression déjà citée. Le local se divise en deux parties, l’une ouverte à tous et dans laquelle on peu boire, fumer se décontracter, et l’autres dans laquelle sont effectués les rituels secrets, conservés les objets de culte, préparés le aliments des saints. L’omoloko n’est plus très actif au Brésil, mais reste en revanche présent en Argentine et Uruguay.

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L'Ifa

L’Ifa n’est pas une religion au sens propre mais l’ensemble des pratiques divinatoires attachées au culte des Orishas chez le Yoruba. L’Ifa s’inscrit donc dans la cosmogonie Yoruba. Le monde est partagé entre le ciel (Orun ou Ile-Orun) où règne Olodumare ou Olorun un Dieu unique qui ne se manifeste pas , demeure inconnaissable et n’entretient aucun rapport avec les hommes. Les Orishas sont chargés d’établir ce lien encore qu’une moitié d’entre eux ne viennent jamais dans le monde manifesté. Les Orishas ne sont pas des dieux mais les forces qui participent à une manifestation, le monde des vivants appelé Aye ou encore Ile-Aye.
Lorsqu’il a créé l’univers Olodumare n’a accepté qu’un seul témoin, Orunmila, puis il s’est retiré du jeu laissant à ses intermédiaires les Orishas le soin de veiller à la création. Cependant c’est à Orunmila qu’il a transmis la recette parfaite, autrement dit la méthode pour établir ce lien entre lui et les Orisha en se servant de l’Orisha Ifa comme intermédiaire. Le terme Ifa désigne donc à la fois un Orisha et la pratique divinatoire elle-même. L’Ifa prend le nom de Fa chez les Fons du Bénin, et Afa chez les Mina du Togo.

La recette secrète permettant de pénétrer le mystère repose sur le symbolisme du nombre «seize». Le monde des hommes est lui-même sorti d’un palmier à seize branches situé au centre de la ville d’Ile-Ife, ses branches formant en quatre points cardinaux les seize quartiers de la ville. Oluda, (ou Olduduwa) le premier roi (Oni) d’Ife eut seize fils qui fondèrent les seize royaumes yorubas. Orunmila apprit l’art de la divination aux seize fils qui la transmirent à leurs successeurs les Babalawos (les devins ou prêtres d'Ifa).
Le seize représente les seize possibilités archétypales majeures pouvant se présenter dans une vie humaine. Ces seize principes appelés Odu ou Oladu eurent à leur tour seize fils chacun représentant ainsi 256 possibilités. Chaque possibilité (odu) possède seize poèmes (ese) qui transmettent des indices pour les séances de divination, ce qui donne finalement 4096 scénarii possibles. En d’autres termes lorsqu’une question est posée à un babalawo (devin) il existe 4096 réponses possibles, soit autant de poèmes qui devront être interprétés par le devin pour donner une réponse. Ce système s’apparente aux hexagrammes du Yi-King qui d’ailleurs donnent en multipliant 64 par lui-même le résultat de 4096.

Ici le tirage ne se fait pas au moyens de baguettes ou de pièces de monnaie, mais en utilisant les 18 noix sacrées ou le chapelet divinatoire donnant 16 signes en 16 maisons soit 256. L’utilisation des noix s’appelle le Grand jeu et le chapelet le Petit jeu. Les Babalawo héritiers du savoir transmis par Orunmila sont les témoins de la destinée les « parents des secrets » qu’ils révèlent par l’utilisation de la planche Ifa. Le plus grand babalawo est celui de la ville sacrée Ile-Ife le Vatican Yoruba.
Il est à noter que le Babalawo (prêtre de l’Ifa) reçoit une initiation particulière qui n’est pas la même que celle destinée au prêtre du culte des autres Orishas. Le culte de l’Ifa s’est largement répandu dans toutes les parties de l’Amérique y compris les USA grâce à la diaspora cubaine d’une part (Santéria), et nigériane de l’autre.

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Catimbo, Sagrada Jurema

Comme nous l’avons pressenti dans notre page consacrée à la Santidade, le Catimbo s’inscrit dans un processus écartelé entre le besoin de rester attaché aux traditions ancestrales même si celles-ci sont incertaines, partielles ou même reconstituées, et la nécessité de s’adapter à un milieu qui impose ses nouveautés. De telles circonstances amènent inévitablement une diversité des résultats jusqu’à parfois même aboutir à des oppositions. Ainsi certains adeptes du Catimbo excluent toute influence africaine dans leur culte alors que par ailleurs celle-ci est parfaitement admise et même active.

Le Catimbo est un produit précoce du syncrétisme de la pagélance amérindienne et du catholicisme. Les circonstances locales ont amené une rupture inévitable de la transmission orale des savoirs amérindiens laissant ainsi la voie libre à une religion qui fondait sa domination sur la puissance de l’écrit et du pouvoir politique qui l’avait apportée dans ses bagages. De ce fait, comme on peut le constater ailleurs, les cultes minoritaires doivent s’insinuer dans la religion dominante pour y dissimuler certaines croyances et rituels, conservant ainsi, même par procuration leur qualité de religion, soit rester isolés pour se transformer souvent en pratique magico-religieuse centrée sur la guérison et l’assistance de chacun dans le règlement de ses soucis du quotidien.

Le catimbo, aussi appelé le culte de la « Sagrada Jurema », a conservé des ses sources indiennes l’utilisation de psychotropes. Le tabac introduit dans des pipes (cachimbo) est contrairement à la pégélance, soufflé et non inspiré. Le jurema (famille de l’acacia) sert à préparer une boisson qui combinée au tabac et souvent à l’utilisation d’alcool de canne à sucre va permettre au médium d’entrer en contact avec les esprits. Ces esprits sont d’abord les Mestres du Jurema, des esprits luso-brésiliens de personnes qui durant leur existence ont acquis la connaissance des herbes médicinales et ont pratiqué la charité de telle façon qu’à leur mort ils ont été incorporés dans le royaume de Jurema. Les Mestres sont assistés par les esprits cabocle appartenant à d’anciens pagés ou à des guerriers indiens et qui ont la responsabilité de préparer par médium interposé les médecines destinées à soigner, les bains et prières destinés à chasser le mauvais œil.

Les Mestres comme les cabocles font partie du royaume des enchantés, ces esprits qui habitent les mondes souterrains et subaquatiques alors que les saints catholiques sont les esprits des cieux. Certains enchantés vivent donc dans des domaines appelés « encantarias » situés sous la surface de la terre ou la mer. La localisation de ces encantarias varie avec le type d’enchanté. Les enchantés amérindiens vivent dans des villages situés dans les profondeurs de la forêt (mata), les esprits de l’eau eux résident dans les rivières, lacs et mers, d’autres enfin se situent directement dans leurs villes elles mêmes établies sous les villes des humains. Quand ils sont dans leur royaume les enchantés ont un corps, mais quand ils viennent sur terre ils se rendent invisibles aux humains ou alors apparaissent sous la forme d’un animal aquatique ou terrestre, et parfois sous la forme d’un être connu pour pouvoir enlever les humains dans leurs royaume.

Dans la mouvance des syncrétismes alors que les enchantés font partie des légendes amérindiennes, leurs population s’est métissée avec les esprits venus d’Europe et d’ailleurs. Certains sont d’origine humaine comme Louis XVI, d’autres furent de toute éternité des enchantés. Ils peuvent être d’origine animale (Serpent, jaguar, tortue, boto, caïman) ou encore issus du folklore euro-brésilien comme les guérisseurs Dom Carlos, ou Joao de Mata et enfin être des africains (Orishas, Voduns, Inquices)
Certains Mestres comme Zé Palintro sont à la fois vénérés dans le catimbo et dans l’Umbanda ce qui porte parfois à assimiler par erreur Catimbo et Umbanda. En revanche nous voyons bien que le catimbo est un point de rencontre où du culte des enchantés amérindiens prépare le terrain au spiritisme kardécien qui aboutira dans l’umbanda à une véritable hiérarchisation des catégories d’esprits dans les lignes de pouvoir mise sous l’autorité d’un Orisha.

Il n’existe pas à proprement parlé de cérémonie catimbo. Les cessions s’organisent autour de le Mesa (la table), représentant un autel où sont rassemblés les objets liturgiques. Dans les zones rurales les célébrations seront faites à proximité d’arbres ou arbustes. La finalité des cessions reste l’établissement d’un lien par médium interposé (et avec l’aide des psychotropes) avec un mestre afin de recevoir de sa part les conseils utiles à résoudre les problèmes évoqués par les participants. Le Catimbo s’insinue donc principalement dans une démarche curative offerte à des populations trop pauvres pour avoir accès aux soins de santé.

Le catimbo est donc un mélange de pagélance ou chamanisme autochtone, de catholicisme, de sorcellerie européenne, d’animismes africains, d’ésotérisme chrétien. Il en découle certaines ressemblances qui peuvent porter à l’assimilation comme nous l’avons déjà indiqué, mais la caractéristique absolue de ce culte reste bien entendu l’utilisation du Jurema.

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